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Le torrontés, cépage phare des vallées Calchaquies en Argentine
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Vignoble étranger
Le torrontés, cépage phare des vallées Calchaquies en Argentine

Seule variété argentine, le torrontés connaît un succès croissant. Direction Cafayate, dans les vallées Calchaquies, pour découvrir les vignerons qui ont donné ses lettres de noblesse à ce cépage.
Par Alice Campaignolle avec Alice Huon Le 29 juillet 2022
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 Le torrontés, cépage phare des vallées Calchaquies en Argentine
Dans les Vallées Calchaquies en Argentine, le cépage torrontés est bien adapté au terroir aride - crédit photo : Alice Campaignolle
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es vallées Calchaquies, ce sont 520 kilomètres de vallées et de montagnes parsemées de cactus, situées au bord de la cordillère des Andes, dans le nord de l’Argentine. Une région désertique connue pour ses vins et dont Cafayate est la capitale. Ici, on dénombre trente-cinq bodegas avec leurs vignobles plantés, entre 1 600 et 3 000 mètres d’altitude. Avec un peu plus de 4 000 hectares de vigne, cette zone est une goutte d’eau à côté des 150 000 hectares de Mendoza. Comme dans tout le pays, Malbec et Cabernet Sauvignon sont majoritaires. Mais la variété star, c’est le Torrontés, un cépage parfaitement adapté à ce terroir aride que la région a fait sien.

Des vins secs très aromatiques qui rappellent le gewurztraminer

« Les vallées Calchaquies sont synonymes de Torrontés », explique avec enthousiasme Alejandro Pepa, l’œnologue de la bodega El Esteco, l’une des plus importantes de Cafayate. Ce cépage est en réalité la seule variété purement argentine. La plupart du temps, il donne des vins secs et toujours très aromatiques que l’on pourrait rapprocher du gewurztraminer. « C’est un croisement entre la criolla chica [connue aussi sous le nom de Listan Prieto NDLR] et le moscatel d’Alexandrie », précise Alejandro Pepa. S’il existe trois variétés de ce cépage, c’est le Torrontés riojano qui est reconnu pour ses qualités œnologiques.

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Alejandro Pepa (crédit photo Alice Campaignolle)

Depuis 22 ans qu’il est en poste, Alejandro Pepa a été témoin des évolutions qui ont fait perdre sa réputation de cépage rustique au Torrontés pour lui donner ses lettres de noblesse. « Lorsque je suis arrivé, nous étions plus concentrés sur des vins de grande consommation que sur la production de vins fins », explique-t-il. Mais entre-temps, la consommation s’est effondrée, passant de 40 litres par habitant et par an en 2000, à 24 litres aujourd’hui.

Alors qu’Alejandro Pepa travaille à un assemblage de Torrontés vendange tardive, élevé en fût, et renfermant 80 g/l de sucre environ, il détaille les progrès dans les chais. « Les pressoirs pneumatiques, pour ne parler que de ça, ont tout changé. Ils nous ont permis de faire des vins beaucoup plus propres, avec une turbidité bien mieux maîtrisée. Nous avons pu produire des Torrontés aux arômes bien plus fins et plus agréables en bouche. » Parmi les autres innovations, l’œnologue cite « l’usage des gaz inertes pour limiter l’oxydation, les macérations pelliculaires, grâce aux nouveaux pressoirs et, évidemment, le contrôle des températures. »

Conduite en pergola

Les vignobles aussi ont vécu de petites révolutions. À quelques pas seulement du village - à Cafayate tout se fait à pied – Daniel Guillen, ingénieur agronome de la bodega El Porvenir, nous accueille sur la parcelle El Retiro. Un petit coin de paradis où l’on découvre des Torrontés cultivés en pergola. À l’origine, les Argentins ont retenu ce mode de conduite pour le rendement et pour l’ombrage, dans une zone où l’ensoleillement est de plus 300 jours par an. « Nous avons maintenu les pergolas, mais aujourd’hui on ne demande plus de récolter 30 000 kg à l’hectare. Nous sommes plutôt autour de 20 000 kg/ha. Si nous avons conservé les pergolas, c’est parce qu’elles protègent les raisins des brûlures du soleil, ce qui prévient l’apparition de notes amères et maintient toute la fraîcheur et l’acidité qui font que l’on aime le Torrontés », explique l’agronome. Désormais, on pratique un effeuillage partiel pour protéger les grappes du soleil, tout en les aérant pour éviter le botrytis.

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Daniel Guillen (crédit photo Alice Campaignolle)

En réalité, le Torrontés est vigoureux. « Il est peu sujet aux maladies et s’est très bien adapté au climat des vallées Calchaquies où il ne pleut qu’environ 200 mm par an », se satisfait Daniel Guillen. Comme il fait très sec, toutes les vignes sont irriguées. Le climat, plutôt tempéré en journée, avec une grande amplitude thermique entre le jour et la nuit (jusqu’à 20 °C) permet au Torrontés de développer ses notes d’agrumes et florales qui le rendent si particulier. « S’il faisait plus chaud, le vin irait plus vers des arômes terpéniques, plus difficiles à boire », termine Daniel Guillen.

Au nez, une véritable salade de fruits

Cette légèreté, c’est ce qui plaît à Virginia Quarin Lombardi, œnologue de la maison Etchart, la plus importante de Cafayate, avec une production de 8,5 millions de bouteilles par an. La jeune femme nous accompagne dans la dégustation de tous les Torrontés de sa bodega, sept vins en tout. L’entrée de gamme, le Etchart Privado, est le Torrontés le plus vendu d’Argentine et dans le monde. « Au nez, c’est une véritable salade de fruits : on sent la pêche, l’orange, le pamplemousse, explique Virginia Quarin Lombardi. En bouche c’est sec, ultraléger et très facile à boire. » En montant en gamme, les vins gagnent du volume en bouche et se font un peu plus subtils.

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Virginia Quarin Lombardi (crédit photo Alice Campaignolle)

Tous ses efforts portent leurs fruits. En Argentine, les ventes de Torrontés en volume ont augmenté de 23% lors des onze dernières années et, de 32% à l’international. Pas de doute, ce cépage plaît, y compris aux groupes étrangers qui viennent investir dans la région, comme Pernod Ricard, désormais propriétaire de la bodega Etchart. Tant en Argentine qu’à l’étranger, le Torrontés semble avoir de beaux jours devant lui.

 

Un effervescent à succès

Burbujas de Altura, une petite maison familiale, s’est lancée dans le Torrontés, méthode champenoise. « Au début on nous a déconseillé de le faire. Les œnologues de Mendoza nous disaient de rester sur du Pinot Noir ou du chardonnay », raconte, rieur, Andrés Høy, agronome à l’origine du projet. Mais cette bodega de 16 hectares de vigne a persévéré dans son idée et démarré la vente de ces vins pétillants en 2016. Cette année, elle va en produire 25 000 bouteilles contre à peine 8 000 l’an dernier. « C’est un vrai succès et très rapide, raconte Andrés Høy. Et quand on s'est lancé dans une méthode champenoise douce, avec à peine 2 000 bouteilles, alors là, on a été en rupture de stock en quelques mois. »

Tags : Argentine
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