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Entretien du sol
Laine ou coquilles d'huîtres, des viticulteurs testent des paillages inattendus

À la recherche de solutions pour éviter le travail du sol, des vignerons testent des matériaux totalement inattendus pour pailler leurs vignes.
Par Frédérique Ehrhard Le 23 juin 2022
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 Laine ou coquilles d'huîtres, des viticulteurs testent des paillages inattendus
Essai de paillage de laine en plein au domaine Auguste Clape, à Cornas en Ardèche. Ce paillage de 1000 g/m² est fabriqué par la Scop Ardelaine. - crédit photo : chambre d'agriculture d'Ardèche
D
e la laine comme alternative à la pioche

Au domaine Auguste Clape, à Cornas, en Ardèche, quelques terrasses non mécanisables doivent être désherbées à la pioche depuis l'arrêt des désherbants. « Nous cherchons des alternatives à ce travail pénible. En 2019, nous avons testé un paillage en feutre de laine fabriqué localement », raconte Olivier Clape, installé sur 8,9 ha avec son père.

Ce vigneron mène deux essais, l’un sur 150 m² qu’il a bien désherbés à la pioche avant de poser le feutre, l’autre sur 120 m² sans désherbage préalable. Le premier chantier a pris 15 heures pour le désherbage et 8 heures pour la pose du feutre et le second, 15 heures pour la pose selon les observations de la chambre d'agriculture de l'Ardèche, qui suit cet essai dans le cadre d'un groupe Dephy.

« Nous avons posé des bandes de 120 cm de large, en plein, que nous avons fixées par des agrafes, en les faisant se chevaucher », précise Olivier Clape. Dans le premier essai, ce paillage a bien contrôlé l'enherbement durant deux ans. « La laine a gardé l'humidité et protégé le sol de la chaleur. Cela a profité à la vigne, qui a regagné de la vigueur », apprécie le vigneron. Mais, après les grosses pluies de l’an dernier, les adventices ont percé la couche de laine, qui s'est alors dégradée rapidement. Et, dans le second essai, elles ont tout de suite traversé le paillage, après quoi il a fallu les arracher à la main.

Olivier Clape a utilisé des bandes de 1 000 g/m² en rouleaux de 12 m de long, vendues 10 €/m² sans compter la pose. Pour des achats en grandes quantités, ce tarif pourrait descendre à 3 €/m². « Mais ça reste trop cher pour deux années d'efficacité seulement », estime le vigneron.

Pour alléger le coût, Rémi Nodin, un autre Ardéchois installé sur 9 ha, à Saint-Péray, a fait un essai avec la laine de son troupeau. « J'élève 35 brebis qui pâturent mes vignes l'hiver. Cette année, j'ai gardé leurs toisons brutes. En avril, je m’en suis servi pour pailler des jeunes plants. Pour l'instant [début juin, Ndlr], l'herbe ne pousse pas à travers la laine et celle-ci n’a pas bougé bien qu’elle ne soit pas fixée au sol. J'attends de voir ce qui se passera après la pluie et à quelle vitesse elle se dégradera. » Si l'expérience se révèle positive, Rémi Nodin envisage de pailler ainsi les terrasses qu’il doit nettoyer la pioche. À condition de trouver des toisons brutes à un prix abordable.

 

Des coquilles d’huître broyées pour ne plus attirer les sangliers

À Labastide-Saint-Pierre, dans le Tarn-et-Garonne, Jérémy Iseppi teste des coquilles d’huîtres broyées car, l’an dernier, des sangliers sont venus fouiller dans ses paillages végétaux et les ont dispersés. Il s’est dit qu’avec les coquilles d’huître cela ne se reproduirait pas. « Je les ai réceptionnées en big bag, puis épandues au seau en mars pour former une couche de 20 à 25 cm de haut sur des rangs que j’avais désherbés mécaniquement à l'automne », précise ce vigneron à la tête, avec sa femme Marina, d’un domaine de 55 ha. « Les adventices ne semblent pas passer au travers, relevait-il fin mai. Reste à voir combien de temps durera cette protection, pour que je puisse calculer son coût par rapport au travail du sol. »

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Essais de paillage au V'innopôle sud-ouest dans le cadre du programme Vitimulch, avec un paillage de coquilles d'huître concassées et quatre paillages végétaux (Crédit photo IFV).

L’IFV Sud-Ouest suit cet essai et un autre, démarré en 2021, comparant un paillage de coquilles d'huître concassées de 15 à 20 cm d’épaisseur face à trois paillages végétaux  - feutre de chanvre, plaquettes de résineux et déchets verts broyés -, à Peyrole, dans le Tarn. « Tous ces paillages ont été efficaces la première année. Et à la fin du premier été, nous avons observé que le sol restait plus humide sous les coquilles d'huître que sous les autres paillages », note Clara Gérardin, de l'IFV.

 

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