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Des traitements mieux organisés grâce aux réseaux de stations météo connectées
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Parcellaire dispersé
Des traitements mieux organisés grâce aux réseaux de stations météo connectées

Moyennant un abonnement modique, plusieurs organismes donnent accès aux relevés de réseaux entiers de stations météo connectées. Avec ces informations, les vignerons dont le parcellaire est dispersé organisent mieux leurs traitements et perdent moins de temps.
Par Frédérique Ehrhard Le 21 juin 2022
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 Des traitements mieux organisés grâce aux réseaux de stations météo connectées
Adrien Pillot, viticulteur à Chassagne-Montrachet en Côte d'Or regarde plusieurs fois par jour les données des 15 stations météo du réseau de la chambre d'agriculture - crédit photo : DR
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 Au quotidien, je suis douze stations météo sur mon téléphone afin de connaître la pluviométrie d'un bout à l'autre de mon domaine. Je cible ainsi mieux les parcelles dans lesquelles il faut renouveler les traitements et celles où cela n'est pas nécessaire. J’économise du temps, du gasoil et des produits », apprécie Philippe Huguenot, abonné depuis trois ans au réseau mis en place par la chambre d'agriculture de la Côte-d'Or.

Les 23 ha du domaine Huguenot se répartissent entre Marsannay-la-Côte, où se situe le siège d'exploitation, et Gevrey-Chambertin à 5 km au sud : « Il peut pleuvoir à un endroit et pas ailleurs. Avant d'avoir accès à ce réseau de stations, il m'est arrivé de découvrir, après 20 min de trajet en tracteur, qu'il venait de pleuvoir dans des parcelles que j’allais traiter, ce qui rendait l'intervention impossible, le feuillage étant trop mouillé ! »

Aujourd'hui, il n'a plus ce problème. « Outre les douze stations proches de mes parcelles, j'en suis six autres plus éloignées pour voir par où arrivent les orages. Et afin d'organiser au mieux le travail, je consulte également tous les jours les prévisions sur l'application qui est associée au réseau. En 2021, malgré la forte pression du mildiou et de l'oïdium, je m'en suis bien sorti grâce à toutes ces données », observe-t-il.

Une alerte pour chaque station

Au domaine du Caillou, à Turquant, en Maine-et-Loire, Régis Vacher utilise depuis quatre ans le réseau du syndicat de l'AOP Saumur-Champigny. Il cultive 18 ha étalés sur trois communes. Pour suivre la pluviométrie sur son domaine, il consulte huit stations météo. Comme il est en bio, il doit renouveler ses traitements après 20 mm de pluie. Les stations l’aident à suivre ce rythme. « Il peut pleuvoir 18 mm à un endroit et seulement 4 à 5 mm à un autre, indique Régis Vacher. Pour chaque station, je programme une alerte qui me prévient quand la pluviométrie cumulée depuis le dernier traitement atteint 12 mm, ce qui me laisse le temps de m'organiser et d'intervenir. »

Chaque matin, il regarde également la durée d'humectation du feuillage ainsi que son intensité, laquelle est évaluée selon deux niveaux. Si une humectation de niveau 1 dure plus de trois heures, il ajoute 1 mm à la pluviométrie. Si c’est une humectation de niveau 2, il ajoute 2 mm. « Je tiens ainsi compte de cet apport d'eau pour évaluer le lessivage du traitement précédent », indique-t-il.

À l'EARL Ancel, à Kaysersberg, dans le Haut-Rhin, Lucas Ancel est un utilisateur plus récent. Confronté à une forte pression de mildiou et d'oïdium l’an dernier, il s'est abonné cette année au réseau de VitiVina, son distributeur. « Notre vignoble s'étale sur 15 km de long, indique le jeune vigneron, installé sur 9 ha avec ses parents et sa femme. Avec une seule station dans la cour du domaine et des orages toujours très localisés, nous n'avions pas assez de données. »

Comme Régis Vacher, Lucas Ancel apprécie de disposer d’une alerte. Il en a programmé une après son premier traitement contre l'oïdium début juin. « Dès que la pluviométrie cumulée atteint 15 mm, je reçois une alerte par mail et par SMS, pour être sûr de ne pas la rater. Avec les produits de contact, c'est important de ne pas se laisser déborder », rappelle-t-il.

Au quotidien, il suit désormais dix stations proches de ses vignes, toutes indiquées sur une carte consultable sur son ordinateur. En revanche, sur le téléphone, elles se succèdent dans une liste. Alors, pour les repérer, il leur a donné le nom de ses parcelles les plus proches.

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Lucas Ancel

Lucas Ancel regarde en priorité la pluviométrie et l'humectation du feuillage. « Si j'ai prévu de traiter, je vais commencer par les parcelles dans lesquelles le feuillage est déjà sec et attendre l'après-midi pour me rendre dans les autres, explique-t-il. J'évite de perdre du temps. »

Le suivi des pluies et de la température l'aide également à savoir s'il doit aller arroser les jeunes plants installés ce printemps sur une parcelle éloignée. De même, « avant d'aller broyer l'enherbement ou travailler le sol, je vérifie qu'il ne vient pas de pleuvoir afin de ne pas me déplacer pour rien ».

À Chassagne-Montrachet, en Côte-d'Or, les 15 ha du domaine Fernand et Laurent Pillot se répartissent sur 15 km entre Beaune et Santenay, au sud. Là aussi, les couloirs d'orages sont très localisés. « Je regarde plusieurs fois par jour les données des quinze stations du réseau de la chambre d'agriculture », précise Adrien Pillot, qui est abonné à ce réseau depuis quatre ans.

Dans la pratique, il distingue deux zones pour ses traitements, l’une autour de Pommard, au nord, l’autre autour de Chassagne-Montrachet, au sud, qui diffèrent par leur encépagement et leur pluviométrie. « Je dois rationaliser mes déplacements. C'est impossible de venir deux fois dans chaque îlot pour un même passage », souligne le jeune vigneron. Alors, pour s’organiser, il consulte régulièrement la pluviométrie cumulée durant l’heure, la journée et la semaine passées. « Cela m'aide à organiser le travail. J’évite d'aller traiter tant que le feuillage est mouillé ou encore de passer avec le tracteur sur un sol trop humide », argumente-t-il.

Depuis deux ans, Adrien Pillot a souscrit à un pack qui donne accès au réseau, à l’OAD de RIMpro et aux conseils d'un technicien. Les données de chaque station alimentent le modèle RIMpro pour évaluer au mieux la pression dans chaque zone et traiter en conséquence. Mais alléger les cadences l’a amené à prendre trop de risques. « L'an dernier, j'ai trop attendu pour un traitement contre l'oïdium et je me suis fait déborder », admet-il. Cette année, il s'est équipé d'un nouveau pulvérisateur avec des descentes face par face. « C’est nécessaire de connaître la pression dans chaque îlot, mais cela ne la réduit pas pour autant ! Maintenant que nous sommes mieux équipés pour traiter, nous devrions être encore plus efficaces. »

Des abonnements très abordables

Au sein d'un réseau de stations météo connectées, les investissements ainsi que la maintenance sont mutualisés, ce qui réduit les coûts pour les vignerons. Dans le Maine-et-Loire, pour 115 € HT par an, les adhérents du syndicat de l'AOP Saumur-Champigny et ceux de la coopérative Robert et Marcel ont accès aux relevés de 36 stations Weenat mesurant la pluviométrie, la température et l'humidité de l'air, de 10 anémomètres, de 10 capteurs d'humectation et de 27 capteurs de gel mesurant la température sèche et la température humide. En Côte-d'Or, le réseau Sencrop, de la chambre d'agriculture, regroupe 102 stations, dont 19 stations privées mises à la disposition du collectif, ainsi que 6 capteurs d'humectation et 17 anémomètres. L'abonnement annuel est de 260 € HT. En Alsace, le réseau de VitiVina regroupe 56 stations Sencrop et autant de capteurs d'humectation placés sur les mêmes parcelles. L'abonnement est à 190 € HT/an.

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