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Dans les vignes, la confusion sans diffuseurs est prometteuse contre l'eudémis
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Dans les vignes, la confusion sans diffuseurs est prometteuse contre l'eudémis

L’application de phéromones par spot que développe Corteva pour lutter contre l'eudémis est prometteuse. Les distributeurs qui l’ont testé sont satisfaits des résultats. Les essais de pulvérisation de phéromones sont également concluants
Par STEF, Christelle Le 18 mars 2022
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 Dans les vignes, la confusion sans diffuseurs est prometteuse contre l'eudémis
L'an passé, Thierry Favier, expert technique vigne au sein du service agronomique de la CAPL (Coopérative agricole Provence-Languedoc) a testé l'application de phéromones par spot (solution développée par Corteva). Il va faire d'autres essais cette année - crédit photo : Corteva
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ans les vignes, le plastique ce n’est pas fantastique ! « La confusion sexuelle pour lutter contre les vers de la grappe, c’est efficace. Mais l’inconvénient avec les diffuseurs de phéromones, c’est qu’il faudrait les déposer en fin de saison. Dans les vignobles couverts par des Rak (BASF) depuis longtemps, si les vignerons ne les ramassent pas, c’est la cata : il y a du plastique partout et, en vieillissant, la machine à vendanger en ramasse et on en retrouve dans les cuves !!! Aujourd’hui même s’il y a des diffuseurs biodégradables comme Biootwin L (CBC Biogard), cela reste quand même des matériaux qu’il faut faire tomber au sol pour que ceux-ci se dégradent ». Pour Thierry Favier, expert technique vigne au sein du service agronomique de la CAPL (Coopérative agricole Provence-Languedoc), la confusion sans diffuseur est donc un concept très séduisant. Sébastien Lopez, directeur technique chez Péris, un autre distributeur, est du même avis. C’est la raison pour laquelle, l’an passé, tous deux ont testé contre l’eudémis une solution dans laquelle la phéromone est contenue dans une matrice cireuse. Celle-ci s’applique directement sur le cep à l’aide d’un pistolet à gâchette, à raison de 500 spots par hectare. Corteva en attend l’homologation prochainement.

Comparaison avec d'autres systèmes de confusion

Thierry Favier a implanté son essai dans une parcelle de 2 ha de Grenache et de Syrah dont la moitié est conduite en gobelet, l’autre palissée, et qui est située dans le secteur de Cairanne. La pression de l’eudémis y est aujourd’hui moyenne, le secteur étant confusé depuis longtemps. Le distributeur a pris comme référence, une parcelle de Grenache couverte par des Puffer (De Sangosse), une solution où la phéromone est contenue dans des bombes aérosol lesquelles se placent dans les vignes à raison de 2,5 à 4 unités/ha. De son côté Sébastien Lopez a mis en place son essai dans une parcelle de colombard de 5 ha située à Raissac d’Aude. Il a mis la solution de Corteva en comparaison directe avec d’autres systèmes de confusion tel que les Biootwin L et les Rak 2 new, installés dans la même parcelle de colombard. Dans cette zone, la pression d’eudémis est modérée.

Un coup de main à prendre

Sébastien Lopez et son équipe ont posé les phéromones le 31 mars. Thierry Favier et l’un de ses collègue le 1er avril. « Le temps de pose est le même que pour les Rak (qui s’appliquent aussi à 500 unités/ha, ndlr), assure Thierry Favier. Il y a un petit coup de main à prendre pour faire un spot de la taille d’une pièce de 2 € mais une fois que l’on est bien calé, cela va vite », assure-t-il. Ce que confirme Sébastien Lopez.

Les deux distributeurs ont testé un prototype de pistolet applicateur. Mais Corteva travaille sur un système d’application plus ergonomique qui apportera directement la bonne dose.

Pas de contact avec la phéromone

Selon les distributeurs, le gros avantage de la technique est qu’au moment de la pose, l’opérateur n’est pas en contact avec la phéromone. « Et il n’y a pas d’odeur contrairement aux diffuseurs », indique Thierry Favier.

Attention toutefois à l’endroit où l’on met les spots : « il ne faut pas les poser sur la tête des piquets bois, sinon le gel pénètre dans la fibre du bois », précise Thierry Favier. Pour Sébastien Lopez, il faut aussi éviter de les mettre sur les piquets en métal. « Lorsque les températures sont élevées, le piquet fait monter en chaleur le spot et il y a plus de perte de phéromones. Mieux vaut appliquer les spots sur les ceps, au cœur de la souche ». Thierry Favier confirme « Sur l’écorce des ceps, les spots tiennent bien, ils ne coulent pas ».

Un produit biodégradable

Une fois posé, il n’y a plus rien à gérer. « La cire se dégrade à 100 % en fin de saison », indique Thierry Favier. Ce que confirme Sébastien Lopez. « On a fait des photos tout au long de la saison. En novembre, on ne voyait plus les boules de cires, puisque le produit est biodégradable ».

Quid de l’efficacité ? Pour les deux distributeurs elle semble satisfaisante. « Nous avons fait des comptages à chaque génération sur 200 ceps. On a trouvé un vers en G1, aucun en G2 et deux en G3. Même chose dans la zone couverte par les Biootwin. Mais il est difficile de conclure car le secteur a subi du gel en 2021 et la pression vers était faible. On va reconduire l’essai cette année dans une zone où il y a plus de pression". De son côté Thierry Favier a aussi fait des comptages en G1, G2 et G3. « En G3, on a trouvé 8 foyers pour 100 grappes, soit la même efficacité qu’avec les Puffer ». Et d’ajouter « On a présenté le concept aux équipes terrain : ça plaît. On va reconduire les essais cette année en prenant comme référence les Rak et les Biootwin ». A suivre. 

La pulvérisation de phéromones également en test

De Sangosse travaille avec Suterra sur une formulation liquide de phéromones encapsulées qui se pulvérise sur les vignes comme un insecticide classique. La firme espère l’homologation de cette solution pour 2023. Thierry Favier, de la CAPL l’a testé en 2021 sur 4 ha en comparaison avec un programme chimique complet comprenant l’application de Decis en G1, puis Affirm en G2 et en G3. « Les phéromones liquides ne peuvent pas s’appliquer en G1 car quand le vol démarre, le feuillage n’est pas assez développé. On a donc démarré le programme en G2. De Sangosse conseille deux doses différentes : une dose de 75 ml/Ha qui permet d’avoir une rémanence de 14 jours et une autre de 110 ml/Ha pour 21 jours de rémanence. On a fait une première application juste avant le démarrage du deuxième vol en appliquant la dose permettant de protéger la vigne pendant trois semaines. Mais le 25 juin, un orage a lessivé le produit et on a dû renouveler l’application pour couvrir la fin de la G2. On a fait une autre intervention juste avant la G3 à la dose permettant 3 semaines de couverture. Nous n’avons pas renouvelé l’application en G3. « L’efficacité est prometteuse, du niveau de la référence chimique. Mais attention, ce n’est pas un insecticide. Pour que la méthode soit efficace, il faut de faibles niveaux de populations en fin de G1. Dans certains cas, le viticulteur devra donc peut-être intervenir en G1. Attention aussi à bien positionner le traitement avant le début du vol. Pour cela, il est obligatoire d’utiliser un OAD afin de pouvoir anticiper le début du vol bien avant sa confirmation et de s’appuyer également sur un réseau de piégeages pour avoir une idée des niveaux de population. L’avantage de la technique est qu’elle est flexible : le viticulteur peut l’utiliser que sur une seule génération. Elle va séduire ceux qui n’ont pas encore goûté à la confusion en raison des contraintes de pose…On va poursuivre les essais cette année », indique le distributeur. Syngenta commercialisera pour la saison 2023 une solution similaire (1). « Le produit est homologué mais avant de le proposer, nous souhaitons valider les préconisations techniques. Pour cela, nous avons mis en place un réseau assez important d’essais et de parcelles de référence cette année », explique la firme. (1) Il s’agit de la solution développée initialement par Nufarm en collaboration avec M2i et que Syngenta a repris.

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