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Les prévisions des risques de gel à cinq jours satisfont leurs premiers utilisateurs
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Applications Sencrop et Weenat
Les prévisions des risques de gel à cinq jours satisfont leurs premiers utilisateurs

Après leurs stations connectées qui relèvent la température en temps réel, Sencrop et Weenat lancent des applications de prévision du risque de gel à la parcelle. Les premiers utilisateurs sont satisfaits
Par Bérengère Lafeuille Le 19 janvier 2022
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 Les prévisions des risques de gel à cinq jours satisfont leurs premiers utilisateurs
Bastien Gaillardon, responsable R&D chez Gérard Bertrand a testé le Pagoscope, le nouvel outil d'alerte gel de Sencrop. "Il est ultra-facile à prendre en main" - crédit photo : Soufiane Zaidi
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n mois avant le gel printanier de 2021, le groupe Gérard Bertrand à Narbonne s’est vu proposer de tester Pagoscope, le nouvel outil d’alerte gel développé par Sencrop. « Nos quinze domaines bio étaient équipés de stations météo connectées, précise Bastien Gaillardon, responsable R et D chez Gérard Bertrand. Et nous avions déjà le système d’alerte gel de Sencrop, qui envoie un SMS quand la température humide chute. »

Cette alerte se déclenche lorsque la température humide (calculée par un algorithme) atteint le seuil fixé par le viticulteur. Pagoscope, lui, annonce le risque pour les cinq jours à venir. Il repose sur un autre algorithme tenant compte des prévisions météo et des relevés de température humide (calculée) et de température sèche (mesurée).

« Cet outil ultra-facile à prendre en main nous a aidés à être plus vigilants, apprécie Bastien Gaillardon. N’étant pas équipés pour faire face à des gels de grande ampleur, on doit agir au bon moment. Une bougie ne dure que deux nuits : on ne doit pas griller nos cartouches trop tôt ! Et je ne peux pas mobiliser mes équipes toutes les nuits. »

Un indicateur vert, orange ou rouge

Pour chacun des cinq jours à venir, l’application affiche un indicateur vert, orange ou rouge : vert, s’il n’y a pas de risque de gel ; orange, en cas de risque modéré, et rouge si le risque est fort. « On n’a jamais eu de gel quand l’indicateur était vert ou orange la veille, rapporte Bastien Gaillardon. Entre le 25 mars et le 25 avril, le voyant a viré rouge une dizaine de fois, et on a eu seulement quatre jours de gel, dont un de grande ampleur. Le rêve serait de n’être alerté que lorsqu’il gèle vraiment, mais à choisir, mieux vaut un excès de prudence ! »

Les jours où le voyant était rouge pour un domaine, Bastien Gaillardon alertait son responsable afin qu’il surveille la température en consultant l’appli ad hoc. « Être prévenus du risque nous a permis d’allumer les bougies et des feux de paille au bon moment, indique-t-il. Malheureusement, on n’en avait pas assez pour tout protéger. Un domaine de 80 ha a gelé à 100 %, sauf sur 6 ha, les seuls qu’on a pu sauver avec les bougies que nous avions. On a aussi compris que certaines stations ne sont pas installées aux endroits les plus gélifs. On a mesuré des températures très négatives en bas d’une parcelle dont la station, située un peu plus haut, affichait +2 ou +3 °C. »

Associer des moyens de protection à la prévision

Au dernier Sitevi, Weenat a lancé Weefrost, un dispositif concurrent. Cet outil corrige les prévisions de Météo France et calcule une probabilité de gel pour les quatre jours à venir. « Les modèles de Météo France ne tiennent pas compte des microclimats dus au relief, aux zones humides, etc., expose Emmanuel Buisson, directeur de l’innovation chez Weenat. Nous avons confronté les prévisions de Météo France, depuis 2018, aux températures mesurées par nos 2 000 stations connectées. Ainsi, notre algorithme corrige les prévisions de Météo France en fonction de l’historique de la station. D’après nos tests, en 2021, il a réduit de 1 °C l’écart moyen entre prédiction et observation. Il a augmenté de 25 % la détection des jours de gel 48 heures à l’avance. »

La solution Weefrost a été testée « grandeur nature » par les Grands Chais de France. « Nous avions déjà des stations météo connectées fournissant des prévisions, mais sans probabilités associées, relate Matthieu Grassin, responsable propriétés et vignobles. Or si on nous annonce –1 °C, nous voulons connaître la probabilité que cette prédiction se réalise. À 20 % de risque, nous ne déployons pas de moyens de lutte onéreux. À 80 %, oui. »

"les alertes ont bien fonctionné"

En avril dernier, le groupe a activé Weefrost sur ses 114 stations. « Pour le gel 2021, les alertes ont bien fonctionné, témoigne Matthieu Grassin. Mais nous avions peu de moyens de lutte. Nos éoliennes ont permis de sauver quelques hectares à Pomerol et dans le Muscadet. Pour 2022, nous avons investi afin d’équiper 220 ha. La prédiction est surtout utile si on a des moyens de lutte… À défaut, on fait de la lutte passive, en s’abstenant de travailler le sol pour atténuer l’inversion thermique. Le plus cher n’est pas d’acquérir l’outil de prédiction, mais les moyens de protection ! »

Weefrost nécessite deux ans d’historique de prévisions. Les domaines équipés d’une station éligible peuvent déjà activer ce service. Les autres ont l'occasion d'y accéder dès cette année grâce aux stations à proximité (en attendant d’avoir la leur), mais l’alerte ne sera peut-être pas optimale.

Complémentaire de l’outil de prédiction, Weenat propose aussi un capteur spécifique pour le gel. « Placé dans la vigne, il mesure la température sèche et humide, poursuit Emmanuel Buisson. Il remonte les données dans l’appli toutes les quinze minutes, pour suivre l’évolution des températures au cours d’une nuit à risque. Le viticulteur peut ainsi affiner sa stratégie de lutte. »

 

Une approche collective

Weenat comme Sencrop permettent aux propriétaires d’une station d’accéder aux relevés des autres stations car leurs outils gagnent à être utilisés en mode collaboratif. « Chaque utilisateur peut sélectionner les stations qui l’intéressent pour consulter leurs données, souligne Thomas Lemaire chez Sencrop. Le maillage du territoire par des stations connectées permet de voir arriver les phénomènes météo – comme les vagues de froid – d’abord sur les autres stations. » Sencrop avance le chiffre moyen d’une station tous les 20 km² en France, tandis que Weenat se repose sur un réseau de 2 000 stations. « On en trouvera toujours une à 5 ou 10 km, mais à cause des microclimats, ce n’est pas forcément suffisant. D’où l’intérêt d’une approche collective, pour s’équiper à l’échelle de plusieurs domaines ou d’une appellation, conseille Emmanuel Buisson. Cela permet d’optimiser le budget et de gagner en efficacité, en positionnant les stations de façon stratégique pour créer un réseau d’alerte. »

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