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Le vrai et le faux sur les contaminations primaires de mildiou dans les vignes
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Dynamique épidémique
Le vrai et le faux sur les contaminations primaires de mildiou dans les vignes

En quelques années, les chercheurs ont entièrement revu le rôle des contaminations primaires dans le développement des épidémies de mildiou. Il est temps de mettre nos connaissances à jour.
Par Christelle Stef Le 29 novembre 2021
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Le vrai et le faux sur les contaminations primaires de mildiou dans les vignes
Les oospores de mildiou à l'origine des contaminations primaires se forment en fin de saison dans les feuilles atteintes par le mildiou mosaïque - crédit photo : Christelle Stef
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lles n'ont lieu qu'au printemps.

FAUX Les contaminations primaires peuvent avoir lieu tout au long de la saison, comme l’a souligné Marc Raynal, ingénieur à l’Institut Français de la Vigne et du Vin (IFV), lors d’un séminaire organisé le 10 novembre par l’Institut des Sciences de la Vigne et du Vin (ISVV) et Innovin à Bordeaux. Rappelons que ces contaminations sont produites par les œufs d'hiver, les oospores, qui résultent de la reproduction sexuée du mildiou. En 2021, année atypique, elles ont été massives en juin et nulles en avril et mai, les conditions météo étant défavorables à ce moment-là.

 

Leur rôle est secondaire dans le développement des épidémies.

FAUX Le rôle des contaminations primaires est même essentiel. « Les épidémies de mildiou sont très dépendantes des oospores. Les souches de mildiou présentes dans une parcelle sont très diverses génétiquement. Plus de 70 % des individus d'une parcelle ne se retrouvent pas ailleurs », a expliqué François Delmotte, chercheur à l’Institut National de la Recherche pour l'Agriculture et l'Environnement de Bordeaux (INRAE). C’est le signe que les attaques de mildiou sont avant tout produites par des contaminations primaires, issues de la germination d'oospores, lesquelles sont des individus uniques car issus de la reproduction sexuée.

À l’inverse, s'il y avait peu de diversité parmi les souches de mildiou infectant une parcelle, ce serait le signe que celles-ci proviennent avant tout de contaminations secondaires, lesquelles résultent de la reproduction asexuée, donc à l'identique, du mildiou.

Ces observations ne sont pas nouvelles. Au début des années 2000, des chercheurs suisses, Davide Gobbin et Cesare Gessler, ont été les premiers à démontrer l’importance des contaminations primaires dans le cycle du mildiou. À l’époque, leur théorie était loin de faire l’unanimité au sein de la communauté scientifique. Désormais, elle fait consensus.

 

Elles provoquent toujours des infections secondaires.

FAUX « Les études conduites à l’échelle de la parcelle montrent que la plupart des infections primaires n'entraînent jamais d'infections secondaires », rapporte François Delmotte. Et, dans les quelques cas où des infections secondaires ont lieu, elles ne se propagent que sur quelques mètres. « Le gros de la sporée reste localisé. En revanche, en fin de saison, lorsque l’inoculum est très important et que la sporée s’intensifie, celle-ci peut alors parcourir de plus longues distances », précise le chercheur.

 

Les oospores se forment en fin de saison.

VRAI Elles se forment à l'intérieur des feuilles âgées atteintes par le mildiou mosaïque. « Lorsqu'on observe ces feuilles au microscope, on voit de petites sphères blanches : ce sont les oospores. C'est probablement la sénescence des feuilles qui déclenche leur formation », explique François Delmotte. Plus précisément, les oospores proviennent de la rencontre de deux gamètes provenant de deux individus de type sexuel opposé (P1 ou P2). Les chercheurs ont démontré que ces rencontres ont lieu via un système de reconnaissance hormonale. Concrètement, l’un des individus émet une hormone que l'autre reconnaît avant de la modifier, puis lui signaler sa présence. « On a identifié cette hormone chez le mildiou de la pomme de terre. Mais pas encore chez celui de la vigne », signale François Delmotte.

 

Les oospores peuvent se conserver plusieurs années dans le sol.

VRAI « Les contaminations primaires peuvent provenir d’œufs formés à l’automne précédent, mais aussi d'œufs de deux ans voire plus. Les oospores forment un inoculum qui se maintient dans le sol pendant quatre à cinq ans voire davantage », renseigne Marc Raynal.

 

Des capteurs pour suivre de la sporée aérienne

Dans le cadre du projet VISA, l’IFV et l’Inrae suivent la sporée aérienne du mildiou à l’aide de capteurs et d’analyses génétiques. Cette année, 25 vignerons de la région de Bordeaux ont pris part à l’expérience. Les expérimentateurs ont installé les capteurs tout début juin et les ont relevés tous les lundi, mercredi et vendredi. En parallèle, les vignerons ont observé l’apparition des symptômes. Les premières spores ont été détectées la semaine du 12 au 19 juin, avant tout symptôme. Puis, du 19 au 26 juin, la sporée a fortement augmenté dans le Saint-Émilionnais. Du 26 juin au 3 juillet, elle a augmenté partout et les premiers symptômes sont apparus sur feuilles et grappes et ont fortement augmenté par la suite. Les chercheurs suivent également six capteurs sur le domaine expérimental de l’Inrae de La Grande Ferrade, conduit en bio. En 2021, ils ont capturé les premières spores quasiment en même temps que les premiers symptômes sont apparus. Puis les émissions ont été continues tout au long de la saison. En suivant la sporée, les chercheurs espèrent optimiser les traitements. Les recherches se poursuivent.

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