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Coup de chaud

Avis de sécheresse sur le vignoble du Roussillon

Mercredi 21 juillet 2021 par Alexandre Abellan

À contre-courant du reste du vignoble français, le vignoble du Roussillon n’est pas submergé par la pluie et le mildiou, mais secoué par le manque d’eau et une sécheresse inhabituelle.
À contre-courant du reste du vignoble français, le vignoble du Roussillon n’est pas submergé par la pluie et le mildiou, mais secoué par le manque d’eau et une sécheresse inhabituelle. - crédit photo : Chambre d'Agriculture des Pyrénées Orientales (parcelle de grenache)
Le département des Pyrénées Orientales fait face à un déficit hydrique inédit, mettant en danger les rendements 2021 alors que les craintes d’incendies et de prédation par le gibier sont au plus haut.

« Entre le mildiou l’an passé, le gel et la sécheresse cette année, les viticulteurs sont sur les dents » résume Anne-Marie Castagné, à la tête du domaine Rousdellaro (8 hectares de vigne en HVE à Perpignan). N’ayant enregistré que 3 millimètres de pluie sur les deux derniers mois, la vigneronne catalane témoigne de l’énorme souffrance de ses vignes sur des terroirs de plaine, qu’ils soient sablo-argileux ou de galets roulés. « D’habitude, il pleut en avril ou mai pour faire quelques réserves d’eau, mais là… rien » ajoute Anne-Marie Castagné, qui n’irrigue pas ses vignes (mais tente de passer des engrais foliaires pour aider ses vignes à résister au stress hydrique).

Alors que la véraison débute sur grenache et syrah (mais pas encore sur les muscats), les pronostics sur de petits rendements vont bon train dans le vignoble, où la petite taille des baies fait frémir. « On dirait du cassis » rapporte Julien Thiery, le chef du service viticulture de la Chambre d’Agriculture des Pyrénées-Orientales. Le technicien pronostique un grossissement difficile des baies alors que l’eau manque. D’après la station météo de Perpignan, seulement 233 mm de pluie sont tombés du premier octobre 2020 au 30 juin 2021 (contre 576 mm en temps normal). « Depuis le premier mars, 63 mm ont été mesurés au lieu de 180 mm. Et le peu que l’on a eu, c’était de petites pluies de 3 à 4 mm tout de suite évaporées. Cela n’a jamais été aussi sec » note Julien Thiery, pointant la chaleur du mois de juin (+3°C par rapport aux moyennes saisonnières).

Premiers symptômes

Face à cette sécheresse inhabituelle, « on commence à avoir des défoliations sur les parcelles les plus sèches (sols drainants et faibles réserves utiles) » et de premières pertes sur jeunes plantiers avec « un phénomène jamais-vu, le desséchement de ceps plantés à proximité de piquets métalliques (grillés dans le cas d’une orientation soleil couchant) » note Julien Thiery. Si la situation sanitaire reste globalement bonne, le chef de service note l’apparition de symptômes de stress hydrique depuis deux semaines : « je m’attendais au pire, mais ça va commencer à tirer… »

En altitude, la situation semble cependant plus sereine. « Pour l’instant, ça a l’air d’aller. On ne voit pas de grappes stagner ou se ramollir comme on peut l’entendre à Narbonne » indique Éric Monné, le vigneron du clot de l’Oum (11 hectares de vignes en bio à Belesta). Avec des parcelles à 350-550 mètres d’altitude, ses parcelles ne souffrent pas : « il est encore tôt, le raisin n’a pas véré. Mais il n’y a pas de signes alarmants : le feuillage se porte bien. On a eu quelques orages, qui ont amené un peu d’eau, sans que cela soit suffisant » rapporte le vigneron, qui fait cependant état d’oïdium dans ses vignes (avec le dilemme de traiter et risquer des brûlures).

"Prédation du gibier"

« En avril, on ne parlait que du gel. Mais on s’attend maintenant à plus de perte [de rendement] par la sécheresse » résume Julien Thiery, pour qui les craintes se multiplient. Les départs d’incendie se multiplient, faisant craindre des dégâts dans le vignoble avec l’augmentation des friches, et se pose « une autre problématique, la prédation du gibier alors que la végétation est très sèche et qu’il n’y a rien d’autre à manger » évoque le technicien. Pour soulager la soif des sangliers, Anne-Marie Castagné conseille de créer des points d’eau dans le vignoble : « je mets un demi-fût d’eau pour calmer leur soif » et réduire « les vignes esquintées ».

Phoot de la Chambre d'Agriculture des Pyrénées Orientales (parcelle de grenache ce mois de juillet 2021).

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