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Alsace

Affaire Albrecht, l’interminable attente mine les vignerons victimes

Jeudi 18 février 2021 par Christophe Reibel

'A défaut de justice, ta conscience te jugera' scande un panneau de la manifestation du 'Collectif des victimes de Jean Albrecht'.
'A défaut de justice, ta conscience te jugera' scande un panneau de la manifestation du 'Collectif des victimes de Jean Albrecht'. - crédit photo : Christophe Rebeil
Les quatre viticulteurs condamnés à régler des frais de procédure au négociant Jean Albrecht condamné au pénal en première instance le 27 février 2020 à du sursis pour banqueroute et abus de bien social, lui ont remis un chèque de 1 000 €. Eux attendent toujours que la justice se prononce dans cette affaire qui a laissé un passif de 12,5 millions € en 2012.

« Les viticulteurs paient leur dette. Ils attendent depuis huit ans d’être payés pour le vrac ou le raisin qu’ils ont livré. Ils attendent que la justice fasse son travail. Ils attendent que l’expert mandaté pour établir les mouvements de vins reçoive les bordereaux d’achat et de vente qu’il réclame ». C’est sur les marches du tribunal judiciaire de Colmar (Haut-Rhin), et devant une vingtaine de membres du collectif des victimes de l’affaire Albrecht et de la Confédération paysanne d’Alsace, que André Schlegel, viticulteur à Soulzmatt (Haut-Rhin), a résumé ce 17 février un dossier au point mort.

Aucun calendrier de remise du rapport de l’expert judiciaire Jean-Luc Moncorgé, espéré conclusif sur les décisions (les opérations d’achat et de revente à perte selon les victimes) qui ont conduit à la déconfiture du négociant d’Orschwihr (Haut-Rhin). Encore moins de date de procès au civil pour faire la lumière sur la cause d’impayés estimés à 7 millions € dus aux membres du collectif et à 133 autres vendeurs de vrac et de raisin.

"Nos exploitations sont en train de crever"

Au lieu de cela, les avocats de Jean Albrecht ont envoyé les huissiers en janvier et décembre 2020 aux quatre viticulteurs condamnés le 18 décembre 2019 dans une procédure parallèle à payer solidairement à l’ex-négociant 1 000 € de frais car le juge avait estimé abusive leur demande d’être associés aux travaux de Jean-Luc Moncorgé. Des membres de la famille Albrecht ont également la perspective de recouvrer des fermages qui font partie des créances prioritaires. Le collectif des victimes a du mal à encaisser ces procédures.

« La justice ne nous a pas entendus. Elle n’a pas donné suite aux dommages moraux, physiques et corporels que nous avons tenté de faire valoir. Nos exploitations sont en train de "crever". Nous sommes lessivés. Notre trésorerie est négative. Notre santé est minée par les nuits sans sommeil et les années de procédure. Nos collègues mettent fin à leurs jours*, nos familles se déchirent et crèvent » indiquent amèrement des victimes. « Le choix de faire traîner les choses est efficace. Au fil des ans, il reste de moins en moins de personnes pour réclamer justice » conclue André Schlegel.

 

* : Un viticulteur bas-rhinois, qui avait un gros impayé, a mis fin à ses jours en juillet 2019.


 

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