LE FIL

Vins biologiques

Et si la vague des vins bio se transformait en tsunami ?

Jeudi 08 octobre 2020 par Sharon Nagel

« Le vin est resté otage de la bouteille en verre de 75cl. Des packagings novateurs ne peuvent que nous aider à surmonter la perception de cherté des vins bios », affirme James Scott, directeur de recherches chez Bibendum/C&C Group
« Le vin est resté otage de la bouteille en verre de 75cl. Des packagings novateurs ne peuvent que nous aider à surmonter la perception de cherté des vins bios », affirme James Scott, directeur de recherches chez Bibendum/C&C Group - crédit photo : Marks & Spencer
Sur un marché mondial globalement atone, les vins biologiques offrent une bouffée d’oxygène. Et ils sont loin d’avoir atteint leur pic, selon les prévisions de l’IWSR.

L’analyste britannique est peu optimiste quant à l’évolution globale du marché mondial du vin d’ici 2024. « La reprise sera lente et s’opérera sur les cinq prochaines années. Il faudra attendre 2024 avant de renouer avec les volumes de 2019 », a expliqué, en effet, Daniel Mettyear de l’IWSR lors d’un webinaire organisé récemment par le magazine britannique Harpers. En revanche, les vins bios devraient afficher une croissance annuelle moyenne de quelque 9% durant cette même période pour capter 4% du marché mondial d’ici 2024, contre 2,75% actuellement. Si l’érosion des volumes de vins tranquilles a été exacerbée globalement par la crise de la Covid-19 – les ventes pour la consommation à domicile n’ayant pas compensé totalement les pertes du secteur CHR – la pandémie aura, au contraire, impulsé le développement des vins bios et ceux issus, plus généralement, de la viticulture durable. « La crise sanitaire mondiale inédite aura servi à accentuer le désir de bien-être et les préoccupations sanitaires », confirme Daniel Mettyear. Résultat : les vins bios quittent leur statut de marché de niche pour aller vers une démocratisation toujours plus grande, selon Carmel Kircline, chargée des affaires techniques chez le distributeur britannique Bibendum.

25% du marché suédois

L’exemple de la Suède en la matière est éloquent : « Il y a moins de dix ans, nous avions une vision où 10% de notre gamme serait biologique en 2020 », rappelle Sara Norell, responsable de l’assortiment et des approvisionnements auprès de Systembolaget. « Il y avait beaucoup de scepticisme, mais nous avons atteint cet objectif en 2015, voire plus tôt pour les vins. Désormais, la part des vins bios s’élève à 25% et continue d’augmenter ». Pour parvenir à ce résultat, le monopole a associé plusieurs stratégies : « Notre politique est basée sur l’introduction de produits nouveaux de qualité à des prix concurrentiels ; la formation de notre personnel ; et une concordance avec la stratégie mise en place par les détaillants alimentaires, qui opéraient au même moment une transition vers les produits bios. Il faudrait probablement le même type de synchronisation pour s’attaquer au changement climatique ». En avance sur d’autres marchés du vin, la Suède a réussi ainsi à sécuriser ses approvisionnements en vins bios, aspect qui commence désormais à poser problème. « Certains pays ont perdu des parts de marché faute d’offre et aujourd’hui nous devons faire face à une forte demande mondiale qui complique nos achats de produits bios », reconnaît Sara Norell. Par conséquent, les opérateurs suédois s’intéressent de plus en plus à l’univers autour du bio comme les produits végétariens ou vegan.

 

Approvisionnements tendus

Au Royaume-Uni, chez le distributeur Marks & Spencer, cet univers constitue, par ailleurs, un tremplin vers la culture biologique. « D’ici 2022, nous voulons proposer 100% de produits vegan », affirme Elizabeth Kelly MW, responsable du développement produits auprès de la chaîne. « Cette démarche permet de réduire certains intrants dans le vin. A partir de là, nous pouvons évoluer vers d’autres aspects durables et biologiques ». Si la chaîne travaille étroitement avec ses fournisseurs pour tenter d’augmenter les disponibilités de vins bios, c’est parce qu’elle aussi manque de produits. « La catégorie bio se développera dès lors que nous pouvons proposer une gamme plus étendue. Nous avons des difficultés à trouver les qualités que nous recherchons aux volumes adéquats ». Que ce soit en entrée de gamme ou dans le haut de gamme, les volumes font défaut mais cela n’a pas empêché le distributeur d’intégrer trois vins bios – d’origine espagnole – dans son programme très apprécié des « meal deals », c’est-à-dire un repas complet pour deux personnes à £12, bouteille de vin incluse. « Ce lancement nous permet de proposer des vins bios à des clients qui ne les auraient pas forcément choisi en rayon ». La chaîne espère générer le même effet d’entraînement avec un Prosecco bio positionné à £9. « Ce positionnement prix intéressant dans une catégorie très porteuse devrait favoriser la croissance des produits bios ».

Le message bio doit être clarifié et codifié

Devoir susciter de l’intérêt alors qu’on manque de produits paraît pour le moins contradictoire. Mais le fait est que le public acheteur de produits bios reste restreint sur de nombreux marchés. « 37% de la population britannique rejette activement ou se montre insensible aux questions environnementales », affirme James Scott, directeur de recherches chez Bibendum/C&C Group, qui a sondé 8 000 consommateurs au cours des deux derniers mois. « 41% d’entre eux veulent bien acheter des produits durables/bios s’ils en ont les moyens mais ce critère n’est pas primordial. Il reste donc 22% de la population véritablement attirée par les produits bios/durables, soit 7,5 millions de personnes. Et pour le moment, nous les embrouillons à cause du manque de lisibilité dans le message bio dans le contexte durable, biodynamique et naturel, sachant qu’un consommateur lit en moyenne six mots sur une étiquette ». En effet, si les moteurs de croissance sont en place, et ont été fortement impulsés par la pandémie, il reste encore à clarifier et à codifier le message bio, à surmonter la perception de cherté des produits et à régler les difficultés d’approvisionnement pour transformer la vague bio qui surgit dans une dizaine de pays, en phénomène mondial.

 

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