LE FIL

Crise foncière

"Des vignes ne vont plus être cultivées en Gironde"

Mercredi 16 septembre 2020 par Alexandre Abellan

Les panneaux 'vignes à vendre' se multiplient dans le vignoble de Bordeaux, du Médoc aux Côtes, en passant par l'Entre-deux-Mers.
Les panneaux 'vignes à vendre' se multiplient dans le vignoble de Bordeaux, du Médoc aux Côtes, en passant par l'Entre-deux-Mers. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
La SAFER de Bordeaux se prépare à des arrêts en cascade de fermages, conduisant à une exacerbation des déséquilibres entre l’offre et la demande de parcelles viticoles dans les appellations génériques.

Affrontant des marchés peu porteurs, le vignoble bordelais a vu les propositions de fermages précaires se multiplier à la veille des vendanges. En juillet, « presque tous mes voisins m’ont appelé pour trouver un loueur car ils avaient des surfaces sur les bras. Mais moi non plus je n’ai pas de marchés… » résume un viticulteur de l’Entre-deux-Mers, témoignant d’un déséquilibre croissant entre l’offre et la demande de foncier viticole en Gironde.

Ayant réussi à mettre en fermage de courte durée les mêmes surfaces viticoles que par le passé, la Société d'Aménagement Foncier et d'Etablissement Rural de Nouvelle-Aquitaine (SAFER NA) note que son volant d’affaires non-contractualisées a particulièrement augmenté. « Il devient difficile de trouver quelqu’un qui veuille signer un bail » résume Michel Lachat, le directeur départemental de la SAFER NA, qui précise que « tous les vignobles génériques sont touchés. C’est compliqué en Bordeaux, Côtes, Entre-Deux-Mers, Blaye, Bourg, les satellites de Saint-Émilion (Puisseguin et Lussac), Médoc, Haut-Médoc… »

CMD

Sous la dénomination de Conventions de Mise à Disposition (CMD), deux types de fermages courts existent en Gironde : d’une part les CMD vendanges, pour intégrer la récolte d’une parcelle dans sa structure sans l’avoir suivie sur la campagne viticole (signature du contrat avant le 31 juillet du millésime*), d’autre part les CMD classiques, pour un fermage annuel (avec des négociations dans l’hiver précédant le millésime). En 2020, la SAFER NA indique que 2 000 hectares de CMD vendanges et 2 000 ha de CMD classique ont été signés, soit des surfaces équivalentes aux années précédentes.

Alors que l’offre de CMD vendanges augmente sans trouver preneur, « pour les CMD classique, la baisse pas encore constatée. Mais beaucoup d’opérateurs nous disent qu’ils ne vont pas reconduire leurs baux SAFER » note Michel Lachat, qui rapporte que les baux ruraux de long terme vont également être confrontés à des non-reconductions. Pour l’expert, « des vignes ne vont plus être cultivées en Gironde. Cela va devenir difficile pour les propriétaires de trouver des fermiers. Ceux qui n’ont plus de débouchés n’ont plus intérêt à maintenir une activité (sauf pour des enjeux d’économie d’échelle, afin d’amortir les charges fixes). »

"Surfaces à abandonner"

Après les vendanges, les réunions avec les experts comptables et banquiers s’annoncent décisives cette fin d’année. « Cet hiver, il va y avoir un gros travail de projection sur l’avenir dans chaque entreprise pour tenir le coup. Déterminer [pour certains] les surfaces à abandonner selon leur rentabilité pour se recentrer sur les volumes ayant un marché valorisé [représente] des décisions longues à prendre, avec des réflexions plus patrimoniales qu’économiques » note Michel Lachat.

Si le marché du foncier bordelais connaît la déprime du faible nombre d’acheteurs, « il y a encore des opérateurs qui se positionnent pour racheter de vignes d’AOC Bordeaux bien placées et bien structurées à 14-15 000 euros l’hectare » note le directeur bordelais de la SAFER NA. Mais « pour les parcelles les moins intéressantes, car gélives ou en mauvais état, on ne sait plus quel est le prix. Dans une période de crise, on abandonne toujours les parcelles les moins belles » conclut-il.

 

* : Les orages de grêle estivale ont poussé les Douanes à prolonger la période de signature jusqu’au 31 août 2020.

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Dominique Le 16 septembre 2020 à 23:44:09
Comme les grands stratèges qui dirigent Bordeaux, on peut décider de mettre la poussière sous le tapis. Mais aujourd'hui ça fait une grosse bosse qui se voit. Qui ne voyait pas toutes ces vignes non travaillées depuis un an ou deux...ou trois ? Les irresponsables professionnels vont-ils prendre enfin leurs responsabilités ou bien laisser se dérouler une déprise viticole anarchique ? Vont-ils encore détourner le regard et au fond, laisser crever en silence tous ces gens qui les ont suivi aveuglément ? L'arrachage est un sujet tabou parce qu'on en est encore à dérouler les restructurations/replantations de vignobles. Mais il faudra bien traiter avec le réél.
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