LE FIL

Symbiose

Des arbres et arbustes à planter dans vos vignobles

Mardi 21 juillet 2020 par Marion Bazireau
Article mis à jour le 21/01/2021 11:21:40

Nombreux sont les techniciens et vignerons venus assister aux présentations de spécialistes du sol, de l'eau, de la biodiversité...
Nombreux sont les techniciens et vignerons venus assister aux présentations de spécialistes du sol, de l'eau, de la biodiversité... - crédit photo : Marion Bazireau
Perçues d’un mauvais œil par les viticulteurs, la ronce, l’aubépine ou la clématite sont pourtant depuis des années des plantes compagnes de la vigne. Lors d’une journée sur l’agroécologie organisée au Château Guiraud, à Sauternes, un expert a rappelé pourquoi.

La vigne sait s’entourer. Quand elle est à l’état de liane sauvage, plusieurs plantes lui servent d’appui pour aller vers la lumière, libèrent des huiles essentielles qui la protègent des maladies, fixent l’azote, ou attirent les bons insectes et oiseaux auxiliaires.

A l’occasion d’une journée technique sur l’agroforesterie organisée par le Château Guiraud à Sauternes, le 16 juillet, Hervé Covès, ingénieur agronome spécialisé dans la permaculture, a rappelé à l’auditoire quels sont les arbres et arbustes qu’il est bon d’avoir au vignoble.

"Combien de fois on l'a détruit à coups de pioche"

« En tête des plantes compagnes de la vigne, on retrouve la ronce », a-t-il commencé. Elles vivent ensemble depuis des millions d’années. Vient ensuite le cornouiller sanguin. « Pourtant, combien de fois, quand on était gamins, on l’a détruit à coups de pioche. Idem pour l’aubépine, qu’on a massacrée pour des tas de raisons et que l’on a plus le droit de planter. Heureusement que les oiseaux le font pour nous ». La clématite est également mal vue, accusée d’héberger la cicadelle de la flavescence dorée. « Sauf qu’elle est pollinisée par des insectes nocturnes, qui attirent les chauves-souris et régulent la flavescence. »

Le lierre héberge de nombreux auxiliaires

Puis il y a le lierre. « C’est l’une des rares plantes capables de fleurir et de produire des miellats en hiver, et donc d’héberger tout un tas d’auxiliaires, tels que les chrysopes, qui régulent les populations de pucerons au printemps et en été. » L’ingénieur prévient, ce lierre ne doit pas se trouver dans un bois à 500 mètres des parcelles, au risque que les auxiliaires ne fassent pas le déplacement. S’ils le font, ils se feront manger par des oiseaux avant d’atteindre la vigne. Le lierre a aussi l’intérêt d’avoir des racines profondes. « Il pompe et relargue de l’eau au réseau mycorhizien. A leur tour, les champignons rendent l’eau aux racines de la vigne. »

Le troene, arbuste qui fleurit tôt au printemps, est également intéressant. Idem pour le prunellier, et plus généralement pour tous les arbres à fruits à noyau. « Ils ont 85% de champignons mycorhiziens en commun avec la vigne. Le prunellier démarre sa photosynthèse et commence à nourrir le sol avant la vigne. Quand elle va démarrer à son tour, elle va bénéficier d’un réseau de champignons déjà opérationnels et pourra mieux se développer. Et quand elle aura le plus besoin des réserves du sol, en été, pour assurer la nutrition des baies, le prunellier lui n’en aura plus besoin. » L’ingénieur a aussi cité l’orme, qui démarre également très tôt au printemps, et meurt après 10 ou 12 ans, participant au réseau mycorhizien sans nécessité d’entretien.

Sortir du secret pour avancer plus vite

« En agroécologie, il n’y a pas de solution unique. Chacun fait ses propres choix d’arbres, de haies, ou d’enherbement. Le Château Guiraud a ouvert ses vignes, le Château Latour aussi.  C’est bien, mais pour que tout le monde progresse plus vite, je propose que l’année prochaine, les 30 ou 50 domaines qui sont entrés dans une démarche agroécologique se retrouvent pour partager en quelques slides leurs pratiques » a lancé Xavier Planty, en conclusion de cette journée dédiée à l’agroécologie.

« Nous devons sortir du secret et avancer. L’urgence économique nous l’impose » a poursuivi Xavier Planty, pour qui seuls les domaines qui se tourneront vers l’agroécologie sortiront indemnes de la mauvaise passe bordelaise. « Pour les autres, il va y avoir énormément de casse. Je vois de plus en plus de vignes en déshérence. D’ici quelques années, nos paysages vont se transformer, on va voir des arbres partout. » prédit-il.

 

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