LE FIL

Crise Covid-19

La distribution de matériels critique l'attitude des constructeurs

Mardi 07 juillet 2020 par Vincent Gobert

La distribution de matériel viti-vinicole n'a pas connu d'interruption de service durant le confinement et la crise de la Covid-19
La distribution de matériel viti-vinicole n'a pas connu d'interruption de service durant le confinement et la crise de la Covid-19 - crédit photo : Mathieu Coudaulin
Paiements, taux d’intérêt, hausse des tarifs, etc. : le syndicat des distributeurs de matériel critique l’attitude des constructeurs en plein crise. A ses yeux, le client final risque d’en payer le prix.

Fort de la mobilisation des distributeurs de matériel en pleine crise Covid-19 – toutes les concessions ont poursuivi leur activité sans interruption – leur syndicat Sedima se félicite aujourd’hui en conférence d’une certaine reprise des ventes. Reprise à relativiser en fonction des filières, notamment pour les matériels viticoles (encadré). La faute à « l’inertie créée cet hiver du fait des taxes américaines mais aussi à une situation générale dégradée des vins, laissant peu de visibilité. Le contexte sanitaire très incertain n’y est pas étranger ». Le comportement du consommateur est aussi cité. Mais ce que regrette peut-être le plus le Sedima en ces temps difficiles, c’est l’attitude générale des constructeurs. Pierre Prim, le président du syndicat, ne mâche pas ses mots à leur encontre. « Alors qu’il y a eu des appuis demandés par les concessions pour espacer les traitements, les paiements, qu’il y a eu un courrier du syndicat pour trouver des aménagements, on a vu qu’un geste timide des constructeurs pour certains distributeurs agricoles. Peu ont proposé des solutions. Il y a eu quelques baisses de taux d’intérêt mais très peu d’appui aux réseaux. Les constructeurs veulent une visibilité sur le marché et ils pressent la distribution à refaire beaucoup de stocks dans les cours des concessions. Ils mettent énormément de pression. Mais les distributeurs n’ont pas la tête à ça car ils n’ont pas de visibilité sur l’avenir proche du marché ».

Les « floor plans » pointés du doigt

La finance est dans le viseur du Sedima. Plus particulièrement les floor plans. Ces financements sont proposés par les constructeurs aux distributeurs comme alternative aux prêts bancaires classiques, notamment à l’occasion de grosses commandes. Mais leurs taux d’intérêt sont très élevés : 3,5 à 4 %. « Ces floor plans ne sont pas du goût de la distribution, avertit Pierre Prim. Surtout en ces temps de crise sanitaire. Pour les constructeurs, les floor plans sont des outils pour faire du cash en payant moins d’impôts en Hollande et au Luxembourg. Cela alors que les usines ont été arrêtées aux frais du contribuable. Les états ont accompagné ces fermetures d’usines. Tout ça est légal mais choquant. L’état n’est pas là pour gonfler le stock chez les concessionnaires. Il y a des questions à se poser sur la moralité de ce système-là ! Ca fait longtemps que la distribution est soumise à ce système financier. Mais dans le contexte de crise elle ne peut plus l’accepter. Ca va être un point d’achoppement majeur entre distributeurs et constructeurs ».

Augmentations de tarifs, pertes de services

Pointant en outre les augmentations générales de tarifs des constructeurs, la distribution s’alarme de potentielles conséquences négatives pour les producteurs aussi. « En contexte de crise il faut quand même être sérieux. Des entreprises ont des soucis sérieux de trésorerie. Si les banques lâchent les distributeurs sont menacés. Ceux-là ne seront plus là pour accompagner les agriculteurs demain ».

 

Immatriculations en trompe-l’œil

Le Sedima note un impact important de la crise Covid-19 sur l'activité des concessions. C'est très marqué entre les mois de mars et avril 2020. Le chiffre d'affaires global est en retrait de 16 % entre ces deux mois. La tendance de mai est à l'amélioration, notamment en polyculture élevage et en grandes cultures.Dans le même temps, de janvier à mai, les immatriculations vignes et vergers affichent -21 % par rapport à la même période 2019, qui était certes une année favorable. Si on regarde en année roulante, de juin 2019 à mai 2020 par rapport à juin 2018 à mai 2019, la situation est positive : + 7% d'immatriculations de tracteurs vigne et vergers.

 

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