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Crise sanitaire

"Le coronavirus n’aura pas raison de la convivialité des vendanges"

Lundi 25 mai 2020 par Marion Bazireau

Placez vos vendangeurs tous les deux rangs, ou faites les avancer en décaler
Placez vos vendangeurs tous les deux rangs, ou faites les avancer en décaler - crédit photo : Wikipedia
Transport, repas, hébergement… Les conseillers de la MSA l’assurent, s'ils suivent quelques règles, les vignerons vivront des vendanges quasi normales. Ils n’auront même pas besoin de priver leurs saisonniers des moments de convivialité.

Avant le début du relevage, les vignerons étaient inquiets. « J’ai reçu beaucoup d’appels » témoigne Angélique Pierre, conseillère en prévention à la MSA Charente. « Les gens voulaient être certains que ce qu’ils mettaient en place allait suffire à assurer la sécurité de leurs salariés et des saisonniers. »

C’est sur la question du port du masque que la conseillère a été le plus sollicitée. Elle a rassuré les vignerons en leur rappelant que, tant que les saisonniers travaillaient à bonne distance les uns des autres, il n’y avait aucune obligation de le faire porter. « Actuellement il fait très chaud, travailler en extérieur en réalisant une activité physique et mettre un masque n’est pas cohérent. Ce sera la même chose pendant les vendanges. Nous recommandons simplement aux vignerons de mettre des masques à disposition des saisonniers qui se sentent vulnérables ou qui ont peur » détaille-t-elle. 

"Le masque peut rendre les gens négligents"

Conseiller national en prévention des risques professionnels, Arnaud Desarmenien complète son propos. « D’autant plus que s’il n’est pas bien porté et retiré, le masque peut à son tour devenir une source de contamination. En outre, il peut donner aux gens un faux sentiment de protection et les rendre plus négligents. »

En fait, selon ces deux conseillers à la MSA, le coronavirus ne doit pas changer la logique de prévention des risques liés aux travaux en vert ou aux vendanges. « Les mesures collectives l’emportent toujours sur les équipements individuels » pose Arnaud Desarmenien.

Le virus doit toutefois amener les vignerons à anticiper les vendanges, « encore plus que pour les travaux en vert, car ils vont se retrouver face à des gens qui ne connaissent pas le métier » continue Arnaud Desarmenien. Il faut qu’ils commandent du matériel supplémentaire, écrivent des fiches simplifiées de sécurité, les envoient par mail (quand cela est possible) ou les distribuent, et les affichent dans les véhicules ou sur des panneaux, de manière à ce que les vendangeurs aient toutes les consignes en tête avant de donner leurs premiers coups de sécateurs.

Primes de déplacement ou minibus

Les conseillers insistent sur la nécessité de demander aux saisonniers de se rendre directement à la parcelle, sans covoiturer, en veillant à ce qu’il leur soit possible de se garer en sécurité. « Pour le relevage, beaucoup de viticulteurs ont instauré des primes de déplacement pour dédommager les gens. C’est une bonne idée. Certains prestataires ont aussi loué des minibus à 6 places pour pouvoir laisser un siège entre les saisonniers non véhiculés » témoigne Angélique Pierre.

Lorsque deux personnes n’ont d’autre choix que de voyager dans une même voiture, l’une doit se placer à l’arrière, dans la diagonale du conducteur, « afin qu'elles ne touchent pas les mêmes zones » précise la conseillère. « Il faut aussi penser à ouvrir les fenêtres pour éviter la stagnation de l’air. »

La désinfection des véhicules communs est de rigueur après chaque utilisation. Ici, comme pour le reste du matériel, le vigneron peut utiliser des lingettes, de l’eau de javel, ou des karchers à eau chaude, « à 100°C, aucun doute que cela soit efficace, même si aucune étude scientifique n’est venue le démontrer » précise Arnaud Desarmenien.

Comme pendant les relevages, le mieux est de repartir les coupeurs un rang sur deux, « avec un coordinateur qui s’assure qu’aucun rang n’est oublié. On peut aussi faire avancer les personnes en décalage dans le rang, en veillant à ce que les gens ne se retrouvent jamais face à face » explique Angélique Pierre. A la parcelle, des jerricans d’eau, des flacons de savon pousse-mousse, de l’essuie-tout, et des sacs poubelles seront mis à la portée des saisonniers.

A chacun son sécateur

Chaque vendangeur doit disposer de son propre sécateur et ne pas le quitter de la journée. « Les vignerons doivent en prévoir plus qu’à l’accoutumée car personne ne doit avoir besoin d’emprunter de matériel à son voisin » insiste Arnaud Desarmenien. La personne qui dispose du stock de sécateurs doit être bien identifiée. « Pendant les relevages, tous les soirs, les exploitants préparent des seaux d’agrafes à chaque saisonnier, pour qu’ils n’aient jamais à piocher du matériel dans un contenant commun, illustre Angélique Pierre. Les vignerons doivent mettre en œuvre des protocoles similaires pendant les vendanges. »

"De la convivialité et des grandes tablées mais pas de grands gâteaux"

Ceux qui ont l’habitude de fournir un encas à leurs saisonniers peuvent tout à fait continuer. Les conseillers insistent sur le fait que le virus ne doit pas remettre en cause la convivialité des vendanges. « Simplement, cette année, on ne partagera pas de grands gâteaux, une personne préparera des encas la veille et les remettra à chacun dans des sacs individuels » détaille la conseillère.

Lorsque le soleil sera de la partie, le déjeuner pourra très bien se partager en plein air ou sous un hangar, à une grande tablée, pour laisser un mètre entre chaque saisonnier. « Libre à chacun de s’organiser. En ce moment pour les travaux en vert certains préfèrent faire des journées continues. Ils commencent plus tôt, prennent un petit encas, et rentrent chez eux vers 13h » rapporte Angélique Pierre.

"Une personne doit désinfecter les sanitaires après chaque utilisation "

Quand l’hébergement individuel n’est pas possible, il faut espacer les couchages pour laisser 4m2 à chacun. Les lits superposés sont interdits. « Et même si la tâche est ingrate, une personne doit être dédiée à la désinfection des sanitaires communs. Elle doit avoir lieu après chaque utilisation » ajoute Arnaud Desarmenien, qui demande aussi  aux vignerons d'anticiper une éventuelle contamination en prévoyant une pièce d’isolement.

« Ces consignes pourront évoluer vers plus ou moins de liberté dans les semaines à venir et notamment à partir du 2 juin » rappellent les conseillers, incitant aussi les vignerons à consulter la fiche de la MSA sur l’accueil des saisonniers.

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