LE FIL

Traitements et confinement

« Mes voisins me remercient »

Vendredi 24 avril 2020 par Marion Bazireau

Cinq habitations jouxtent les parcelles du Château Belrose Maucaillou
Cinq habitations jouxtent les parcelles du Château Belrose Maucaillou - crédit photo : Google
Dans l’Entre-Deux-Mers, Claude Subra a réalisé ses premières pulvérisations la semaine dernière. Avant, il est allé à la rencontre de ses voisins. Cette initiative porte ses fruits.

Alors que la saison des traitements démarre, le confinement des voisins de Claude Subra, vigneron sur 45 ha au Château Belrose Maucaillou, à Sadirac (33), aurait pu faire des étincelles. Il a préféré anticiper. « J’ai réalisé mes premiers traitements la semaine dernière. Mais d’abord, je suis allé rencontrer mes cinq voisins dont les maisons jouxtent mes parcelles. Un nouveau lotissement a vu le jour à côté de chez moi cette année et je rencontrais la plupart d’entre eux pour la première fois » raconte-il. « Je me suis présenté, je leur ai expliqué pourquoi j’allais traiter, et avec quels produits. »

Alors qu’il travaille de manière conventionnelle sur le reste de son exploitation, il n’utilisera que du soufre et du cuivre en bordure des habitations. « Travailler en bio va m’obliger à passer 16 fois dans la saison, alors qu’ailleurs je ne sortirai que 7 ou 8 fois. Cela aussi je l’ai bien précisé à mes voisins. » Puis il leur a proposé de leur envoyer un SMS avant chaque traitement, « en indiquant que mon pulvé passerait plutôt le matin ou l’après-midi en fonction de mon emploi du temps. » Tout le monde a souscrit à la démarche. « Ils répondent même à mes SMS par des « merci ». »

Cette pédagogie porte ses fruits et le vigneron n’a pour l’heure connu aucune déconvenue. Cela aurait pu être le cas, tant tout ce qui touche à la protection du vignoble est traité de manière anxiogène. Le lotisseur a d’ailleurs prévu la plantation d’une haie « phytosanitaire » en septembre. « Pourquoi ce besoin de rajouter « phytosanitaire » ? C’est une haie, point », déplore Claude Subra.

Ne pas revivre les expériences passées

En instaurant ce dialogue avec ses voisins, le vigneron espère ne pas revivre les désagréments qu’il a connus par le passé. « On a entendu de tout. Des gens sont déjà venus m’accuser de faire pousser des champignons dans leur piscine alors qu’ils nettoyaient mal leur eau » s’amuse-t-il.

"Pendant un traitement, un de nos voisins s’est mis à hurler sur mon fils  "

Il y a trois ans, après la diffusion de Cash Investigation, un autre épisode l’a moins fait rire. « Pendant un traitement, un des voisins que nous fréquentions avec plaisir depuis 40 ans, et qui avait même l'habitude de venir nous aider à régler le pulvé, s’est mis à hurler sur mon fils, en lui assénant qu’il allait lui faire attraper le cancer. Cela alors que je respecte la réglementation, j’ai investi dans du bon matériel, je fais régulièrement contrôler mon pulvé, je ne traite que lorsqu’il n’y a pas de vent… »

Claude Subra a la conscience tranquille, et la pédagogie qu’il a mise en place devrait lui assurer la sérennité. « Et si cela ne devait pas suffire et que l’on venait à nouveau à mettre en cause mes pratiques, j’ai pris les devants et souscrit à une assurance responsabilités des gérants.»



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