LE FIL

Déséquilibre historique

Les vins de Bordeaux ont deux ans de commercialisation en stock

Mardi 17 mars 2020 par Alexandre Abellan

Sur les six premiers mois de la campagne 2019-2020, le CIVB enregistre 766 200 hl de contracts d’achat de vins en vrac. Soit une hausse de 21 % par rapport à août 2018-janvier 2019.
Sur les six premiers mois de la campagne 2019-2020, le CIVB enregistre 766 200 hl de contracts d’achat de vins en vrac. Soit une hausse de 21 % par rapport à août 2018-janvier 2019. - crédit photo : Déchargement de tonneaux à Bordeaux (Agence Rol en 1916, BNF Gallica)
Avec des sorties tendant vers un plafond de 4 millions d’hectolitres à mi-campagne, le vignoble bordelais voit s’éterniser la crise commerciale qui le secoue.

Entre de longs jours de pluie et de bien courtes éclaircies, le marché des vins de Bordeaux ronge son frein cet hiver 2019-2020. « Rien ne se fait rien actuellement… On tourne sur les acquis… Il n’y a pas grand-chose de nouveau qui se fasse » soupire le propriétaire d’un château médocain. Face à la morosité commerciale qui s’installe depuis deux ans sur ses principaux marchés (notamment en France et en Chine), « les sorties se situent à un niveau historiquement faible » constate une récente note économique du Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux (voir encadré). Pronostiquant des ventes à la propriété de 4 millions d’hectolitres d’août 2019 à juillet 2020, l’interprofession table sur un stock à la propriété de 8,5 millions hl à la fin de cette campagne commerciale. Soit une augmentation de 11 % des stocks en un an. « Exprimé en nombre de mois de sorties, [ce stock] représenterait 25 mois de commercialisation, un taux jamais atteint au cours de ces vingt dernières campagnes » alertent les analystes du CIVB.

 « Le niveau de stock est plutôt bas par rapport au passé, mais il est proportionnellement élevé par rapport à la capacité de commercialisation » résume un négociant. « Avoir du stock est un poids à court-terme, mais c’est une trésorerie qui pourra rentrer plus tard, quand les marchés finiront par reprendre. Le coronavirus ne va pas durer éternellement… L’enjeu concerne ceux qui n’ont pas les épaules pour tenir jusqu’à la reprise, les projections de stocks sont illusoires » veut croire un vigneron bordelais. Voyant moins une sortie de crise dans la réduction de l’offre que dans l’accroissement de la demande, un connaisseur de la place de Bordeaux reste fataliste : « dans un contexte d’incertitudes pesantes et d’évolutions soudaines, le retour des commercialisations à 5 millions hl est inimaginable avant un ou deux ans ».

"Limiter l’offre"

Entre le manque de perspective de reprise commerciale et le maintien d’un potentiel de production de 5 millions hl de vin, « il est déterminant de limiter l’offre commercialisable sur le marché afin que l’arrivée de la récolte 2020 n’accentue encore plus les déséquilibres actuels » prévient le CIVB, dans la lignée de sa dernière assemblée générale. A terme, « on veut lisser la production en trouvant des outils permettant de stabiliser l’offre et son cours » note un responsable interprofessionnel, rappelant que les incitations à l’arrachage n’ont pas marché par le passé et que de nouvelles solutions doivent être trouvées.

D’urgence pour réensoleiller le moral d’une filière en souffrance.

 

Evolution de stock à la propriété et du coefficient de stockage de tous les vins AOC de Bordeaux. Source : CIVB.

 


Tendances de mi-campagne

Sur les six premiers mois de la campagne 2019-2020, le CIVB enregistre 766 200 hl de contracts d’achat de vins en vrac. Soit une hausse de 21 % par rapport à août 2018-janvier 2019, qui ne permet pas aux sorties revenir au niveau des précédentes campagnes. Représentant la moitié des volumes (avec 345 000 hl), l’AOC Bordeaux rouge affiche un cours moyen de 1 060 euros le tonneau (jusqu’à 2 070 euros pour les 16 700 hl de bio échangés).

 

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