LE FIL

Report de Prowein

Un nouveau coup dur pour le business du vin

Mardi 03 mars 2020 par Juliette Cassagnes

Le report du salon Prowein implique d'importants frais engagés pour les entreprises
Le report du salon Prowein implique d'importants frais engagés pour les entreprises - crédit photo : Prowein
1500 exposants français devaient participer au prochain salon Prowein 2020. Son report à cause du coronavirus est la goutte d'eau qui fait déborder le vase pour certains opérateurs, dans un contexte commercial déjà très compliqué...

Si la décision est considérée comme « normale » ou « raisonnable » d'un point de vue sanitaire, il n'en est pas de même aux yeux de tous les opérateurs interrogés s'agissant du business : «D'un point de vue économique, la décision est mauvaise car la conjoncture est mauvaise. Un salon aurait peut-être pu nous permettre de trouver de nouveaux clients et d'en développer avec d'autres », estime ainsi Mickaël Moze-Berthon, du Château Maillet (33), qui devait exposer lors du salon Prowein 2020.

"La filière souffre"

Une pillule d'autant plus difficile à avaler que le salon allemand représente pour beaucoup « l'un des rares salons, si ce n'est le seul », à rester intéressant. « Ce salon le plus grand au monde et le plus influent jusqu’alors pouvait redonner du souffle à la morosité commerciale dans le vin. En effet, la taxe de Trump, le Brexit, le relâchement du marché Chinois, la conjoncture en France et maintenant le Covid-19 … la filière vin souffre », résume Pierre Rebaud, responsable commercial du Château de la Rivière (33). « C’est évidemment un nouvel obstacle pour notre activité après l’effondrement économique de la Chine, la guerre civile à Hong Kong, le Brexit, la crise des gilets jaunes en France, l’incertitude sur les taxes américaines… », surenchérit pour sa part Thomas Hervé, des châteaux Moulin Haut-Laroque et La communion à Saillans (33).

Pour beaucoup, l'activité commerciale à venir sera affectée et ce, de façon sûre, avec l'annulation de nombreux rendez-vous pris un peu partout dans le monde : « J’estime à 5 ou 10 rencontres importantes par jour, notamment les deux premiers jours; sans compter les « poignées de mains » pas si anodines. Dans notre univers, il suffit parfois de peu pour que se déclenche une affaire! », confirme Thomas Hervé.

Des frais engagés importants

Ce report implique aussi une perte nette et conséquente de temps passé à prendre ces rendez-vous et à préparer le salon depuis plusieurs mois. Des frais ont par ailleurs déjà été engagés par les entreprises : hôtel, avion, stand. « Nous avons annulé une quinzaine de billets d'avion, de repas et de nuits d'hôtel aujourd'hui même, mais nous ne savons pas s'ils seront remboursés », témoigne Florent Ceschi, de Ciatti, courtier vrac qui organise des centaines de rencontres entre acheteurs et producteurs pendant le salon. «Cette décision arrive tardivement et nous avons beaucoup de frais déjà confirmés, déplore Claire Dumais, chargée de communication chez Advini. Nous devions envoyer une trentaine de personnes, donc autant de frais d'hotels prépayés, l'emplacement du stand, les vins déjà partis chez les transporteurs... », poursuit celle-ci. Tous les échantillons de vins acheminés par le salon ont en effet été déjà expédiés il y a plusieurs jours...«Que vont-ils devenir, interroge le courtier; destruction ? Retour à l'expéditeur, avec quelle prise en charge ? Et si une nouvelle date est programmée, il va falloir repayer pour tout cela ! »

Malgré ces désagréments, certains estiment que cette décision était la bonne, compte-tenu du mauvais contexte : « Beaucoup de clients, notamment américains, avaient déjà commencé à annuler leur visite. Inutile d’engager des frais et du temps pour aller dans un salon vidé de 50% ou plus de ses visiteurs », estime Jean Christophe Meyrou, du Château Bellefont Belcier. Même avis du côté du Beaujolais : « Je préfère reporter et travailler différemment, en les rencontrant autrement, que de maintenir et de ne voir personne ; c'est une bonne décision », explique Cédric Lecareux, du domaine les Capréoles. Les pertes, cela arrive ; je suis en revanche plus inquiet pour la suite : le report de Prowein est un épiphénomène en comparaison de la crise économique qui pourrait arriver dans les moins à venir », conclut celui-ci.

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