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De la taille à la vendange
Il n'existe pas une solution aux troubles musculo-squelettiques, mais des pistes de réflexions

Connues sous l'acronyme TMS, les pathologies articulaires liées à des actions physiques répétitives sont autant une préoccupation pour conserver les employés actuels du vignoble qu'une piste de réflexion pour attirer de nouveaux salariés.
Par Alexandre Abellan Le 02 mars 2020
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Il n'existe pas une solution aux troubles musculo-squelettiques, mais des pistes de réflexions
« Les TMS sont une préoccupation forte alors que l’enjeu majeur actuel est de fidéliser les employés » souligne Martial Weber. - crédit photo : MSA 33
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t si la réflexion sur les Troubles Musculo-Squelettiques (TMS) redonnait leur attrait aux métiers viticoles ? Alors que les travaux de taille touchent à leur fin, dans le vignoble bordelais « la préoccupation actuelle, c’est le recrutement. Pour embaucher des salariés, il faut un accueil, de la communication et améliorer les conditions de travail. Générant des TMS, les conditions de travail font partie de la thématique du recrutement » estime Martial Weber, le responsable du pôle prévention des risques professionnels de la Mutualité Sociale Agricole de Gironde (MSA 33). Devenu un acronyme bien connu de la filière vin, les TMS pèsent aussi lourdement sur son activité que sur son attractivité estime l’expert de terrain. « Les travailleurs sont exposés toute l’année à des tâches répétitives. Il ne s’agit pas que de la taille et des vendanges. Il y a aussi la suppression des liens, l’ébourgeonnage, l’épamprage, le relevage… Il faut analyser chaque tâche pour réduire les risques de TMS. C’est un travail spécifique à chaque exploitation et type de management » prévient Martial Weber.

Demander de prendre le temps de se poser efficacement les bonnes questions, ce travail de réflexion individuel devient urgent pour trouver des pistes de réponse à des maladies professionnelles en plein explosion*. D’après les derniers chiffres de l’observatoire national de la Caisse Centrale de la MSA, la viticulture est de loin le premier secteur touché par les TMS pour les salariés du monde agricole, devant la découpe de viande et l’horticulture sur la période 2012-2016. Parmi les bassins les plus touchés par les TMS, la Gironde arrive en tête avec son vignoble. Cett sur-représentation bordelaise implique de fortes répercussions sociales et financières : « les TMS provoquent un lourd absentéisme, des pertes de compétence et de la désorganisation du travail » alerte Claude Chaussée, la directrice adjointe de la MSA 33. Pour étayer son propos, l’experte cite un coût moyen de 25 000 euros à la charge de la collectivité pour un salarié atteint d’une TMS reconnue maladie professionnelle.

Hypersollicitation multifactorielle

Simple à définir (voir encadré), les TMS sont moins simples à résoudre car elles découlent d’une hypersollicitation des articulations tout le long de l’année. Globalement, « les conditions de travail qui exposent aux pathologies sont des gestes répétitifs, un port de charges lourdes, des postures inadaptées, des travaux de percussion, certaines conditions climatiques (comme le froid matinal) et l’organisation des postes de travail (rythme et alternance des tâches) » note le docteur Thierry Busquet, le chef du service Santé et Sécurité au Travail de la MSA 33. Pour le médecin, il ne peut y avoir une recette miracle aux TMS de par leur nature multifactorielle qui empêche toute simplification dans les solutions.

Approche biomécanique

Cette approche complexe ne s’est pas encore généralisée dans la filière viticole, qui passe à côté des leviers psychosociaux. « Si les TMS sont rentrés dans mœurs, les décisionnaires en ont une approche biomécanique » rapporte Alexis Pagnac, conseiller en prévention des risques professionnels de la MSA 33. Pour l’expert de terrain, il ne faut pas se focaliser uniquement sur les tâches répétitives, mais prendre du recul et élargir la réflexion à l’ensemble du cadre professionnel, y compris la perception du travail effectué par l’employé. « Il faut approcher le travail réellement réalisé pour voir les marges d’amélioration. On ne peut pas conseiller de tenir une position parfaite pendant 8 heures » souligne Alexis Pagnac.

Demandant d’appréhender l’ensemble de la ligne organisationnelle de travail pour en diversifier les actions, aménager les cadences et même les enjeux de rémunération (prix fait), la résolution du risque TMS ne se limite pas aux salariés des domaines. Les prestataires de services sont également concernés, les tâches ultra-répétitives réalisées par leurs employés doivent également appeler à la vigilance, étant placées sous la responsabilité des entreprises utilisatrices.

Les échauffement, c’est bien, mais pas suffisant

Sujet complexe, les TMS ont des « origines multifactorielles nécessitant une analyse des conditions de travail sur le terrain. Il n’y a pas une réponse monolithique » résume le docteur Thierry Busquet. Même s’ils se multiplient dans le vignoble, « les échauffements ne sont pas la seule réponse. Les échauffements c’est bien, mais ça ne sert pas à grand-chose si l’ensemble de la ligne organisationnelle de travail n’est pas révisée. Il faut aller au-delà de la volonté de solution rapide » prévient le médecin. « C’est leurrer la population et les chefs d’entreprises que de dire qu’en faisant un échauffement avec une association de fitness on peut réduire les TMS » renchérit Claude Chaussée.

Comme l’annoncent les fiches de la MSA 33 sur les TMS, « il ne s’agit donc pas de privilégier un "bon" geste, mais d’élaborer des situations de travail permettant à chacun de réaliser et adapter son geste professionnel ». Pour donner de nouvelles approches de réflexion, la MSA organise une matinée d’informations et d’échanges ce 17 mars à Saint-Laurent des Combes pour permettre aux exploitants de partager leurs pratiques vertueuses. « Il faut s’approprier les bonnes idées et voir celles qui conviennent » conclut Martial Weber.

 

* : « Ces pathologies existaient, elles commencent à être identifiées et reliées à la profession grâce à la meilleure communication sur leur sujet. Ce n’est pas une émergence, mais une reconnaissance » résume docteur Thierry Busquet

Les maladies professionnelles sous les TMS

« Les TMS regroupent une quinzaine de pathologies étagées qui touchent principalement les tissus périphériques des articulations » explique le docteur Thierry Busquet, médecin chef du service Santé Sécurité au Travail de la MSA 33. Sous le terme TMS, on peut retrouver une tendinite à l’épaule ou du talon d’Achille, d’une épicondylite, d’un syndrome du canal carpien, d’un hygroma au genou, de hernies discales… Ces symptômes peuvent être isolés ou cumulés, se déclarer jeunes ou âgés : il n’y a pas de règle générale précise le médecin.



 

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