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Le Royaume-Uni quitte l’UE, mais les tractations sont loin d’être terminées

Vendredi 31 janvier 2020 par Sharon Nagel

Au cours des 11 prochains mois, il faudra construire des passerelles entre le Royaume-Uni et ses partenaires commerciaux sur le continent européen
Au cours des 11 prochains mois, il faudra construire des passerelles entre le Royaume-Uni et ses partenaires commerciaux sur le continent européen - crédit photo : Sharon Nagel
Aujourd’hui à minuit, le Royaume-Uni ne fera officiellement plus partie de l’Union européenne, mais s’entame alors une période de transition allant jusqu’au 31 décembre 2020, au plus bas mot.

Suite à la ratification de l’accord de retrait le 22 janvier par le Parlement britannique puis par le Parlement européen ce 29 janvier, le Royaume-Uni quitte officiellement l’Union européenne ce 31 janvier à minuit, trois ans et demi après le référendum du 23 juin 2016. Ce n’est pas pour autant que tout sera chamboulé du jour au lendemain. En effet, la ratification de l’accord prévoit une période de transition durant laquelle le contexte réglementaire et juridique reste inchangé jusqu’au 31 décembre 2020 a minima, et de nouveaux accords commerciaux avec les différents pays partenaires devront être négociés. « Aucun échange commercial – y compris celui concernant le vin – ne verra de modification concrète (portant sur des questions telles que les tarifs douaniers, la logistique, les formalités administratives et les exigences en matière d’analyses) avant le 1er janvier 2021 au plus tôt », rappelle la société de courtage international Ciatti. « La période de transition prévue par l’accord de retrait offre une sécurité juridique à nos entreprises pour les onze prochains mois », confirme Antoine Leccia, président de la FEVS. « Mais il reste désormais à construire les règles et les disciplines qui permettront de sécuriser l’environnement économique et entrepreneurial de façon pérenne, au-delà du 31 décembre 2020 ».

Des enjeux capitaux

Les risques pour la France sont importants, et pas encore écartés, comme le rappelle la FEVS. Le Royaume-Uni est le deuxième client des vins et spiritueux français à l’export. La France importe aussi des volumes importants de spiritueux britanniques. « Le 1er février 2020 marque donc une nouvelle étape importante dans cette relation historique et fructueuse que nous partageons avec nos clients et consommateurs britanniques », estime Antoine Leccia, qui appelle à « poser les bases d’un partenariat privilégié et équilibré pour tous les opérateurs ». Ce ne sont certainement pas les opérateurs britanniques qui s’y opposeront. Le directeur de l’association des négociants (WSTA), Miles Beale, a appuyé l’appel lancé récemment par le Wine Institute en Californie et le Comité européen des entreprises vins demandant l’élimination totale des tarifs douaniers dans les relations transatlantiques entre l’UE et les USA. « La WSTA soutient les principes de cette déclaration et demande au gouvernement britannique de supprimer les tarifs douaniers sur les importations de vins et d’en négocier la suppression sur les exportations dès que possible ». Les affrontements récents avec l’administration Trump autour des tarifs douaniers sur certains vins européens et les conséquences de la surtaxe américaine illustrent, si besoin était, l’impact dévastateur d’une guerre commerciale avec le vin comme victime collatérale. « On négocie pour rester à 25% et éviter que la surtaxe passe à 100% alors que 25% c’est déjà énorme ! » rappelait Sebastian Mancebo, œnologue auprès de la société espagnole Marsilea, cette semaine à Millésime Bio. Même si son importateur américain estime que tout devrait rentrer dans l’ordre vers les mois de mai ou juin, il a suspendu ses importations en attendant d’y voir plus clair. C’est dire si les enjeux des négociations à venir avec le Royaume-Uni sont capitaux, l’intérêt de trouver rapidement un accord aussi. Car une chose est sûre, l’incertitude a déjà beaucoup pesé sur les relations commerciales, faisant dire à Richard Halstead, directeur général délégué de l’agence Wine Intelligence : « Les seuls vrais gagnants jusqu’à présent sont les prestataires de services d’entreposage et de logistique ».

 

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