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Un mal pour un bien

Les gilets jaunes bonifient le visitorat du Vinitech 2018

Jeudi 22 novembre 2018 par Alexandre Abellan
Article mis à jour le 23/11/2018 15:36:51

Encore subjectif, le ressenti de l’édition 2018 du salon Vinitech va s’affiner dès la publication des chiffres de fréquentation.Encore subjectif, le ressenti de l’édition 2018 du salon Vinitech va s’affiner dès la publication des chiffres de fréquentation. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
Le salon bordelais ferme ses portes sur un bilan mitigé selon les exposants, qui oscillent entre déception quantitative et satisfaction qualitative. Les blocages ont réduit le nombre de visiteurs à la part la plus motivée pour investir.

En attendant les chiffres officiels, « l’impact des manifestations de gilets jaunes est clair en termes de fréquentation [du Vinitech 2018]. Mais les exposants restent satisfaits, soulignant la qualité des contacts établis » présente Delphine Demade, la directrice du salon, dont la vingt-et-unième édition vient de se clôturer au parc des expositions. Dans tous les esprits, les blocages routiers des gilets jaunes se sont ressentis sur le salon des équipements viti-vinicoles. Et notamment sur la fluidité de ses allées et de ses accès. « C’est bien la première fois qu’il est aussi facile de venir au Vinitech… La circulation n’est pas du tout bloquée » commente, amusée, une viticultrice bordelaise.

Premier jour du salon, ce mardi 20 novembre a donné des sueurs froides à de nombreux exposants, effrayés de voir si peu de visiteurs (notamment de Cognac, du Sud-Ouest et du Languedoc, les autoroutes étant bloquées ou bouchées). Mais les gilets jaunes pourraient avoir eu un effet inattendu : en rendant plus difficile, ou du moins incertain, l’accès au salon, ils ont réduit le visitorat à sa part la plus motivée. Celle qui vient pour des projets précis. Le constat revient souvent : il y a eu peu de visiteurs en goguette cette année. Moins de touristes, mais plus de besoins identifiés sur ces trois jours de salon.

Qualification et internationalisation

« Il y a moins de monde, mais nous sommes satisfaits par l’intérêt des visiteurs pour nos sécateurs » rapporte ainsi Élise Fagier, la responsable marketing et communication du machiniste Infaco. « Notre bilan est mitigé. L’histoire des gilets jaunes a perturbé la fréquentation. Par contre, il y a une clientèle plus pro et intéressée. Il y a une volonté d’investir, les gens veulent monter dans la cabine de nos tracteurs pour se projeter » renchérit Thierry Bancarel, le responsable région Sud-Ouest du constructeur Massey Ferguson.

S’il y a moins de promeneurs dans les allées, il semble aussi y avoir davantage de visiteurs étrangers. Portant un gilet jaune, mais pour de strictes raisons de sécurité, le formateur Martin Caillon (Cap Conduite) a bien vu cette internationalisation en animant la piste de démonstration de tracteurs du Technoshow. Il a accueilli une centaine de testeurs, avec la surprise de recevoir « beaucoup de visiteurs étrangers : d’Amérique, d’Espagne, du Portugal, d’Israël… Qu’il s’agisse d’étudiants ou de directeurs techniques, ils sont intéressés par la possibilité d’essayer, d’être dans le concret » rapporte-t-il.

"Salon à faire tous les deux ans"

Malgré des allées clairsemées, certains stands rapportent ne pas avoir senti le moindre effet des blocages routiers. « Quand les gens veulent venir pour des projets précis, ils se débrouillent pour venir, j’estime à 10 % la réduction du visitorat à cause gilets jaunes » tranche Franck Métayer, le directeur commercial du constructeur champenois Valentin Thiéron. Témoignant du succès des bulles, il estime que « s’il y a un salon à faire tous les deux ans, c’est celui-là. Bordeaux est un carrefour très bien situé. Cela se vérifie avec la présence de visiteurs internationaux, plus nombreux qu’au Sitevi. »

Prise et prix de contact

« La journée de mercredi a été l’une des plus importante, si ce n’est la plus grosse, que je n’ai jamais connue à Vinitech » estime également Éric Soulat, le directeur commercial grands comptes pour les étiquettes MCC. Il précise cependant dans l’instant que « le coût du salon reste exorbitant. On nous prend pour des Américains… » Si des contacts qualitatifs sont pris, leur prix est un investissement qui grève l’amortissement de l’évènement pour nombre d’exposants.

« Il faut faire la différence entre les entreprises qui font des affaires sur le salon et celle qui n’en font pas. Il faut remettre les coûts du stand en perspective avec l’ensemble des retombées » rétorque Delphine Demade. Qui souligne que la croissance annoncée du nombre de visiteurs étrangers est le fruit d’un « investissement croissant et coûteux. Leur venue est le nerf de la guerre. Ils apportent de la valeur ajoutée aux exposants » explique l’organisatrice.

"Pour le prix d’un stand…"

« Les visiteurs internationaux ressortent plus quand il y a moins de monde » grince Stéphane Cottenceau, le responsable marketing et communication du groupe Péra-Pellenc. Sortant des salons Intervitis de Stuttgart et l’Eima de Bologne, avant d’aller au salon Enomac de Saragosse, l’exposant souligne qu’« entre l’investissement et le nombre de personnes vues, on peut se poser la question de participer à autant de salons. Pour le prix d’un stand, on peut faire bien des opérations de communication » laisse-t-il en suspens.

« Aujourd’hui, les salons sont controversés dans leur fonctionnement. Il faut rénover notre métier de mise en relation. Mais il y a toujours besoin de relations humaines » conclut Delphine Demade, qui donner rendez-vous du premier au trois décembre 2020 pour le prochain salon Vinitech qui se tiendra avec le nouveau hall 2.
 

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PierreCarbonnier Le 23 novembre 2018 à 00:25:03
Alors si je comprends bien , tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes.
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