LE FIL

Vignoble

L’aide à l’emploi saisonnier n’est pas encore enterrée

Lundi 24 septembre 2018 par Alexandre Abellan

vEntouré des salariés du château Sénéjac, et du ministre de l’Écologie, Stéphane Travert affirme réfléchir à de nouvelles solutions d’aides au travail saisonnier.
vEntouré des salariés du château Sénéjac, et du ministre de l’Écologie, Stéphane Travert affirme réfléchir à de nouvelles solutions d’aides au travail saisonnier. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
Si le premier ministre a confirmé la fin du dispositif d’exonérations des charges qu’était le TO-DE, il a également demandé au ministre de l’Agriculture d’étudier des solutions alternatives pour les filières les plus impactées économiquement. Dont la viticulture.

À l’heure des vendanges, la question est brûlante : le débat sur l’exonération de charges sociales pour les saisonniers viticoles est-il clos ? « Non. Tel que vous me voyez, j’y travaille » coupe court Stéphane Travert, le ministre de l’Agriculture, ce 21 septembre lors d’un déplacement bordelais calibré avec François de Rugy, le ministre de l’Écologie (voir encadré). Alors que la fin du dispositif d’exonération des charges pour les Travailleur Occasionnel Demandeurs d’Emploi (TO-DE) a été confirmée par Édouard Philippe, le premier ministre, la perspective de cette perte supplémentaire de compétitivité gonfle dans le vignoble.

Prenant la défense du TO-DE, des mobilisations syndicales s’enchaînent alors que les élections des Chambres d’Agriculture approchent (FDSEA et Jeunes Agriculteurs se sont mobilisés ce 21 septembre à Mauguio, dans l’Hérault, et se mobilisent ce 24 septembre à Avignon, dans le Vaucluse). En réponse à ces vives inquiétudes, « le premier ministre souhaite que nous puissions travailler à des alternatives [au dispositif TO-DE] pour permettre de faire en sorte que les maraîchers, viticulteurs et arboriculteurs puissent continuer à employer de la main-d’œuvre saisonnière de la meilleure qualité » réplique Stéphane Travert.

Outils fiscaux

Si la porte des négociations n’est pas fermée, le ministre tempère cependant les espoirs en soulignant que le gouvernement a déjà fait un geste pour la compétitivité fiscale agricole : des exonérations de charges avec la refonte du CICE et le maintien du prix du GNR. « Ce sont de bons outils fiscaux bons pour la viticulture » explique Stéphane Travert aux représentants de la viticulture suivant son déplacement. Qui lui répondent : « pas pour toutes les exploitations... » Et qui soulignent les différences existantes entre une entreprise conséquente ayant essentiellement des salariés permanents par rapport à une plus petite structure ayant ponctuellement besoin de saisonniers.

"Appel au travail"

Face à ces arguments, le ministre se borne à rappeler sa lettre de mission du premier ministre : étudier des alternatives spécifiques au défunt TO-DE. « L'impact du TO-DE est énorme pour la viticulture. Il faut trouver des moyens de substitution pour compenser » pose Stéphane Héraud, le président de l'Association Générale de la Production Viticole (AGPV). « C’est un appel au travail, on va s’y atteler » conclut Bernard Farges, le président de la Confédération Nationale des producteurs de vins AOC (CNAOC).

Deux ministres penchés sur le berceau de la viticulture de demain

Dans un exercice de communication sans fausse note sur leur connivence, les ministres ont montré toute leur entente agroécologique sur le sujet de la réduction des pesticides de synthèse dans la viticulture. « Agriculture et écologie ont vocation à travailler main dans la main, au gouvernement et surtout sur le terrain » lance François de Rugy. « J’ai une grande confiance en lui, je suis très heureux de travailler avec lui, je ne regarde pas dans le rétroviseur » renchérit Stéphane Travert. Éludant les questions sur le précédent ministre de l’Écologie, Nicolas Hulot, les deux ministres ont préféré se pencher sur les pistes d’avenir de la viticulture durable.

Biocontrôle & AMM

Leur première halte les a conduits au laboratoire de recherche ImmunRise, qui développe à Pessac un prometteur traitement anti-mildiou à base d’algues. Pour une start-up développant des biocontrôles, « la difficulté n’est pas d’identifier des solutions efficaces, la problématique est de surmonter l’obstacle de l’homologation et de l’Autorisation de Mise sur le Marché (AMM). Celle-ci a été créée par et pour les multinationales de la chimie » interpelle l’agronome Laurent de Crasto, le cofondateur d’ImmunRise.

« J’assume que l’on mette une contrainte forte sur la chimie. [Mais il ne peut y avoir une même] lourdeur des procédures alors que les produits sont de natures différentes. Il faut faire évoluer la réglementation européenne. Et, en attendant, peut-être demander une dérogation de plusieurs années pour une expérimentation invivo sur le territoire » propose François de Rugy.

Coûts et valorisation de la transition écologique

La visite ministérielle est ensuite passée par le château Sénéjac (40 hectares en Haut-Médoc), pour une présentation d’actions environnementales mise en place à la vigne et au chai. Faisant partie du réseau Dephy 30 000 fermes du plan EcoPhyto 2, le domaine fait évoluer ses traitements pour recourir au maximum aux produits biocontrôle, et vient d’arrêter les herbicides sur toute sa surface.

« Cela ne peut pas se faire du jour au lendemain. Avant, un tracteur suffisait pour désherber sous le rang toute la propriété, en deux passages d’une semaine. Maintenant, le travail du sol demande six semaines pour décavaillonner. Il faut du matériel et de la main-d’œuvre supplémentaire. Ce n’est pas à la portée de tout le monde » pose Fabien Fort, le directeur d’exploitation. Pointant que ce surcoût est difficilement valorisable, l’œnologue n’a pas eu de propositions concrètes en réponse des ministres. Confirmant l’interdiction du glyphosate sous trois ans, Stéphane Travert se contente d’affirmer sa volonté que « le poids de la transition ne soit pas porté que par le producteur ».

Expérimentations pilotes

Dernière étape, la visite de l’union coopérative Tutiac a élargi le champ des possibles pour la viticulture du futur : plantations expérimentales de cépages résistants aux maladies cryptogamiques, essais de traitements à l’eau oxygénée, expérimentation de pulvérisation fixe… « Avec la force de nos 700 adhérents, nous avons la chance d’avoir un pôle de compétence puissant, pour chercher à produire le propre possible » résume Éric Hénaux, le directeur général du groupe Tutiac, devant des ministres attentifs à l'unisson aux initiatives de la filière pour réduire son empreinte environnementale.

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