LE FIL

Bisbille en Champagne

Bruno Paillard « en résistance » contre Palmer

Jeudi 19 juillet 2018 par Alexandre Abellan

 « Constellation doit respecter l’appellation des producteurs de Champagne et donner une vraie information à ses consommateurs » plaide Bruno Paillard.
« Constellation doit respecter l’appellation des producteurs de Champagne et donner une vraie information à ses consommateurs » plaide Bruno Paillard. - crédit photo : Champagnes Bruno Paillard
En rage, le négociant champenois va poser sa démission de la commission de protection de l’appellation pour protester contre le partenariat de distribution passé par le groupe américain Constellation Brands avec la coopérative Palmer. Cette dernière dénonce une attaque virulente déconnectée des réalités.

Montant au créneau, le négociant Bruno Paillard fait fi de tout précepte de retenue ou de diplomatie. Il va poser avec fracas sa démission de la présidence de la commission de protection de l’AOC Champagne ce 24 juillet. Après 17 ans de présidence, ce coup d’éclat est causé par le partenariat signé entre la coopérative Palmer et TRU Estates et Vineyards, une filiale du groupe Constellation Brands. Annoncé en mai, cet accord de distribution américaine des champagnes de la maison de Reims avec le premier opérateur est un véritable casus belli pour une partie du vignoble champenois.

« Constellation Brands viole quotidiennement l’appellation Champagne avec ses sparklings californiens. À tort ou à raison, les 15 bénévoles de la commission pensaient qu’ils n’étaient pas fréquentables tant qu’ils ne s’étaient pas engagés à arrêter cet usage. Tous les opérateurs champagne ont refusé de travailler avec eux, jusqu’à ce qu’une coopérative moyenne rompe ce pacte patriotique » enrage Bruno Paillard, le président fondateur de la maison éponyme et du groupe Lanson BCC*.

Surprise de Palmer

Ne souhaitant pas commenter officiellement « la saga de l’été », la maison Palmer précise cependant quelques points. La cave souligne que cet accord n’est pas conclu avec Constellation brands, mais avec une de ses filiales, haut de gamme, qui lui assure un partenariat « ambitieux » et « valorisant », avec un prix de vente à 50 dollars par bouteille de brut réserve (soit 43 euros/col). « Nous sommes surpris que notre partenariat fasse tant de bruit. Contrairement à l’ancien contrat de distribution anglaise des champagnes Taittinger par Matthew Clark (une ancienne filiale de Constellation) » note une source de la coopérative, qui précise avoir toujours soutenu la défense de l’appellation.

Ne faisant pas dans la dentelle, Bruno Paillard se définit comme un « résistant » et assure recevoir des soutiens de toute la filière champenoise. Le négociant reste d’autant plus mobilisé contre ce partenariat qu’il est persuadé que la commission de défense de l’AOC approchait d’un compromis avec les groupes Constellation Brands, E&J Gallo et Korbel, les principaux utilisateurs du terme "californian champagne" (en vertu de l’accord transatlantique de 2006).

"Vrais champagnes"

« Les discussions ont été torpillées par cet accord de distribution. Notre monnaie d’échange pour que ces groupes arrêtent l’usage du terme "champagne" était l’accès à la distribution de vrais champagnes » explique Bruno Paillard. Une vision démentie par les champagnes Palmer, qui font état de partenaires américains ouverts au dialogue, et compréhensifs sur ces sujets.

La polémique gagne en ampleur après une tribune dans l’Union, et devrait culminer avec la démission de la fin juilelt. S’il quitte la commission de protection de l’AOC Champagne, Bruno Paillard siège toujours au bureau exécutif du Comité Champagne, pour que « l’affaire n’en reste pas là ». En attendant, le négociant vient de supprimer le contrat d’approvisionnement de 12 hectares qui le liait à la coopérative de Palmer. Une attaque en bonne et due forme au portefeuille.

 

* : Regroupant les champagnes Boizel, Chanoine Frères, Philipponnat, De Venoge, CGV, Charmoy et la Maison Burtin.
 

 

Cook’s California Champagne est l’une des marques de Constellation Brands qui hérisse le poil de Bruno Paillard. Cook’s Champagne Cellar

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Alaindugers Le 01 août 2018 à 12:51:05
Dans nos AOP où le P est venu remplacer le C sur décision de Bruxelles ou de l'Inao , peu importe , le P voulait dire PROTEGER par la communauté Européenne . On était sans voix , tétanisés de reconnaissance ! Exit le C qui signifiait Contrôler , le contrôle fait par nous n'était rien bien sûr comparé au parapluie de Bruxelles . Conclusion : pour les américains l'Europe ça n'existe pas , la seule chose qui compte c'est le rapport de force . Des collaborateurs y en a toujours eu , il faut s'en méfier mais l'histoire retient mieux les résistants . Bravo Mr Paillard .
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