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Alternative

Désherbage sous tension

Mercredi 23 mai 2018 par Lucie Marné
Article mis à jour le 25/05/2018 10:44:00

5 jours avant la démonstration, Zasso a effectué un passage de son désherbeur électrique Electroherb. Le résultat est semblable à celui procuré par du glyphosate.5 jours avant la démonstration, Zasso a effectué un passage de son désherbeur électrique Electroherb. Le résultat est semblable à celui procuré par du glyphosate. - crédit photo : Lucie Marné
L'entreprise suisse Zasso présente Electroherb, son outil de désherbage électrique. Selon la société, cette pratique serait aussi efficace que le glyphosate, mais non nocive pour l’environnement.

L’atmosphère était électrique en Champagne les 16 et 17 mai derniers. A l’occasion du Salon Terre Innovation tenu à Bétheny dans la Marne, l’entreprise suisse Zasso est venue présenter Electroherb, son prototype dédié au désherbage électrique qui s’attèle à l’avant d’un tracteur. Et la démonstration n’a pas manqué d’attirer du monde autour du Fendt 211F équipé pour l’occasion. Il y avait de quoi attiser la curiosité des visiteurs : au démarrage de la machine se dégageait une légère fumée combinée à une odeur de grillé. Quelques étincelles faisaient parfois leur apparition au contact de l’outil avec l’herbe. Pour produire l’énergie en courant continu, l’Electroherb fonctionne avec un transformateur d’une tonne attelé sur les trois points à l’arrière du tracteur. Branché sur la prise de force tournant à 1500tr/min, il permet de produire une intensite de 36kW. L’électricité produite est envoyée vers les deux premières rangées d’électrodes positives de l’outil à l’avant du tracteur, puis au sol. Une troisième rangée d’électrodes récupère le courant qui est renvoyé vers le générateur.

"La machine envoie environ 5000 V sur l’herbe"

« Cette technique vient du Brésil. La machine envoie environ 5000 V sur l’herbe, ce qui fait exploser ses cellules. La plante finit par se déshydrater », explique Sascha Weckler, du pôle recherche de Zasso. Pour prouver ses dires, ce dernier nous invite à presser l’herbe électrocutée qui s’humidifie et se ramollie sous la pression des doigts. « L’efficacité de ce système est comparable à celle du glyphosate, précise Benjamin Ergas, président de Zasso France. En quelques jours l’herbe est grillée. C’est un moyen de désherber proprement sans travailler la terre. » Pour appuyer leurs propos, l’équipe de Zasso avait désherbé une bande d’herbe 5 jours avant la démonstration. Le jour J, il ne restait plus qu’une bande d’herbe grillée jaunie.

Malgré le poids important de la machine ; 250 kg à l’avant et 1 tonne pour le générateur, « l’Electroherb peut fonctionner avec un tracteur de 80ch », précise Benjamin Ergas. Pour la présentation, l’outil monté à l’avant, d’une largeur de 1,20m ; était composé de 12 unités électriques de 10 cm de large, chaque unité étant une bande métallique qui effleure l’herbe. « Mais la largeur de l’outil placé à l’avant varie selon le nombre d’unités électriques que l’on installe et leur largeur », précise Sascha Weckler.

Bientôt en viticulture

Si l’Electroherb a déjà fait ses preuves en grande culture, il doit désormais passer de nouveaux tests en vignes.  « Nous avons déjà effectué des tests en Charente, à Pessac, dans l’Entre-deux mers et les Graves pour observer l’effet de notre machine sur différents types de sols », explique Benjamin Ergas. En fonction de la conductivité du sol et de l’humidité de l’herbe, le voltage et la vitesse d’avancement du tracteur peuvent varier pour garantir l’efficacité de la technique.

Pour la démonstration, le tracteur avançait à 2 km/h. « Mais l’herbe est dense. Dans les vignes, il sera possible d’avancer jusqu’à 5 voire 7 km/h », note Benjamin Ergas.

Pour ses tests en vignes, Zasso a utilisé un prototype manuel disposant uniquement d’une unité électrique destinée à griller l’herbe le long de la ligne des souches. « Dans la pratique, nous envisageons deux types d’outils : le premier sera une sorte de brosse qui travaillera le long de la ligne des souches, l’autre ressemblera à un interceps avec un tâteur à l’avant pour éviter de toucher les pieds », précise Benjamin Ergas. L’outil utilisé en viticulture ne nécessitera que 2 ou 4 bandes électriques chacune délivrant entre 1500 et 3000V. Pour l’heure, Benjamin Ergas n’envisage pas de commercialisation en vigne avant 2020 : « Nous travaillons actuellement avec l’Institut de recherche allemand de la vigne et du vin pour vérifier que cette pratique ne présente aucun danger pour la vie du sol. Les premiers tests sur collemboles et vers de terre sont encourageants. Si tout va bien, nous devrions lancer une pré-série en 2019 pour une commercialisation effective en 2020. » Reste à cadrer l’offre commerciale : vente ou location. Pour cette dernière, Zasso réfléchit à une location à l’hectare ou au kWh.

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