LE FIL

Françoise Flao

« La Loire a la capacité de développer la bulle »

Mercredi 07 février 2018 par Alexandre Abellan

« Les gens me disent souvent qu’il vaut boire un bon crémant qu’un mauvais champagne… Ils pensent nous faire plaisir, mais ça m’insupporte que l’on soit toujours comparés ainsi » soupire Françoise Flao.
« Les gens me disent souvent qu’il vaut boire un bon crémant qu’un mauvais champagne… Ils pensent nous faire plaisir, mais ça m’insupporte que l’on soit toujours comparés ainsi » soupire Françoise Flao. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
À l’occasion du salon des vins de Loire, rencontre en trois questions avec la présidente de l’Union des Maisons de Fines Bulles de Loire. À la tête de la maison familiale Louis de Grenelle, la négociant de Saumur partage sa vision des équilibres en approvisionnement, de la mode des sparklings lancée par cavas et proseccos, ainsi que de la procédure devant le Conseil d’État lancée par les crémants contre les vins pétillants d’Indication Géographique Protégées.

Après 2016, le gel a de nouveau touché le val de Loire en 2017. Les approvisionnements pour les vins de base se sont-ils tendus ?

François Flao : Il n’y a pas de tensions. Quand on parle de gel, il faut se rappeler que le vignoble ligérien est aussi vaste que large. Il y a eu un peu de gel en Touraine et à Saumur Champigny. Mais il n’y a pas de problème de gel pour les vins de base. Sur le salon des vins de Loire, on reçoit même des propositions de vignerons ayant des stocks sur lattes. D’après les déclarations de récolte, la production 2017 devrait être supérieure à la précédente. On s’attend à 130 000 hectolitres de crémants de Loire et 80 000 hl de Saumur (contre 125 000 hl et 75 000 hl en 2016).

La situation est équilibrée entre la production et les achats. Mais on essaie de trouver des surfaces supplémentaires… Les bulles sont attractives, alors que les cours ont augmenté en cinq ans. Cette hausse étant due à l’arrivée de gros faiseurs dans la région et d’un gel se répétant tous les ans dans une région. En plus des aléas climatiques, les maladies du bois et le développement des pratiques environnementales pèsent sur nos rendements. Actuellement, nous sommes à 70 hectolitres par hectare, alors nos parents atteignaient 90 hl/ha.

Il reste cependant du volume, chaque opérateur se fait un stock. Et depuis 2017, il y a la possibilité de créer un Volume Complémentaire Individuel en Crémant de Loire. Il faut trouver un juste milieu entre les productions de vins tranquilles et de pétillants. La Loire a la capacité de développer la bulle.

 

Comment vous positionnez-vous par rapport à la concurrence internationale que représentent les cavas et proseccos ?

Au départ, nous les avons pris comme des concurrents. Pas sur le marché français, où ils sont pourtant présents, mais surtout à l’export. Grâce à leurs prix bas, ils nous ont pris des marchés d’Europe du Nord (Belgique, Pays-Bas…). Mais leur présence a créé en cinq ans une forte demande sur les bulles. Avec le Spritz, le Prosecco a lancé la mode du cocktail. Même si l’on n’est pas pour le mélange de nos effervescents avec une liqueurs… Nos vins étant suffisamment bons pour être bus seuls.

 

Comment voyez-vous la troisième attaque juridique lancée par la Fédération des Élaborateurs de Crémants contre les vins IGP effervescentes ?

Je suis pour tant qu’il s’agit de défendre l’appellation Crémant, qu’ele ne soit pas galvaudée. Mais je ne la cautionne pas quand il s’agit d’attaquer un négociant [NDLR : Castel misant sur sa gamme Roche Mazet effervescente en Pays d’Oc IGP]. Il faut mettre un cadre pour protéger nos régions, mais pas s’en prendre à une société.
 

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