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Champagne

Quand Moët hausse les prix, la production s'inquiète

Jeudi 11 janvier 2018 par Aude Lutun

Pour le vignoble, la hausse des prix du raisin est évidemment une bonne nouvelle mais elle cache aussi un risque d'intégration encore plus profonde de la production de raisins.Pour le vignoble, la hausse des prix du raisin est évidemment une bonne nouvelle mais elle cache aussi un risque d'intégration encore plus profonde de la production de raisins. - crédit photo : Creative Commons CC0
La filiale champenoise de LVMH a annoncé une hausse importante de ses prix d’achat début octobre. Ce qui n'est pas sans poser des questionnements au sein du vignoble.

Le groupe MHCS (Moët Hennessy Champagne Services) a pris la décision, au début du mois d’octobre, d’augmenter significativement le prix d’achat des raisins offrant 5 % de plus que l’an passé.

L’initiative du leader a été très commentée. Car même si MHCS, qui commercialise les marques Moët & Chandon, Dom Pérignon, Veuve Clicquot, Ruinart, Krug et Mercier, représente moins du quart des ventes de Champagne, ce groupe donne le « la » sur le prix du raisin à chaque vendange. Et le prix des raisins est essentiel car la quasi-totalité des transactions se fait en raisins. Les ventes de vins clairs et de vins sur lattes (champagne non dégorgé) représentant un volume très faible.

Une hausse globalement suivie

« Alors que le raisin augmente généralement entre 1 et 2 % par an, cette année, il a progressé de 5 à 6 % », commente Franck Hagard, co-président de la fédération des courtiers de Champagne. Les autres négociants, soucieux de protéger leurs approvisionnements, ont donc globalement suivi MHCS. Seuls quelques-uns s’en sont tenus aux progressions habituelles. Après ces hausses, le prix moyen est estimé à entre 6 € et 6,10 €/kg pour la récolte 2017.

« Avec les contrats interprofessionnels qui vont être renouvelés après la vendange 2018, il est logique que le leader souhaite mettre en confiance ses acheteurs, estime Eric Potié, président de la fédération des caves coopératives de Champagne. Ce groupe a l’ambition d’augmenter son d’approvisionnement. Il a les capacités de le faire car il valorise bien ses bouteilles ».

Pour autant la décision de MHCS ne lui a pas apporté plus de livreurs, dans l’immédiat, car tous les contrats sont signés pour cinq ans. Tous arriveront à échéance, à la même date, après les prochaines vendanges. C’est en effet une particularité de la Champagne où les relations entre production et négoce sont très encadrées par les décisions interprofessionnelles lesquelles imposent un modèle de contrat unique et fixent également le rendement annuel en fonction des perspectives de marché.

Ces contrats indiquent la surface de raisin engagé par récolte et les modalités de calcul du prix du raisin. Comme les deux parties sont liées pour une longue période, il est impossible pour un producteur de changer en cours de route, pour aller au plus offrant.

Vers davantage d'hétérogénéité de prix ?

« Il y a une vraie tension dans l’approvisionnement, poursuit Eric Potié. Pour l’instant, le prix du raisin est assez resserré. A l’avenir, il sera moins uniforme qu’avant, et il variera plus qu’aujourd’hui selon les zones de production et les acheteurs. On verra dans deux ans… ».

Au SGV, le ton est plus inquiet, avec une double crainte : que les vignerons soient tentés de vendre davantage de raisin et que le nombre de négociants diminue. « Le prix du raisin a atteint des sommets, a précisé Maxime Toubart lors de l’assemblée générale de l’AVC (Association Viticole Champenoise) le 6 décembre. Gagner plus n’est pas désagréable mais ne soyons pas dupes ! L’objectif n’est pas de nous permettre à nous, producteurs de raisin, de gagner plus. Le but est tout autre. » En clair : prendre des parts de marché. « La stratégie engagée [par MHCS, NDLR] aura des conséquences sur l’environnement champenois. Quid des équilibres interprofessionnels ? Quid du maintien à terme de la valeur ajoutée ? »

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