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Royaume-Uni et ailleurs

Quels seront les vins les plus en vue en 2018 ?

Vendredi 05 janvier 2018 par Sharon Nagel

Le vin se montre de plus en plus polymorphe pour répondre aux goûts des consommateurs actuelsLe vin se montre de plus en plus polymorphe pour répondre aux goûts des consommateurs actuels - crédit photo : Waitrose
Le Nouvel An offre toujours l’occasion de s’interroger sur les tendances qui marqueront l’année à venir. Analystes et distributeurs s’en donnent à cœur joie. Voici, dans les grandes lignes, ce qu’ils prédisent pour 2018, en sus, bien sûr, des grandes mutations de fond comme la premiumisation.

Les liens inextricables entre produits alimentaires et boissons

Toute analyse du secteur des vins nécessite, en préambule, de se pencher sur les grandes orientations alimentaires tant les deux sont, encore, étroitement liés. Commodité, souplesse, sensibilité aux prix, simplicité et partage sont les mots-clés qui ressortent de l’étude annuelle du distributeur britannique Waitrose sur les habitudes alimentaires des Anglais, transposables de plus en plus à d’autres nationalités. La recherche de commodité et de souplesse se traduisent par la multiplication des magasins de proximité, la réduction de la taille des magasins, voire même des chariots. Selon Waitrose, 65% des Britanniques se rendent dans un supermarché plus d’une fois par jour de façon régulière ou occasionnelle. Si la composition du repas se décide souvent au dernier moment, elle repose néanmoins sur des choix de plus en plus sociétaux, et des considérations de bien-être. Moins végétariens que « flexitariens », les consommateurs piochent dans différentes pratiques alimentaires, basculant sans scrupules entre régimes carnivore et végétarien voir végétalien. Ils mettent aussi davantage l’accent sur l’expérience globale d’un repas, et moins sur la complexité de la préparation : « Lorsqu’on reçoit à la maison, on veut que les choses restent simples. L’époque du repas composé d’une entrée, d’un plat et d’un dessert est désormais révolue, l’heure est au plat unique, dont des mets à partager comme les mezzés », note l’enseigne britannique.

 

Les codes classiques explosent

Ce désir de partage s’est déjà traduit par la multiplication des magnums. Waitrose en a augmenté le nombre de références, mais des spécialistes comme Majestic notent le même phénomène. Ce dernier affirme que ses ventes de magnums positionnés à moins de 20£ ont fait un bond de 378% l’année dernière, les rouges et rosés connaissant un engouement certain. Les BIB sont aussi de la partie : Wine Intelligence constate une premiumisation des cuvées proposées en BIB  tandis que Waitrose se prépare à un boom rappelant celui qu’a connu le marché français au cours de la dernière décennie ; le distributeur a ajouté dix nouvelles références à sa gamme. Plus globalement, les analystes notent que les consommateurs sont de plus en plus amenés à casser les codes – ils boivent du rosé en hiver et du rouge en été – et à dénicher des produits originaux. Le service du vin au verre a permis l’éclosion des vins issus de cépages autochtones et de régions productrices restées jusque là dans l’ombre. Exemple, le saperavi géorgien. Et il y a fort à parier que ces nouveaux venus ne resteront pas anecdotiques. Majestic, pour ne citer que lui, évoque l’explosion des vins des pays de l’Est avec une hausse de 1365% des vins positionnés entre 5-10£ en 2017. Des pays comme la Roumanie, la Hongrie, la Bulgarie et la Moldavie sont bien placés pour tirer profit de la baisse de la récolte mondiale, et notamment européenne, l’année dernière. Avec des disponibilités et des rapports qualité-prix imbattables, il n’en fallait pas plus pour séduire opérateurs et consommateurs britanniques fragilisés par le Brexit, la baisse de la livre sterling et du pouvoir d’achat. Mais dans un deuxième temps, les ambitions exportatrices de ces pays en direction du Royaume-Uni pourraient très bien faire tâche d’huile ailleurs…

 

Le règne des plantes

Outre les préoccupations financières qui dictent certains choix, des considérations plus sociétales gagnent du terrain. Ainsi, analystes et distributeurs s’accordent à prédire la montée en force des vins biologiques et biodynamiques, voire naturels. « Près de 38% des cartes des vins comprennent au moins un vin biologique, biodynamique ou naturel », note l’opérateur britannique Bibendum. « Il s’agit d’une augmentation sans précédent car l’année d’avant, seuls 10% des cartes des vins comportaient ces catégories ». Wine Intelligence partage cet avis, avec un bémol : « Impulsés par le succès de la mention « biologique » dans le domaine des produits alimentaires, les vins biologiques deviennent de plus en plus visibles et convoités par les consommateurs de vins. Mais peu [de producteurs] ont réussi à éduquer leurs consommateurs. La confusion règne, et tant le CHR que les magasins au détail peinent à convaincre leurs clients que ces mentions peuvent les inciter à monter en gamme ». Au-delà des vins bios et biodynamiques, l’engouement en faveur des régimes alimentaires privilégiant les plantes ouvre de nouvelles perspectives de communication – autour de l’utilisation de protéines végétales pour le collage et la clarification, voire des algues pour le traitement des maladies ou des effluents – mais il peut aussi modifier le profil des vins recherchés. En effet, les plats végétariens ou végétaliens étant plus subtils sur le plan gustatif que les viandes, des vins rouges plus légers comme le Beaujolais, le cabernet franc ou le grenache pourraient bénéficier de cette tendance.

 

Regain d’intérêt pour le chardonnay nouvelle génération

D’autres styles et origines sont cités comme autant de créneaux porteurs cette année, sur le marché britannique, certes, mais avec le potentiel de toucher bien d’autres marchés. Certains distributeurs citent les vins siciliens, le haut de gamme du Languedoc-Roussillon, le malbec argentin et les vins chiliens premium, tandis que d’autres mettent l’accent sur des cépages moins connus comme le terret, et même sur une nouvelle génération de chardonnay : « L’époque du Anything But Chardonnay [Tout sauf le chardonnay] est révolue », affirme Bibendum. « Les opinions sur le chardonnay changent, un phénomène qui s’explique essentiellement par le fait que les caves, notamment celles du Nouveau Monde, font évoluer le profil de leurs vins, privilégiant désormais des styles plus tendus en ayant le moins de recours possible au boisé ». Au-delà des catégories spécifiques citées par les différents opérateurs, au gré peut-être de leurs propres intérêts, tous s’accordent à prédire un avenir toujours aussi brillant pour les effervescents, mais un avenir qui évolue, lui aussi.

 

Le success-story phénoménal des bulles

Pour Bibendum, le Cava devrait connaître de nouveau son heure de gloire : « Au fur et à mesure qu’ils montent en gamme, les consommateurs recherchent des alternatives au Prosecco ». Cet avis est partagé par le distributeur Sainsbury’s, qui a ouvert son premier bar à effervescents éphémère en plein cœur de Londres le mois dernier : « L’histoire d’amour entre les Britanniques et le Prosecco – qui représente 65% des ventes annuelles d’effervescents chez Sainsbury’s – se poursuit mais elle a incité les consommateurs britanniques à explorer des alternatives comme le Crémant de Loire qui s’annonce comme la prochaine révélation ». Sainsbury’s va même jusqu’à proclamer 2017 comme l’année du Crémant, suite à une hausse de 528% de son Crémant de Loire au cours des douze derniers mois. D’après la Wine & Spirit Association, les Britanniques ont acheté plus de 140 millions de bouteilles d’effervescents en 2017, auxquelles s’ajoutent 20,85 millions de cols de Champagne pour une valeur globale qui dépassent désormais les 2 milliards £. Les ventes d’effervescents ont doublé en cinq ans et celles de Prosecco devraient atteindre environ 85 millions en 2017 selon The IWSR.

 

Retour en grâce des vins fortifiés

Wine Intelligence prévoit la réussite continue des bulles en général et du Prosecco en particulier, soutenue par l’innovation en termes de packaging avec des cannettes, de styles moins alcoolisés, mais aussi de présentations originales avec l’ajout de fruits et de sirops par exemple, voire même la sortie de produits dérivés, y compris pour les animaux domestiques ! Cette vague des bulles risque fort d’atteindre d’autres marchés clés comme la Chine, estime Wine Intelligence, qui affirme que les importations d’effervescents y ont quasiment doublé entre 2012 et 2016 pour s’élever à 1,4 million de caisses. Dans le même temps, le Champagne est passé du cinquième au quatrième rang des boissons alcoolisées les plus appréciées, derrière le vin rouge, la bière et le vin blanc. Les effervescents ont sans doute revalorisé le moment de l’apéritif, un créneau qui se montre désormais favorable aux vins fortifiés, longtemps considérés comme passés de mode. De nombreux opérateurs comptent surfer sur la vague des cocktails à base de vin de Xérès et de Porto, mais aussi de vermouth. La mode de l’Aperol Spritz y est sans doute pour quelque chose. « Les vins fortifiés sont de plus en plus appréciés dans les bars. Le succès des Xérès et vermouths alliés au tonic trouvera sans doute sa suite logique dans le Porto blanc. Qui sait, peut-être même que les ruby ou tawny suivront cet hiver », estime Bibendum. De même, la popularité des cocktails conditionnés en fûts à bière pourrait aussi susciter le même intérêt dans le domaine des vins, y compris les effervescents.

 

La technologie accélère les tendances de consommation

L’issue du processus du Brexit pourrait avoir un impact sur ces tendances au Royaume-Uni, du moins sur le plan des volumes. Une étude publiée le mois dernier par deux économistes australiens – Kim Anderson et Glyn Wittwer – évoque une baisse de 28% de la consommation de vin outre-Manche d’ici 2025 pour une hausse de 22% des prix. Mais, le monde technologique dans lequel nous vivons a pour effet de propager rapidement des tendances de consommation d’un pays ou d’une zone géographique à d’autres. La mode des bulles, voire aussi celle des rosés, en est l’illustration parfaite. 

Tags : Tendance

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