LE FIL

Amélie Nothomb

« Le champagne, cette boisson infiniment civilisée à laquelle je dois tout »

Mercredi 04 octobre 2017 par Alexandre Abellan

Arrivant à la Cité du Vin ce 3 octobre, Amélie Nothomb amorçait sa quatrième bouteille de la journée. Prévenant qu’« il sera trop tard quand je parlerai dans mon verre… »
Arrivant à la Cité du Vin ce 3 octobre, Amélie Nothomb amorçait sa quatrième bouteille de la journée. Prévenant qu’« il sera trop tard quand je parlerai dans mon verre… » - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
À en croire la romancière belge, l'hygiène du romancier est avant tout vinique. Avec une ivresse aussi décomplexée que Charles Bukowski et joyeuse qu’Antoine Blondin, elle est sans aucun doute le héraut du Champagne.

« Le champagne est vraiment ma potion magique. C’est-à-dire qu’il n’a pas besoin de s’appuyer sur un aliment, il me sauve en toutes circonstances » lance Amélie Nothomb, sans chapeau, mais entourée de trois cuvées champenoises à son goût*, ce 3 octobre à la Cité du Vin (Bordeaux). Ouvrant le cycle des conférences Vendanges du Savoir de l'Institut de la Science de la Vigne et du Vin, la romancière belge était en tout point conforme à sa réputation de chantre des bulles champenoises. Férue de citations, elle place sa pétillante passion dans celle de Napoléon : « il faut toujours avoir une bouteille de champagne avec soi. En cas de victoire pour la célébrer, en cas de défaite pour se consoler. C’est exactement ma politique ! Qu’il y ait un évènement heureux ou un évènement désastreux, le champagne est toujours ce qui relève. »

"Reims est évidemment ma ville sainte"

« Je suis allée me recueillir sur la tombe de Dom Pérignon. Croyez-moi, aucun saint ne me fait autant d’effet que celui-là. Le saint patron du Champagne, celui qui a inventé cette boisson infiniment civilisée à laquelle je dois tout » salue Amélie Nothomb, qui affiche sa volonté de se faire enterrer avec une bouteille de Dom Pérignon 2003, sa cuvée préférée. Sous la sécheresse « la vigne a cru sa dernière heure arrivée et a écrit son testament. C’est comme si les derniers principes et soupirs du grand champagne y figuraient tout entier » s’enthousiasme l’auteur à succès.

Disant ne refuser aucune invitation de dégustation venant d’une maison de champagnes, Amélie Nothomb se voit comme une débutante (malgré sa longue expérience du champagne, voir encadré). « Je suis à peine au commencement de ma formation, je suis bien plus une sympathique alcoolique qu’une œnologue » s’amuse-t-elle, se pâmant face au « langage des chefs de cave est magnifique, ce sont les plus grands écrivains du monde ». Un compliment de choix de la part de celle qui rédige son quatre-vingt-dixième roman (et en a publié vingt-cinq, le dernier étant Frappe toi le cœur).

 

* : Soit des bouteilles de Laurent Perrier Grand Siècle, de Drappier 1992 et de Dom Pérignon 2006.

Précoces premières coupes

Assumant autant qu’alimentant sa réputation de romancière éclusant les coupes de champagne, Amélie Nothomb est définitivement un écrivain anti-loi Évin. Nul doute que les hygiénistes se seraient étranglés à l’écoute de son premier souvenir de dégustation. « Le champagne a été mon premier coup de foudre, je n’avais pas trois ans » se rappelle cette enfant d’ambassadeur, qui suivait ses parents dans leur vie de cocktails permanents au Laurent Perrier. N’étant ni invitée, ni exclue, et surtout pas surveillée, la petite fille profitait de ces réceptions : « j’attrapais les flûtes et j’ai remarqué que la boisson contenue était exceptionnelle, me plaisait beaucoup et produisait des effets très intéressants. »

Du Japon aux États-Unis, « le contrat était simple avec mes parents : du moment que j’avais de très bons résultats à l’école, on n’observait pas trop mes agissements » se rappelle la romancière, qui glisse, pince-sans-rire que « vers neuf ans, boire une coupe de champagne avant les devoirs les rendait beaucoup plus faciles ». À peine plus sérieusement, elle soulignait que l’« on a longtemps vu en moi les drames de l’alcoolisme infantile, mais je suis désolé de le dire, dans mon cas ça c’est très bien passé. Je ne suis pas en train de dire qu’il faut donner du champagne aux enfants… »

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