LE FIL

Cépages résistants

L’IFV travaille pour la qualité du matériel végétal

Vendredi 30 septembre 2016 par Marion Sepeau Ivaldi et Alexandre Abellan/Alexandre Abellan
Article mis à jour le 03/10/2016 17:05:15

Quatre cépages résistants ont reçu un avis favorable pour l'inscription au catalogue des variétés.
Quatre cépages résistants ont reçu un avis favorable pour l'inscription au catalogue des variétés. - crédit photo : Marion Sepeau Ivaldi
Mis en cause par Vincent Pugibet, l’IFV se défend de toute stratégie purement pécuniaire et met en avant sa responsabilité à proposer un matériel de qualité aux viticulteurs.

« Quand les viticulteurs plantent, c’est pour des années. Nous avons donc une responsabilité dans le matériel végétal proposé aux viticulteurs. La qualité du matériel végétal français est enviée dans le monde entier grâce à notre travail de fond qui permet notamment d’éliminer les viroses » pose Jean-Pierre Van Ruyskensvelde, directeur de l’IFV. Selon lui, l’avis du CTPS qui a donné le feu vert pour quatre cépages, sur les dossiers d’inscription au catalogue des cépages résistants répond à ce souci de pérennité du vignoble. Et se défend d’agir en « monopole » ou à la manière des firmes de l’agro-chimie, comme le suggère Vincent Pugibet dans sa lettre adressée aux membres du CTPS.

Travail conservatoire

« Lors de la réunion du 29 septembre, nous avons aussi inscrit des cépages oubliés. Si nous étions dans une logique purement financière, croyez-vous que nous passerions du temps à sauvegarder de tels cépages ?  " questionne Jean-Pierre Van Ruyskensvelde. Cette action conservatoire s’inscrit dans un réseau de 180 conservatoires où 20 000 clones identifiés sont cultivés dans des conditions sanitaires rigoureuses, souligne Jean-Pierre Van Ruyskensvelde. Par ce travail, l’IFV garantit la diversité génétique. « Notre action n’aboutit donc pas à un appauvrissement génétique comme le décrit Mr. Pugibet » indique Jean-Pierre Van Ruyskensvelde. Et d’expliquer que la sélection clonage ne peut sérieusement et en l’état des connaissances scientifiques être mise en cause dans le cadre de la problématique du dépérissement du vignoble. « Nous n’avons pas d’éléments scientifiques qui nous permettent d’établir un lien » souligne-t-il.

Jouer collectif

L’IFV met aussi l’accent sur sa volonté d’agir au nom de l’intérêt collectif. « Nous avons une démarche complètement collective dans laquelle s’inscrivent 35 partenaires de la sélection de la vigne » explique-t-il. Ces organismes travaillent ensemble pour sélectionner les cépages résistants, permettant de créer un réseau national de suivi de ces nouvelles variétés qui font couler beaucoup d'encre. « Ce travail est complètement ouvert et tous ceux qui veulent y participer peuvent le faire. Monsieur Pugibet connaît ce réseau. Il ne s’est pas manifesté, c’est son choix et nous le respectons » poursuit Jean-Pierre Van Ruyskensvelde. Le réseau mis en place permet aux généticiens et pathologistes de suivre sur le terrain le comportement des différents bio-agresseurs face aux résistants. « Des publications américaines montrent que le mildiou s’adapte à certains cépages résistants » précise Jean-Pierre Van Ruyskensvelde tout en soulignant que la problématique de la sensibilité au black-rot des Resdurs 2 est bien entendu suivie par l’IFV et l’INRA.

Réactions politiques suite à l’inscription

Ravi de l’avis du CTPS, Bernard Farges (CNAOC) rappelle qu'"il y a un an nous râlions, mais ça avance. La porte s'est entrouverte ! Sur la vingtaine de cépages présentés, certains ont été inscrits au catalogue, d'autres le sont temporairement et d'autres sont en suspens à cause de leur nom. D'autres cépages, présentés par le Languedoc, seront bientôt étudiés et on peut s'attendre à des inscriptions rapides." Le viticulteur bordelais assume d'ailleurs les lenteurs de la procédure : "si les professionnels avaient bougé avant sur le sujet, nous serions plus avancés. On est nombreux dans le vignoble, dont moi, à ne pas s'être intéressés assez vite aux résistants. Mais il ne faut pas en faire l'alpha et l'oméga de l'avenir viticole français. Il y a d'autres recherches en cours, en Alsace et à Bordeaux. Le chemin sera long, mais il y aura plusieurs voies." Réagissant à la lettre de Vincent Pugibet, Bernard Farges s'en désolidarise. "C'est indigne de croire que c'est en insultant que l'on peut aider le sujet à avancer..." regrette l'élu.

Le président des Pays d’Oc analyse l’avis sous un tout autre jour. Fort mécontent de voir que les cépages soutenus par son ODG n’aient pas été inscrits, l’élu à adresser une lettre au ministre de l’agriculture, Stéphane Le Foll et la diffusée à la presse. « Il est inadmissible qu’on ne respecte pas nos choix professionnels » tempête Jacques Gravegeale qui dénoncent le rôle du CTPS qui, selon lui, devrait être limité à « la responsabilité de l’état sanitaire des cépages demandés à l’inscription ». Et l’élu de rappeler l’enjeu environnemental qui sous-tend l’introduction des cépages résistants. « La France ne peut pas aujourd'hui être en retrait face aux solutions possibles pour répondre aux enjeux sociétaux. Vous, le premier et vos prédécesseurs avant vous, ne pouvez pas obliger la Filière Viticole à s'orienter vers l'agro-écologie et en même temps, par l'intermédiaire de vos services entraver toutes formes de solutions ».

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