LE FIL

Flavescence dorée

Le vigneron qui refuse d'arracher, « faute d'analyses »

Lundi 12 septembre 2016 par Alexandre Abellan

Depuis le millésime 2010, le domaine Rousset Peyraguey est sorti de l’AOC Sauternes. Il a crée son label privé de biodynamie, Terra Dynamis, et n’est pas certifié bio.
Depuis le millésime 2010, le domaine Rousset Peyraguey est sorti de l’AOC Sauternes. Il a crée son label privé de biodynamie, Terra Dynamis, et n’est pas certifié bio. - crédit photo : Sébastien Narbeburu
Refusant de se conformer à l’arrêté préfectoral, Alain Déjean, vigneron en Sauternes, vient de s'engager à réaliser des analyses cep par cep. Ce qui lui donne l'occasion d'étayer sa vision alternative des équilibres écologiques.

« On peut considérer que je suis hors-la-loi devant l’arrêté préfectoral [sur la flavescence dorée] » reconnaît, non sans une certaine fierté, le vigneron Alain Déjean (domaine Rousset Peyraguey). Convoqué ce 7 septembre à la mairie de Fargues pour faire le point avec les services préfectoraux, il a martelé son refus d’arracher une parcelle, considérée par le GDON du Sauternais comme atteinte à plus de 20 % par la flavescence dorée. Pour Alain Déjean, ces vignes sont juste déséqulibrées microbiologiquement (à la suite d’un manque d’eau).

« Je ne suis pas un fou, je suis sûr à 50-60 % qu’il n’y a pas de phytoplasme. La parcelle demande du temps, et je peux démontrer qu’il y a des solutions alternatives. Mais on ne permet pas aux paysans de les mettre en place » clame-t-il, drapant de manière répétée son opposition dans le rejet des insecticides et autres traitements d’éradication.

Protocole d'analyse

Se voyant comme un nouvel Emmanuel Giboulot, le vigneron girondin est cependant dans une situation bien différente du symbole bourguignon contre les traitements insecticides systématiques. En 2014, Emmanuel Giboulot avait en effet été poursuivi en Bourgogne pour ne pas avoir réalisé de traitements obligatoires (sur un département alors indemne). Alors que pour Alain Déjean, le GDON des Graves et du Sauternais a tagué l’an dernier 280 ceps suspects sur l’une de ses parcelles, de 800 pieds, sur la commune de Fargues. Le protocole d’analyse a confirmé la présence du phytoplasme de la flavescence dorée, avec un taux de contamination supérieur à 20 % impliquant un arrachage de toute la parcelle, maladie de quarantaine oblige.

Alain Déjean a décidé de ne pas arracher ses vignes, et de ne pas respecter l’arrêté préfectoral en vigueur, étant convaincu qu’il n’y a pas de preuve établie sur la contamination de sa parcelle. A l’entendre, les analyses présentées n’ont pas pu être reliées à un cep en particulier. « Quand on attaque officiellement quelqu’un, avec le tampon bleu-blanc-rouge, on arrive avec des analyses » lance Alain Déjean.

Accord de compromis

Au terme de la réunion du 7 septembre, une solution a été trouvée, qui devrait donner l’occasion à Alain Déjean de démontrer la pertinence de son approche alternative des équilibres. « On a signé un constat, avec l’engagement de sa part à réaliser des analyses cartographiées, pied par pied, à ses frais*. Et à arracher tous les pieds infectés. Un protocole doit être signé pour ce 21 septembre » rapporte Xavier Planty, le président du syndicat viticole de Sauternes et du GDON local, qui prenait part à la réunion.

"Il n’est pas seul au monde…"

Jusque-là considéré comme un sympathique hurluberlu par ses camarades vignerons, Alain Dejean  déclenche désormais des réactions lassées, voire exaspérées. « Il a ses convictions, ce qui est peut être enrichissant. Mais dans ce cas, il faudrait lui donner une gifle : je plains les châteaux dont les vignes touchent les siennes… » confie un vigneron de la commune de Fargues.

Zone particulièrement contaminée par la flavescence dorée, le Sauternais n’apprécie pas le risque collectif encouru à cause de convictions individuelles. D’autant plus que le vignoble bordelais se flatte d’avoir mis en place des dispositifs dérogatoires réduisant les traitements obligatoires aux seules zones où la présence du phytoplasme est avérée (depuis cette année).

« Globalement, tout le monde est d’accord pour arracher les pieds contaminés sans se poser de question, afin de retirer l’inoculum et réduire les traitements obligatoires » conclut Catherine Bastiat, la directrice du GDON du Sauternais et de Graves, qui précise que sur la commune de Fargues, 80 % des traitements obligatoires ont pu être évités.

 

* : Le GDON du Sauternais pourrait financer une partie de ces frais, ainsi que l’association Générations Futures (qui soutient Alain Déjean dans sa procédure).

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VOS RÉACTIONS
craoux Le 15 septembre 2016 à 12:13:17
A l'attention de "Dejean" : 1/ je souhaite pondérer mon commentaire initial, étant entendu que je ne voue pas une dévotion absolue au monde des IG (AOP et IGP incluses) - je corrige donc en mettant l'accent sur le fait qu'un producteur peut s'écarter ou être écarté de la logique AOP Sauternes (au cas présent) s'il n'entend plus se soumettre aux règles communes portées par un cahier des charges (je ne suis pas sûr que les obligations inhérentes à la lutte contre la flavescence y sont explicitées mais c'est l'esprit .. si on m'impose, je m'y conforme). 2/ je suis parfaitement d'accord avec vous sur un point: un vigneron peut faire la preuve de sa patte ou de son talent en dehors du corset de l'AOP ... il est dommage en revanche qu'on ne lui offre plus le droit de valoriser (par une mention) son terroir : là, je trouve absolument scandaleux que la Rgt UE ait cadenassé le système autour des IG en privant les VSIG de toute possibilité de référence géographique qui serait "justifiable" (autre que celle du pays de production) . Conclusion personnelle (aux fins de pouvoir tenter une autre voie que celle de l'IG) : j'aimerais qu'un jour soit étudiée la question du "droit" à l'appropriation d'une référence géographique que permet le système actuel des IG dans le cadre de la règlementation UE - je n'oublie pas que la construction/élaboration des textes UE répond avant tout à une logique POLITIQUE faite de compromis [la France a bien contribué à la mise en place de ce système des IG en imposant son cadre AOC dès l'OCM de 1970] - mais qui peut nous affirmer à ce jour que ces dispositions d'exclusivisme sont parfaitement fondées en droit du point de vue de l'équité (et pourquoi m'obligerait-on à produire sous IG AOP "X" ou "Z" si je souhaite valoriser mon terroir "X", "Z" .. ou celui de la Corrèze > clin d'œil à la future AOP dont l'arrivée contraindra l'IGP à se faire rebaptiser "pays de Brive" .. est-ce bien sérieux la "logique" IG vue sous cet angle ?) - la Commission et le Conseil ont certes leurs services "juridiques" mais je fais l'hypothèse que leur "expertise" vise avant tout à garantir aux EM que les dispositions portées dans les textes UE sont compatibles avec leurs réglementations nationales respectives.
La Rédaction Le 14 septembre 2016 à 18:00:08
Bonjour Thomas, Merci pour votre précision. Pour le GDON du Sauternais, il s'agit de la première année ou le dispositif d'adaptation des traitements à la pression réelle est appliqué à une échelle plus fine que celle des communes. Vous remerciant pour votre lecture attentive.
Thomas Le 14 septembre 2016 à 09:16:59
Faut-il entendre par votre information complémentaire entre parenthèses \"depuis cette année\" que les dispositifs dérogatoires réduisant aux seules zones avérées contaminées les traitements obligatoires n\'existent que depuis la campagne 2016 ? Si c\'est le cas, sachez que ces protocoles existent dans le bordelais depuis 2007 lors de la mise en place de ce protocole alternatif par le GDON du libournais et ont depuis été déployés sur l\'ensemble du vignoble bordelais.
dejean Le 13 septembre 2016 à 00:19:48
réponse à craoux: j'ai participé à pratiquement toutes les commissions de la future ODG avant 2009. J'ai toujours demandé, si cette ODG allez accepter les vins naturels sans sulfite, l'on ma toujours répondu qu'il n'allait pas avoir de problème, ce que j'ai cru, cela a été mon tords et j'aurai du passer en vin de table en 2009. Elle a, et certainement avec raison avec son cahier des charges ou les vins nature n'ont pas leur place décidé de détruire toute la récolte 2009. J'ai toujours ma récolte 2009 qui bien sur ne correspondra pas à ce que veux l'ODG, mais que ma clientèle désire. Pour satisfaire ma clientèle en continuant de produire les vins naturels sans sulfite j'ai décidé et assumé de sortir de l’appellation en 2010 . j'ai quand même était cité dans les 100 meilleurs liquoreux du monde avec mon vin de france 2010. La diversité permet de faire élever une appellation en mon sens.
craoux Le 12 septembre 2016 à 09:40:51
L'AOP Sauternes est (en quelque sorte) une "marque" collective que l'INAO et le Minagri soutiennent et défendent, notamment à travers les négociations sur la protection et la reconnaissance des IG (cadre des négociations en cours avec les USA). Compte-tenu des enjeux et compte-tenu que la Loi confère des prérogatives aux ODG, ne serait-il pas logique que l'ODG Sauternes "écarte" ce producteur voire le "déshabilite" au motif qu'il pourrait nuire - voire qu'il nuit ! - à l'image de l'appellation dont la notoriété se fonde sur l'observance d'une rigueur et d'une discipline collective partagée ?
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