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AOC Côtes-du-Rhône
Une campagne moins active mais des prix (faussement?) soutenus

Les principaux indicateurs économiques pour les appellations Côtes-du-Rhône et Côtes-du-Rhône villages montrent, pour cette campagne 2015-2016, une situation économique plutôt saine. Mais les cours des vins communiqués par l'interprofession sont biaisés et sur-estimés, selon l'UMVR.
Par Juliette Cassagnes Le 28 juin 2016
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Une campagne moins active mais des prix (faussement?) soutenus
Etienne Maffre, président de l'UMVR - crédit photo : J Cassagnes
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a campagne 2015-2016 en appellations régionales Côtes-du-Rhône et Côtes-du-Rhône villages est pour le moment marquée par une baisse des volumes contractualisés, d'environ -6,5 % par rapport à fin mai 2015 (soit 85 000 hl en moins), et par une quasi-stabilité des sorties de chais (-0,7 % à fin avril). Ces derniers mois de l'année 2016, qui correspondent au « cœur de la campagne », étant plus particulièrement marqués par un ralentissement de l'activité.

Pour Denis Guthmüller, viticulteur élu membre de la commission économie du syndicat de l'appellation, comme pour Etienne Maffre, président de l'Union des maisons de vins du Rhône (UMVR) cette tendance est à mettre sur le compte de la plus faible disponibilité en vins rouges cette année. Avec 1,79 million d'hectolitres, la récolte 2015 dans les deux appellations régionales a été moins abondante que la précédente, de l'ordre de 114 000 hectolitres. « Les volumes échangés sont en phase avec la baisse de récolte », indique Etienne Maffre. « Il ne reste pas grand chose à vendre », confirme Denis Guthmüller. Les stocks dans les chais sont particulièrement bas en rouges et en rosés, avec respectivement 50 000 hl et 28 000 hl restant à mi-juin 2016.

Une autre explication à cette baisse des transactions proviendrait du « transfert » de segment de marchés actuellement en cours pour les Côtes-du-Rhône en GMS : « Il y a une revalorisation qui explique que l'on ne passe plus sur certains marchés premiers prix, qui sont repris par d'autres. Nous perdons donc des parts de marchés volumes sur l'entrée de gamme, explique Denis Guthmüller. Nous vendons moins, mais mieux », la Belgique et les Pays-Bas étant les marchés exports où les ventes ont particulièrement baissé.

Les blancs moins bien vendus que prévus

Dans ce contexte de « revalorisation », les prix moyens des vins vrac se sont maintenus à un niveau « ferme » lors de cette campagne, à environ 142€/hl pour les Côtes-du-Rhône rouge et 165€/hl pour les blancs. Un prix « satisfaisant et viable » pour la production, qu'elle souhaite donc « consolider »... Mais un prix qui est aussi largement remis en question par l'UMVR (voir encadré).

La campagne commerciale des Côtes-du-Rhône blancs dénote des deux autres couleurs ; les volumes restants dans les chais sont plus conséquents proportionnellement à la récolte 2015, avec environ 20 000 hectolitres en stock sur les 77 000 hectolitres produits... Une campagne quelque peu « en retard » donc et plutôt décevante pour les producteurs. Les ventes n'ont, jusqu'à présent, pas été à la hauteur de leurs attentes, tandis que le potentiel de production progresse. « Il y a les marchés, mais avec un niveau qualitatif à améliorer, afin qu'il soit plus en phase avec les attentes du marché », commente Etienne Maffre. « Il faudra rester vigilants afin de vérifier que la commercialisation suive la production, et en jouant éventuellement sur le niveau de rendement l'an prochain », indique de son côté Denis Guthmüller.

Le négoce rhodanien dénonce le mode de calcul des cotations interprofessionnelles pour les AOC Côtes-du-Rhône et Côtes-du-Rhône villages

Selon l'UMVR, une partie croissante de vins échangés sur le marché vrac, dans les deux appellations Côtes-du-Rhône et Côtes-du-Rhône villages, échappe aux cotations interprofessionnelles. La règle actuelle veut que les volumes contractualisés, qui ont fait l'objet d'acomptes, ne soient pas pris en compte dans le calcul des cotations, n'étant pas basés sur un prix définitif. Or leur prix final n'est pas non plus communiqué à l'interprofession. Les prix pratiqués pour ce type de contrats ne sont donc finalement pas du tout considérés dans les statistiques interprofessionnelles et le prix moyen communiqué ne refléterait donc pas la réalité.

Cette pratique du système « d'acomptes » représenterait 30 % des volumes en AOC Côtes-du-Rhône, une part « significative » donc, selon le négoce. Cette part aurait de plus tendance à se développer au fil des ans; elle représentait seulement 5 % en 2014 et 20 % en 2015. « Un volume conséquent de vins « premiers prix » échappe ainsi aux cotations, ce qui implique que les cours sont gonflés artificiellement, précise Etienne Maffre. 215 000 hectolitres non côtés valorisés à 120€/hl impliquerait un cours moyen à 135€ et non à 142€/hl. Une différence qui n'est donc pas négligeable ! ».

« Ce sont des anomalies fortes, qui nous interpellent, conclut celui-ci. Le dossier est sur la table, mais il est difficile de construire un contrat pluriannuel dans ces conditions...»

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