LE FIL

Prévention de l’alcoolisme

La filière vin partage les constats, pas les solutions, de la Cour des Comptes

Mercredi 15 juin 2016 par Alexandre Abellan

Juridiction indépendante, la Cour des Comptes est constitutionnellement une force de conseil au gouvernement et au parlement.Juridiction indépendante, la Cour des Comptes est constitutionnellement une force de conseil au gouvernement et au parlement. - crédit photo : Cour des Comptes
Dénonçant les limites des politiques de santé publique actuelles, la juridiction préconise des augmentations fiscales et des restrictions aussi bien commerciales que publicitaires.

Conformément à sa mission d’évaluation des politiques publiques, la Cour des Comptes vient de rendre un rapport cinglant sur « les politiques de lutte contre les consommations nocives d’alcool » (cliquer ici pour accéder à l’ensemble des documents publiés). « La consommation d’alcool est un sujet sensible en France » pose le rapport, « l’héritage social et culturel, renforcé par des enjeux économiques, induit une tolérance générale vis-à-vis de la consommation d’alcool qui explique, pour une large part, la difficulté à définir et à mettre en œuvre dans la durée une politique intégrée de santé et de sécurité ».

Tout au long de ses auditions, la juridiction a pu constater le manque de concorde entre les différents acteurs de ce dossier. Sauf sur les limites des politiques actuelles contre la consommation excessive de boissons alcoolisées. Le rapport n’en est que plus cinglant : « en n’agissant qu’imparfaitement sur les différents leviers disponible, l’État ne s’est pas donné les moyens d’infléchir les comportements à risque ». Ce qui pousse la Cour des Comptes à avancer onze recommandations au gouvernement. 

"Relever la fiscalité des boissons alcoolisées et préparer la mise en place d’un prix minimum"

Avec l’objectif de « rénover et renforcer l’impact des leviers d’action existants », la juridiction se focalise donc sur « fiscalité, réglementation de la distribution, du lobbying et de la publicité, développement du contrôle et des sanctions de la conduite en état d’alcoolisation ». Cela passe notamment par une hausse de la taxation des boissons alcoolisées pour réduire la consommation, avec l’idée de créer à terme un prix plancher. S’alarmant des « assouplissements successifs » de la loi Evin, les rapporteurs proposent d’étendre « à tous les supports numériques les restrictions de publicité en faveur des boissons alcooliques ». Ils demandent également, pêle-mêle, de « supprimer l’autorisation d’introduction et de consommation sur le lieu de travail » et d’augmenter « le montant des amendes forfaitaires et en appliquant un régime de contraventions immédiates jusqu’à une alcoolémie de 1,2 g par litre de sang ».

"On n’arrive pas à dépassionner le débat"

« La Cour des Comptes pose les vrais problèmes d’enjeu de santé publique, mais apporte comme solutions un nouvel inventaire à la Prévert de mesures inefficaces » soupire Audrey Bourolleau, la directrice de l’association Vin et Société (auditionnée dans le cadre de cette enquête). « C’est un éternel recommencement de mauvaises solutions qui ont été essayées sans succès en France et dans d’autres pays* » juge-t-elle, ne cachant pas son inquiétude face à « la vision de faire baisser la consommation moyenne et pas les consommations excessives ». Pour la filière viti-vinicole, la seule politique qui vaille pour lutter contre l’alcoolisme passe par la prévention et d’éducation. Une orientation qui nécessiterait un net changement de paradigme de la part des associations hygiénistes. Ces dernières voyant toujours avec suspicion les professionnels des boissons alcoolisées (et rejetant systématiquement tout projet de travail collectif).

Eduquer et sensibiliser, « cela coûte cher et demande du temps, mais ce n’est pas une question de financement, les ventes d’alcool rapporte 3,5 milliards d’euros au gouvernement français, qui ne consacre que 3 millions € à la prévention des comportements à risque » précise Audrey Bourolleau. Elle appelle désormais le personnel politique à se positionner sur la place du vin en France. Et de choisir entre les discours présidentiels posant le patrimoine viticole comme une fierté nationale et les rapports visant une baisse de la consommation.

 

* : « Les pays à forte fiscalité ne sont pas non plus ceux qui présentent le meilleur bilan sanitaire en matière d’alcool (Irlande, Finlande) et l’inverse se vérifie également (Espagne, Italie) » confirme dans un communiqué Alexis Capitant, le directeur de l’association Avec Modération (qui regroupe quinze gropues produisant et distribuant des boissons alcoolisées : Bacardi-Martini, Heineken, Kronenbourg, Marnier Lapostolle, Moët Hennessy Diageo, Pernod Ricard, Rémy Cointreau…).

Satisfecit de l’ANPAA

Autre son de cloche pour l’Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie (l’ANPAA), qui abonde dans le sens de la Cour des Comptes. Un communiqué salue un rapport qui « fera sans doute date, à la fois par la qualité de son analyse mais aussi et surtout par les recommandations qu'il avance ». Et précise avoir posé au ministère de la Santé  un plan de réduction des risques équivalent en septembre dernier.

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