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Clairette de Die rosée
Le Cerdon dit toujours non

Les producteurs de cerdon se sont à nouveau opposés au projet de l'Inao d'autoriser la production de clairette de Die rosée. En toile de fond du conflit, deux visions qui s'opposent : celle des « modernistes » et celle des « conservateurs ».
Par Juliette Cassagnes Le 23 mai 2016
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Le Cerdon dit toujours non
Les producteurs attendent depuis cinq ans de pouvoir élaborer de la Clairette de Die rosée, à partir de cépage Gamay ou Muscat - crédit photo : J Cassagnes
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a seconde procédure nationale d’opposition (PNO) lancée par l’Inao au sujet de l’introduction de cépages rouges dans le cahier des charges de la clairette de Die vient de se terminer, le 9 mai exactement. Pour la seconde fois, les producteurs de cerdon – un effervescent rosé « méthode ancestrale » produit dans le Bugey – ont manifesté leur opposition au projet, au grand dam des producteurs de la clairette.

Suite à la première PNO, qui a eu lieu en avril 2015, ces derniers ont en effet accepté de prendre de nouvelles mesures, en fixant à 5 % minimum le taux de cépages rouges – gamay et muscat mutant – dans le vin. Les surfaces plantées étant très limitées dans le vignoble – moins de 10 ha – cela limitait la possibilité de production « massive » de clairette rosée, principale crainte des producteurs de cerdon. Les producteurs de clairette ont, par ailleurs, amené des éléments supplémentaires au dossier pour étayer le lien à l’origine, grâce à de nouvelles preuves historiques.

Mais cela n’a pas suffi à faire changer d’avis la quarantaine de producteurs de cerdon concernés qui ont décidé de faire à nouveau part de leur opposition, toujours avec les mêmes arguments. « Nous avons fait un pas, mais Cerdon ne désarme pas, se désole Fabien Lombard, président du syndicat de la clairette de Die. Ils veulent conserver leur monopole de méthode ancestrale rosée et nous accusent de concurrence déloyale car ils craignent une déstabilisation de leurs marchés. Or, la production ne devrait pas dépasser les 10 000 hl. Ils se trompent de cible et, en attendant, on perd du temps. »

Une opposition de fond sur l’avenir des AOC

Plus qu’une simple bataille commerciale, c’est en réalité un problème de fond portant sur l’évolution des AOC qui est soulevé par les deux parties. « Ne pas faire évoluer un cahier des charges en introduisant une nouvelle couleur est une vision un peu passéiste. Il y a un véritable décalage de vision entre nous ! », déclare Fabien Lombard. « Est-il normal que l’Inao autorise de produire n’importe où un produit qui fonctionne bien ailleurs, par la création d’une nouvelle couleur dans un nouveau cépage ? », interroge de son côté Éric Angelot, président du syndicat des vins du Bugey.

S’opposer à la clairette rosée est donc aussi pour lui une façon de mettre l’Inao « devant ses responsabilités » : « Je demande que l’Inao réaffirme sa position de fond, justifie-t-il. Il faut savoir ce que nous voulons faire, ce que l’on défend. Je souhaite qu’ils se positionnent clairement et qu’ils soient conscients de la porte qu’ils sont en train d’ouvrir. »

Le dossier est actuellement entre les mains de l’Inao. « Nous ignorons ce qu’il nous répondra », précise Éric Angelot. Du côté de Die, une réponse finale favorable est espérée lors du prochain comité national de septembre 2016, afin de pouvoir produire l’effervescent pour la prochaine récolte. S’ils obtenaient le feu vert de l’Inao, le président des vins du Bugey prévient qu’il « avisera, le moment venu, avec les autres vignerons, de la suite à donner ».

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Tous les commentaires (1)
ADIRIGNY Le 26 mai 2016 à 10:33:01
Les viticulteurs de Clairette qui voudraient légitimement diversifier leur production pour surfer sur la vague d'engouement pour les effervescents rosés sont donc coincés : pas possible de produire en mousseux rosés sans appellation (loi de 1957), mais opposition de leurs voisins du Cerdon, qui cherchent à empêcher la concurrence, sous couvert de défense de la tradition des AOC .... En effet la loi du 20 décembre 1957 interdit toute élaboration de vins mousseux autres que des vins à AOC dans les aires de production des AOC Clairette de Die et Crémant de Die (réglementation analogue à celle du Champagne, initialement prise pour lutter contre la fabrication massive en Champagne de mousseux vendus comme "Champagne" à partir de vins de base importés d'autres régions, au début des années 1900). commentaires : 1/ la situation actuelle est clairement une atteinte à la liberté d'entreprendre, et pénalise les viticulteurs de Die 2/ l'interdiction posée par loi de 1957 n'est-elle pas disproportionnée par rapport à l'objectif supposé de lutte contre la fraude ? situation identique en Vouvray, où des viticulteurs de l'aire mousseux qui souhaitaient se diversifier ont eu des difficultés ... à l'inverse, on peut élaborer dans l'aire Crémant de Bourgogne des mousseux sans AOC, et cela ne semble pas poser de problème majeur : le Crémant est parfaitement identifié, et personne ne le confond avec les mousseux sans IG. Oui, mais si on supprime ces lois pour Die et Vouvray, quid de la Champagne ? vaste débat entre liberté d'entreprendre et lutte contre la fraude (idem : protection de la santé, de l'environnement, etc) : une restriction à la première n'est admissible que si elle est strictement proportionnée pour empêcher les fraudes (ou les atteintes à la santé, à l'environnement, etc) et s'il n'existe pas d'autres moyens moins contraignants pour atteindre cet objectif 3/ Autoriser la Clairette rosée ? la lutte entre entre une conception figée et une conception évolutive des AOC semble bien dépassée quand on voit toutes les évolutions sur d'autres AOC (couleurs, cépages, pratiques oenologiques -thermovinification, grappes entières, etc- ; elle sert souvent de prétexte pour protéger des monopoles ou des marchés .... surtout s'il y a une trace historique de production de rosé vers Die. Que ce soit sur les couleurs, comme à Die, la production d'IGP mousseux, les autorisations de plantations en VSIG , les aires de proximité immédiate (cf Pomerol), ou les nouveaux cépages, le dogme d'une AOC figée dans ses règles d'origine a bon dos et sert trop souvent de prétexte pour éliminer des concurrents potentiels, ou protéger des situations acquises, dans des luttes locales. Et pendant ce temps là, les italiens plantaient et produisaient .... et font sans doute plus de mal à Cerdon avec le Prossecco que la Clairette rosée.
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