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Cépage et porte-greffe
Le vignoble n'est pas désarmé face au changement climatique

Réunion scientifique de haute volée, le colloque ClimWine peut se résumer à un constat, aussi intelligible qu'optimiste : il existe de nombreux leviers d'adaptation face au changement climatique.
Par Alexandre Abellan Le 12 avril 2016
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Le vignoble n'est pas désarmé face au changement climatique
Les chercheurs bordelais Kees van Leuwen, Nathalie Ollat et Eric Giraud-Héraud accueillait ce 11 avril leurs 150 confréres (pour 19 nationalités), sur le campus de Bordeaux Science Agro. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
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« Si l’on peut retarder la maturité des raisins de cinq à six jours avec un porte-greffe et d’une semaine avec un cépage, cela nous donne déjà trente ans de marge pour s’adapter au changement climatique ! » lance le professeur de viticulture Kees van Leeuwen (INRA Bordeaux), en marge de la conférence internationale ClimWine, ces 10-13 avril à Bordeaux. Tout en optimisme, le chercheur estime que le vignoble a déjà en main les clés de sa bonne adaptation aux futures conditions climatiques.

A l’écouter, trois leviers viticoles se dessinent, qui sont autant de décisions à la plantation. Le premier est le choix du porte-greffe, qui doit retarder le cycle de la vigne, sans en modifier la typicité, « et augmenter la résistance à la sécheresse » (voir encadré). Le deuxième est le choix d’un cépage moins précoce, « plutôt un cabernet sauvignon que du merlot à Bordeaux ». Et le troisième est un clone tardif du cépage choisi : « il faut revisiter les conservatoires pour en redécouvrir la variabilité historique ». Cerise sur le gâteau, le tout « n’entraîne pas de surcoût, pour le viticulteur qui renouvelle son vignoble. Et ça n’a pas plus d’impacts négatifs sur l’environnement » souligne Kees van Leeuwen.

La mise en oeuvre est progressive et cumulative

Passant à moyen-terme par une modification des critères de sélection du matériel existant, cette logique appelle à long terme la création de nouvelles variétés. Notamment de porte-greffes, plus faciles à introduire dans les cahiers des charges AOC que des cépages, glisse Nathalie Ollat (ingénieur recherche INRA Bordeaux, coordinatrice de ClimWine). « Pour s’adapter au changement climatique, l’avantage est que l’on a le temps. On ne prend pas trois degrés du jour au lendemain, mais il faut anticiper. Aujourd’hui, on travaille pour 2030-2050 » souligne Kees van Leeuwen, entre dédramatisation du risque climatique et appel à l’implication progressive. L’articulation de ces phases d’adaptation viticoles est justement au coeur du congrès ClimWine, le matériel végétal n’en étant qu’un rouage.

Changement de paradigme

« Pendant vingt ans, on a travaillé sur l’amélioration des maturités, le sucre était un élément apparemment limitant » rappelle Nathalie Ollat. Pour faire machine arrière, les leviers d’adaptation ne manquent pas pour s’assurer que les raisins continuent d’arriver à maturité entre septembre et octobre. Si l’INRA de Bordeaux mise sur le matériel végétal, bien d’autres modalités de conduite de la vigne peuvent être modifiées, de l’enherbement à la fertilisation. En passant par la taille des troncs lors de l’établissement d’un pied : « on a cherché à maintenir les grappes près du sol pour faciliter leur maturité.  Si l’on passe la hauteur de tronc de 30 à 60 centimètres, on peut retarder significativement ses maturités » précise Kees van Leeuwen.

Si le changement climatique touche d’abord le vignoble, il doit également être géré par les pratiques oenologique, souligne Nathalie Ollat. La chercheuse rappelle au passage que le projet INRA-LACCAVE innovait en mettant en relation des chercheurs de toute la France, et de toutes les spécialités, y compris économiques et sociologiques. Si le pilotage viti-vinicole du changement climatique doit permettre une production de vins équilibrés et typiques, il doit également rester en phase avec les attentes consommateurs.

« Il faut veiller aux équilibres entre l’offre et la demande. Le risque du changement climatique, c’est qu’ils n’aillent pas dans le même sens » souligne l’économiste Eric Giraud-Héraud (INRA Bordeaux). Tout aussi optimiste que ses confrères, il conclut que « si le changement climatique n’est pas l’obsession du moment dans le vignoble, les producteurs ont une capacité d’adaptation plus importante que l’on ne pourrait le penser. Et dans le monde agricole, c’est une spécificité vigneronne. »

 

* :  Ce symposium marque la conclusion des travaux de recherche menés à l’échelle nationale par le réseau Laccave de l’INRA (sur « l’adaptation de la viticulture et de la production de vin dans un contexte de changement climatique »). En quatre jours, ce sont 150 universitaires originaires de 19 pays qui se réunissent sur le campus de Bordeaux Science Agro.

Certitudes et incertitudes du changement climatique
« Les viticulteurs se rendent déjà compte des effets du changement climatique : cycle comprimé, dates de vendanges précoces… » souligne Kees van Leeuwen. Le chercheur rapporte un constat global, les températures vont croissantes, comme les phénomènes de sécheresse (par augmentation de l'évapotranspiration). Mais en ce qui concerne l'évolution des régimes pluviométriques, les modèles sont plus difficiles à prévoir. « En terme de simulation, il y a plus d’incertitudes sur la pluie. La France est dans une zone charnière pour les pluies » explique Kees van Leeuwen. Mais les besoins en eau augmentant avec la chaleur, la nécessité de résistance au stress hydrique reste une certitude.
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