Accueil / Politique / Le tonneau sera-t-il demain un produit de luxe ?

L'avenir du merrain
Le tonneau sera-t-il demain un produit de luxe ?

Alors que le ministère de l'Agriculture vient de signer le contrat d'objectifs et de performance de l'ONF 2016-2020, la tonnellerie française s'inquiète de l'orientation donnée à la gestion des forêts domaniales qui pourrait modifier profondément la filière jusque dans les pratiques d'élevage.
Par Marion Sepeau Ivaldi Le 16 mars 2016
article payant Article réservé aux abonnés
Lire plus tard
Partage tweeter facebook linkedin
Le tonneau sera-t-il demain un produit de luxe ?
la tonnellerie est le plus gros acheteurs de chêne de grande qualité des bois issus des forêts domaniales gérées par l’ONF - crédit photo : DR
S
’achemine-t-on vers un recours accéléré aux staves et aux copeaux dans les vins ? C’est ce qui pourrait bien se produire, au vu des orientations données à la commercialisation des bois issus des forêts domaniales françaises. Du moins, c’est l’avis de la Fédération de la tonnellerie française qui le regrette amèrement.

Le nouveau contrat d’objectifs et de performance de l’ONF 2016-2020 vise à la sécurisation des approvisionnements. Ce contrat a été réalisé après consultation des partenaires de l’ONF. Et si la Fédération nationale du bois (FNB) a été auditionnée, celle des tonneliers – membre de la FNB – n’a pas été écoutée directement. « Pourtant, la tonnellerie est le plus gros acheteur de chêne de grande qualité des bois issus des forêts domaniales gérées par l’ONF », indique Jean-Luc Sylvain, président de la FNT. Pour lui, l’ONF s’immisce de plus en plus dans le métier d’exploitant forestier et c’est son premier sujet d’inquiétude.

 
Gaspillages
 
L’ONF, en effet, veut développer la vente de ses bois, sans passer par les traditionnels intermédiaires que sont les exploitants forestiers. Et plutôt que de vendre les arbres sur pied comme de tradition, l’Office veut désormais vendre des bois en bord de route. « Le problème, c’est que les ressources humaines et matérielles manquent. Trois mois après leur coupe, les bois se détériorent car la sève ne fait plus son travail de protection contre les insectes. Or, certaines ventes de l’ONF s’effectuent après ces trois mois. Il va y avoir des gaspillages ! », prévient Jean-Luc Sylvain.
 
Au-delà du problème de qualité, il y a aussi celui de l’organisation commerciale. Les forêts domaniales produisent environ 80 % de l’offre française. Dans cette situation qui flirte avec le monopole d’État, la vente publique aux enchères permettait une transparence des échanges. L’ONF poursuivra ce type de vente mais va également développer les contrats de commercialisation. « Cela va certainement bénéficier aux entreprises de grande taille, qui ont un véritable poids de négociation. Mais, pour la filière tonnellerie, c’est différent. Nous sommes 60 entreprises de taille PME », rappelle Jean-Luc Sylvain, tout en déplorant que ce type de commercialisation opacifie le marché.
 
Augmentation du prix des tonneaux
 

Cette situation de marché conduit à une augmentation des prix, ce qui renchérit les tonneaux. « La tonnellerie française produit 550 000 barriques par an dont 70 % sont exportées, ce qui en fait le seul métier de la filière bois à avoir une balance commerciale positive. On sait que nous allons au devant de difficultés dans les prochaines années. Car le winemaker dispose d’un budget annuel et, si les tonneaux sont trop chers, il aura davantage recours aux staves », explique Jean-Luc Sylvain. Et voilà comment la gestion de la forêt peut changer le travail du vinificateur.

Tags : Barriques
Partage Twitter facebook linkedin
CONTENUS PARTENAIRES
Tous les commentaires (0)

Pas encore de commentaire à cet article.
© Vitisphere 2021 - Tout droit réservé