armi les impressionnants dégâts causés par la tempête Nils le jeudi 12 février, en voici un inédit à l’échelle du vignoble français : l’affaissement sur de panneaux photovoltaïques dynamiques sur un hectare de jeunes ceps de carignan, plantés à Terrats (Pyrénées-Orientales) en janvier 2025 dans une parcelle expérimentale de 6,5 ha (3,5 ha de panneaux solaires au-dessus de la culture et 3 ha de vigne témoin). Ce mois de février, « la structure s’est écroulée, elle est tombée au sol comme un château de cartes. Les pieux* ont plié sous la force du vent et tout est tombé » rapporte Jonas Dubois, le chef d’exploitation du domaine Solaspres (groupe Nos Terroirs solaires), décrivant une structure de panneaux solaires en hauteur, à 5 mètres pour laisser passer les engins viticoles d’envergure (comme les machines à vendanger).
« Les poteaux sont tous les quatre rangs de vignes et se sont écroulées sur les rangs qui ne sont pas plantés. Quelques souches sont touchées, mais comme elles sont petites et au ras du sol il y a peu de dommages à part le palissage et le goutte-à-goutte qui sont endommagés » précise Jonas Dubois, qui voit cependant les risques de concurrence hydrique et de décrochage sanitaire s’accroître en ce début de millésime 2026 faute de pouvoir intervenir, comme les expertises en cours gèlent les interventions possibles sur la parcelle. Dont les panneaux solaires avaient bien été mis en position de sécurité dès la veille des rafales de vent (panneaux à plat ou inclinés à 5° pour éviter les prises au vent dès qu’il souffle à plus de 50 km/h). Contrairement à d’autres sites d’essais agrivoltaïques dans le Roussillon où des panneaux se sont simplement décrochés de leurs structures, occasionnant des dégâts réduits par exemple à Malves-en-Minervois et Lézignan-Corbières (Aude).
Relevé comme « la fable de l’agrivoltaïsme emportée par la bourrasque » par les opposants au projet dans Roussillon (Confédération Paysanne des Pyrénées-Orientales et Coordination Nationale Photorévoltée), cet hectare d’ombrières photovoltaïques effondré sur le vignoble qu’il devait protéger s’explique par la puissance exceptionnelle des vents de la tempête Nils d’après l’exploitant énergétique de la parcelle, le porteur Sun'Agri (filiale du groupe Eiffage** pilotant 71 sites agrivoltaïques dans les vignobles de l’Aude, des Pyrénées-Orientales et du Vaucluse). « La tempête Nils est un phénomène exceptionnel. Des rafales de vent à plus de 150 km/h ont soufflé plus de 10 heures de suite, avec un maximum à 180 km/h. Des données jamais mesurées sur cette station météo » souligne Cécile Magherini, la directrice générale de Sun'Agri, pointant qu’« aujourd’hui, on peut dire que ce qui est à l’origine du sinistre est le caractère exceptionnel [de la tempête Nils], il n’y a pas de problèmes de conception ».
Si des dégâts impressionnants ont été rapportés (arbres tombés, lignes électriques coupées, station Météo France envolée à Thuir…), l’effondrement du tiers de la structure métallique du site de Terrats sort du lot : « sur nos sites, c’est le seul présentant ces dégâts. Les poteaux se sont affaissés sur la parcelle. En cas de vents violents, les panneaux font fusibles et se détachent. Là, cela a touché les structures, ce qui n’est pas prévu » détaille Cécile Magherini, indique que le site de Terrats est dimensionné et prévu pour tenir des vents de 120km/h. Alors que les terres argileuses de la parcelle étaient gorgées d’eau par les pluies de l’hiver 2026 (après trois millésimes de sécheresse culminant en 2025), les experts de Sun’Agri et de ses assurances doivent désormais diagnostiquer l’origine du sinistre.
Un temps suspendu par les procédures alors que le vignoble est actuellement explosif, les vignes débourrant avec 2 à 3 semaines d’avance dans les Pyrénées-Orientales. « Il y a de l’eau et il fait chaud, il y a beaucoup d’opérations à mener, alors que l’on ne peut pas rentrer dans la parcelle » constate Jonas Dubois, qui voit ces jeunes vignes développer leurs deuxièmes feuilles : « si à ce stade on ne peut pas désherber et entretenir, un stress hydrique potentiel va être préjudiciable pour ces souches » Rappelant qu’il faut intervenir en sécurité pour conduire le vignoble, Cécile Magherini indique que la décision de retirer la structure tombée, à la fois métallique et électronique, les modalités de reconstruction, totale ou partielle, et la possibilité de reprendre les travaux viticoles sont suspendues aux expertises en cours. Ainsi que leurs conclusions d’indemnisation.
L’intégralité de la parcelle agrivoltaïque de 3,5 ha ayant représenté un investissement de 4 millions €, les réparations représenteraient 1 à 2 millions d’euros. « Notre volonté est de réparer. L’enjeu est de tirer les enseignements » résume Cécile Magherini, qui défend face aux critiques un effet protecteur des ombrières dynamiques et photovoltaïques (contre la canicule et le gel dans la protection des rendements). « L’essence même des panneaux agrivoltaïques est la résilience au changement climatique, qui est aussi constitué d’événements exceptionnels (comme la tempête Nils). Je considère les questions légitimes, on ne s’y soustraira pas » conclut-elle.
* : Il s’agit de pieux battus à 1,5 mètre de profondeur.
** : Depuis le rachat de Sun’Agri en 2022, notamment à son fondateur Antoine Nogier qui possède le groupe Nos Terroirs Solaires dont fait partie le domaine Solaspres.

Avant la tempête. La parcelle de Terrats a été plantée à 4 130 plants/hectare, avec une densification pour compenser les rangs non-plantés (2,15 m x 0,9 m). Photo : domaine Solaspres.

Après les coups de vent de Nils. Photo : domaine Solaspres.




