e millésime 2026 est lancé dans le Midi ! À Fitou et ses alentours, « quasiment partout les bourgeons sont dans le coton. Ils sont déjà ouverts sur les muscats avec 2 à 3 feuilles étalées. C'est une avance de 15 jours à trois semaines » rapporte le vigneron audois Jean-Marie Fabre, le président des Vignerons Indépendants de France, qui défend un investissement de 4 milliards d'euros pour sécuriser physiquement 400 000 hectares de vignoble contre les aléas climatiques. Le risque de dégât gélif commençant tôt : « on a aujourd'hui une telle avance que malheureusement on peut craindre un gel dévastateur. Il faut passer d'une politique d'indemnisation à une politique de prévention contre les aléas. Aucun vignoble ne peut plus prendre de risque. »
Cette précocité inquiète déjà les esprits vignerons du Languedoc et du Roussillon, tous les travaux de taille n'étant pas bouclés, et toute l'eau d'un hiver pluvieux n'ayant pas été absorbé. Ces dernières années « on n'avait pas assez d'eau, maintenant on en a trop. Le problème, c'est qu'il n'a pas fait assez froid cet année, la température des sols n'a pas baissé » soupire le vigneron Henri Cases, à la tête du domaine Saint-Martin (150 hectares de vignes à Leuc en IGP Pays d'Oc cité Carcassonne, Aude). Achevant ses travaux de taille cette semaine, il voit débourrer ces parcelles taillées le 20 novembre : chenanson, malbec et merlot, « tout ce que l'on a taillé de bonne heure dans les endroits à l'abri. On n'est pas sur feuille, on est sur le débourrement » indique le vigneron, pour qui désormais « on n'est pas à l'abri d'un gel fin mars ou début avril. Si une gelée tombe, c'est une catastrophe pour la région. Ce serait la loi des séries après la grêle, la canicule? » Même inquiétude dans l'Hérault : « on a des pieds de chardonnay qui sont déjà au-delà du bourgeon éclos, avec 15 jours à 3 semaines d'avance. C'est très inquiétant » rapporte depuis le Pic Saint-Loup le viticulteur Jérôme Despey, qui préside la Chambre d'Agriculture de l'Hérault.
Crainte gélive
C'est la vague de chaleur de la fin février-début mars qui déclenche le mouvement des bourgeons rapporte Gabriel Ruetsch, le responsable du service agronomie de l'union coopérative des Vignobles Foncalieu (5 000 ha de vignes l'Aude et l'Hérault). « Nous sommes le 4 mars et l'on a des bourgeons dans le coton avec 2 semaines d'avance par rapport à la normale sur des chardonnay et des grenache gris » indique l'ingénieur agronome, qui craint également un épisode de gel, sachant que l'eau dans les sols peut réduire le risque de gel radiatif de la baisse des températures au sol (mais pas le gel advectif, d'une arrivée de masse d'air froid).
Dans les secteurs précoces du Roussillon, l'avance du débourrement va jusqu'à 3 semaines, sans aller jusqu'aux feuilles étalées, pointe Olivier Barberousse, conseiller viticulture à la Chambre d'Agriculture des Pyrénées-Orientales, qui note des zones plus tardives sur le point de débourrer : « ça ne va pas tarder ». D'après le réseau d'une centaine de parcelles suivies chaque année, en 2025 la date de débourrement moyenne était le 30 mars, en 2024 elle était au 24 mars? Sur les 10 dernières années, la date la plus précoce était le 15 mars en 2020, qui avait été une année pluvieuse, et à forte pression mildiou souligne Olivier Barberousse. Se préparant à une nouvelle « année atypique », « ne ressemblant à aucune autre », le technicien confirme les inquiétudes gélives, mais note un point positif : « il y a de l'eau. Après trois années de sécheresse, c'était inespéré. On n'était plus habitué à ce que les tracteurs ne passent pas dans toutes les vignes. Ça n'était pas arrivé depuis des année ! » Ce qui entraîne des retards sur la gestion de l'enherbement, pour le passage des interceps ou du désherbage, mais les prochaines pluies pourraient pousser à retarder ces travaux pour préserver la portance des sols.
Ailleurs sur le pourtour méditerranéen, on relève çà et là des cas particuliers de vignes précoces et de plantiers qui démarrent plus tôt, mais sans débourrement encore nettement précoce et global. La météo des prochains jours et semaines seront décisifs, en termes de température et de pluie, ayant un impact sur la gestion du début de campagne (pour piloter le travail du sol, mais aussi la pression mildiou). « Je ne suis pas prêt à un millésime qui commence aussi fort et aussi tôt, il va falloir que ça se calme » glisse une vigneronne catalan profitant des pistes de ski en cette période de vacances scolaires.




