vec ses 9 000 hectolitres, la coopérative du GICB-Terres des Templiers (groupement interproducteur de Collioure Banyuls) est le poids lourd du cru Banyuls-Collioure, dont elle produit la moitié des volumes. Un poids devenu avec le temps trop important au regard d’une production en décroissance continue, et d’un endettement insupportable pour les finances de l’entreprise, dont le chiffre d’affaires avoisine à présent les 10 millions € (M€). « L’entreprise est en plan de sauvegarde depuis 2014, et la dette atteint aujourd’hui les 21 millions € », assène Laurent Barreda, président de la coopérative catalane depuis 2019.
S’il reste soumis à un vote de validation en conseil d’administration, le président prévient donc que la demande de placement de l’entreprise en redressement judiciaire n’est plus qu’une question de jours, après qu’il ait fait parvenir un courrier prévenant les 350 adhérents de la cave de la situation. Ce qui signifie donc, au regard de la procédure française de placement en redressement judiciaire, que l’entreprise est en cessation de paiements. « Le GICB est mort en tant que structure coopérative, la dette est trop lourde », indique un Laurent Barreda qui n’y va pas par quatre chemins et qui explique néanmoins être optimiste quant à la possibilité de « repreneurs pour les actifs de production de l’entreprise, les marques et l’image, nous avons déjà des contacts, mais ce ne sera plus la structure coopérative qui pilotera ».
Malgré ce coup dur, le président du GICB espère donc une continuité de l’activité de production pour « nos adhérents professionnels, soit une soixantaine de nos 350 coopérateurs, et qui produisent à eux seuls 80 % de nos volumes ». Une partie de la dette, environ 6 M€, est d’ailleurs vouée à la rémunération des coopérateurs, qui reçoivent chaque année 30 % de la valeur de la récolte qu’ils ont livrée à la cave. « Le reste de la dette se ventile entre le remboursement de l’investissement du chai du Mas Ventous, (où la cave vinifie depuis 2011 pour un coût de 12 millions €, ndlr), et 9 M€ de dettes financières contractées auprès des banques », assène Laurent Barreda. La région Occitanie a en outre apporté une avance remboursable de trésorerie de 750 000 € en 2019.
Historiquement endettée, la cave n’a pu supporter la forte baisse de production qui est venue se superposer depuis la réception du chai du Mas Ventous en 2011, où elle produisait encore 30 000 hl. « Le chai était calibré à 21 000 hl, mais la baisse de production n’a fait que s’accentuer, mais les coûts sont restés. Nous avons 500 000 € de remboursement de dettes chaque année en août, 500 à 600 000 € de manque de trésorerie à cause de la sous-activité, et 600 000 € de pertes sur le fonctionnement annuel du Mas Ventous », liste Laurent Barreda, qui rappelle les 50 salariés de cave et administratifs du site. Il ajoute à cela l’important coup d’arrêt « du partenariat avec Vica qui au lieu de nous acheter 1 million € de vins par an, est descendu à 250 000 € cette année ». Conscient du poids de cette dette pour tout éventuel repreneur, le président du GICB souhaite que le placement en redressement judiciaire « permette de préserver les 2,5 millions € nécessaires à la rémunération des adhérents pour l’année ».
Contacté par Vitisphere, le maire de Banyuls-sur-Mer Jean-Michel Solé, ancien président du GICB de 2004 à 2012, exprime « sa peine de voir les vignerons de la cave dans une situation si difficile en espérant qu’une solution pourra être trouvée ». Il rappelle l’endettement dans lequel il avait déjà récupéré le GICB en arrivant à sa présidence et l’obligation de la construction de la cave du Mas Ventous. « La précédente cave de la Banyulenque était dans un état de délabrement tel que les services de l’Etat ne nous avaient pas laissé d’autre choix que de déménager. Nous avions vendu pour 3 M€ de bâtiments, l’Etat avait subventionné 6 M€ et la région 600 000 €. Le GICB n’avait donc emprunté que 3 M€ sur les 12 M€ du coût total. La dette était montée à 12 M€ mais à un moment où nous réalisions encore 35 M€ de chiffre d’affaires. La chute de production et des débouchés commerciaux n’a rien arrangé », situe Jean-Michel Solé.



