as d’éviction de la direction, mais de nouvelles tensions. Se tenant ce jeudi 8 janvier à Singapour, l’assemblée générale de la société de gestion des investissements du groupe Castel, Investment Beverage Business Management (IBBM, une holding du groupe Castel et de DF Holding), devait voir la révocation d’un de ses administrateurs, Gregory Clerc (41 ans), le PDG du groupe pesant sur les vins de France (le mastodonte Castel-Vins, englobant 23 propriétés, 6 négociants et 3 metteurs en marché), les bières et boissons gazeuses en Afrique (Castel Afrique) et de l’agroalimentaire en Afrique (Somdia). C’était du moins le plan de bataille de la famille Castel, affirmant en début de semaine sa volonté de mettre un terme à « une crise de gouvernance » pour reprendre en main le groupe fondé en 1949 à Bordeaux par Pierre Castel (99 ans). Menant la fronde, sa fille Romy Castel (51 ans) et son neveu Alain Castel (65 ans) annoncent dans un communiqué publié ce 8 janvier en début de matinée qu’« en dépit du fait que près de 97 % des actionnaires ont exprimé leur volonté de révoquer le mandat d'administrateur de Gregory Clerc, Pierre Baer, président d'IBBM, a multiplié des arguties pour empêcher ses actionnaires d'exercer leur droit de vote. »
Pas de démission pour Gregory Clerc, mais un coup de sang pour la famille Castel : « en raison de ces manœuvres dilatoires, une nouvelle assemblée générale sera convoquée dans les meilleurs délais, avec comme ordre du jour la révocation de Pierre Baer et de Gregory Clerc ». Prenant de l’ampleur, la contestation familiale des mandataires des holdings pilotant le groupe Castel va prendre le chemin des tribunaux : « les actionnaires qui n'ont pas pu exercer leur droit de vote ont décidé d'engager une procédure judiciaire auprès des autorités singapouriennes pour mettre un terme aux manœuvres dilatoires et sans aucun fondement juridique de Pierre Baer ». Ambiance pour la nouvelle année.
Réagissant à l’issue de l’assemblée générale d’IBBM dans un communiqué du groupe Castel diffusé ce début d’après-midi, Gregory Clerc indique rester « pleinement engagé dans l’exercice de ses fonctions de directeur général du groupe Castel / DF Holding » et vouloir continuer « son action sans changement de cap, dans le strict respect du cadre légal et réglementaire ». Précisant ne pas avoir d’actions IBBM (et donc ne pas y avoir de droit de vote), le directeur du groupe Castel « déplore que circulent des informations fausses ou tronquées qui viennent nuire à la réputation globale du groupe au moment même où il adopte les meilleurs standards internationaux en matière de conformité, et à la sienne ». Dans un mail de Gregory Clerc aux 43 000 employés du groupe, le directeur est plus frontal dans sa réplique à la famille Castel, en défendant le bilan de sa gouvernance par de bons résultats financiers et le résultat du cadre voulu par le fondateur, Pierre Castel.
Précisant dans ce courrier consulté par Vitisphere que « ces sujets [de gouvernance] ne concernent en rien le fonctionnement opérationnel, le management ni la trajectoire stratégique du groupe Castel », l’avocat fiscaliste souligne que le fonds IBBM « est administré par des trustees professionnels indépendants, conformément aux statuts et à l’architecture voulus par le fondateur, Pierre Castel. Cette organisation, mise en place dès 1992, repose sur un principe fondamental : la stricte dissociation entre la détention du capital et la gestion opérationnelle. Elle vise à garantir la stabilité, la continuité et la vision de long terme du groupe, indépendamment des prises de position conjoncturelles des uns ou des autres ou des évolutions de contexte. » Une séparation des pouvoirs qui aboutit à une « captation du pouvoir » pour la famille Castel qui veut y « mettre fin » et « rétablir une nouvelle gouvernance fondée sur l’éthique, la transparence, mais aussi l’expérience du terrain ». Une critique de Romy et Alain Castel étant que Grégory Clerc suit une stratégie de performance financière et non d’investissement industriel pour l’avenir du groupe.
Affichant dans son mail aux employés que le groupe Castel surperforme dans le contexte mondial actuel (+9 % de chiffre d’affaires et +7 % de ventes en volume sur toutes les filières), Grégory Clerc revendique aussi la mise en conformité réglementaire du groupe. Notamment « les chantiers de régularisation fiscale et sociale, dont un dossier majeur traité avec le Service de la Mise En Conformité (SMEC) de la Direction générale des finances publiques française (Dgfip), relatif à des périodes antérieures à ma prise de fonctions » indique l’avocat fiscaliste. Challenges ayant annoncé qu’un redressement fiscal pouvant avoisiner le milliard d’euros pourrait cibler le groupe. Dans tous les cas, Grégory Clerc affiche sa sérénité dans son mail aux salariés, indiquant que même sorti d’IBBM, cela n’aurait pas d’impact sur son poste de PDG du groupe et ses mandats (la famille Castel en recense 31). Pour Gregory Clerc dans le communiqué du groupe Castel, sa « responsabilité reste inchangée : garantir la performance durable du groupe et la cohérence de sa trajectoire stratégique, dans le respect des principes fondateurs qui structurent son organisation ».




