esté pendant 4 ans par l’université de Bordeaux et l'INRAe, le système d’assurance "verte", « pour couvrir les pertes éventuelles liées à l’utilisation d’un OAD (Outil d’Aide à la Décision) développé par l’IFV (Institut Français de la Vigne et du Vin) pour réduire l’usage des fongicides en viticulture », annonce des résultats à la hauteur des attentes qu’il pouvait susciter. Opéré en collaboration avec l’IFV, Groupama, et les coopératives viticoles de Tutiac (Gironde) et Buzet (Lot-et-Garonne), ce test vise à évaluer un dispositif pensé « pour inciter les agriculteurs à expérimenter de nouvelles pratiques », pose un communiqué du groupe de recherche coordonné par Cécile Aubert, économiste de l’université de Bordeaux, et Yann Raineau, chercheur de l’Inrae.
« Les résultats, publiés dans European Review of Agricultural Economics, montrent que la sécurité apportée par l’assurance permet aux viticulteurs de tester l’OAD sur une période suffisamment longue pour estimer sa qualité. Les viticulteurs ont réduit l’usage des fongicides de 30 à 50 %, l’outil a pu être amélioré grâce à leurs retours, et l’assureur a enrichi sa connaissance des risques associés », assure les auteurs de cette étude de quatre années. En effet, face à la fiabilité incertaine d’un nouvel OAD, « un échec précoce peut suffire à écarter définitivement un agriculteur » de son utilisation. C’est là tout l’enjeu de ce contrat d’assurance verte inédit, conditionné à l’utilisation de cet OAD pour en sécuriser l’utilisation. « Subventionné en grande partie par la région Nouvelle-Aquitaine dans le cadre du programme VitiREV, les viticulteurs étaient dédommagés des pertes éventuelles de production liées aux maladies par l’assurance à condition qu’ils aient suivi toutes les recommandations de l’OAD, avec une franchise de 5 % », tracent les coordinateurs du test. Des montants indicatifs de cotisation et d'indemnisation ne peuvent être tirés de ctte expérimentation, car « il n'existe pas à l'heure actuelle de produit commercial identique. Les contrats doivent être adaptés aux conditions des exploitations, et par ailleurs, les assureurs manquent de statistiques pour calculer les cotisations », explique Cécile Aubert à Vitisphere.
Sur les parcelles en expérimentation, soit 75 ha environ par an, conduites en agriculture biologique ou en conventionnel, « les pertes de productions liées aux maladies sont restées en-dessous des 5 % les 3 premières années », souligne le rapport. En conséquence de ces résultats encourageants, les coopératives ont étendu la surface expérimentée, pendant que l’assureur a réduit les cotisations. La dernière année, « une des parcelles a subi d’importantes pertes de production, ce qui a donné lieu au versement d’indemnités par l’assureur », soulignent les rapporteurs, qui ajoutent que grâce à cette sécurisation de l’utilisation de l’OAD, « le système est devenu progressivement plus efficace et moins coûteux à assurer ».
Le risque de pertes reste néanmoins réel, avec une prédiction de bonne dose au bon moment qui ne peut être infaillible, les auteurs de l’étude soulignent donc le « facilitateur important » que constitue ce type d’assurance « pour inciter les agriculteurs à expérimenter de nouvelles innovations et pratiques pour réduire l’usage des pesticides ». Les pertes constatées sur la parcelle « en 2022, année de pression faible, avec une perte de 80 % sur 20 ha, sont probablement liées à un capteur pluviométrique défectueux, conduisant à ne pas traiter, souligne la sensibilité des OAD aux données entrées, et la valeur de la surveillance des vignes. Mais cela a permis de rendre le protocole plus robuste et plus prudent, en le modifiant pour que la valeur la plus élevée soit toujours retenue. De telles améliorations de l'OAD ne sont possibles que s'il est utilisé en conditions réelles. L'assurance est nécessaire pour protéger contre des risques irréductibles », rapporte Cécile Aubert.
Des travaux complémentaires ont également été menés à l’échelle nationale pour mesurer l’intérêt des viticulteurs français pour ce type d’assurance. « Entre 48 et 60 % des 412 viticulteurs interrogés se disent prêts à souscrire à une assurance verte », posent les coordonnateurs de l’étude, en précisant qu’une préférence est constatée pour des indemnisations sur la base de l’évaluation des pertes réelles par un expert, plutôt qu’une assurance indicielle basée sur l’indice de pression fongique local mesuré sur des vignes témoins.




