Cet accord de libre-échange constitue une avancée majeure pour libérer le potentiel de l’un des marchés de consommation les plus vastes et à la croissance la plus rapide au monde », a souligné Philip Gregan, directeur de New Zealand Winegrowers (NZWG), l’organisme néo-zélandais qui fédère plus de 600 viticulteurs et 700 caves de vinification. Le responsable professionnel y voit « le signal que le marché indien s’ouvre, ce qui va encourager les entreprises vinicoles à y renforcer durablement leur engagement au cours de la décennie à venir ».
Droits de douane fortement revus à la baisseEt c’est bien à l’échelle d’une décennie que se joue cet accord pour le secteur vitivinicole néo-zélandais. Selon les termes de l’ALE, dont la signature est attendue au premier semestre 2026, les droits de douane indiens sur les importations néo-zélandaises passeront progressivement de 150% à 25 ou à 50% selon la valeur des produits sur une période de dix ans. La Nouvelle-Zélande bénéficiera en outre d’une clause dite de la « nation la plus favorisée », garantissant que tout avantage tarifaire accordé par l’Inde à un autre partenaire commercial dans le cadre d’un accord de libre-échange sera automatiquement étendu aux vins néo-zélandais. Autre atout mis en avant par NZWG : une visibilité accrue à long terme sur le marché indien, offrant aux entreprises les conditions nécessaires à une planification stratégique « en toute confiance ».
+50% des importations en 2025Pour l’heure, l’implantation de la filière vitivinicole néo-zélandaise en Inde demeure modeste. En 2025, la valeur des exportations de vins restait inférieure à 300 000 dollars néo-zélandais (environ 150 000 euros), sur un montant global de quelque deux milliards $NZ. Mais les bénéfices déjà tirés d’un accord similaire par l’Australie voisine laissent entrevoir un potentiel de rattrapage significatif pour les exportateurs néo-zélandais, d’autant plus que la trajectoire économique de l’Inde paraît solidement engagée, entraînant dans son sillage une classe moyenne consommatrice en expansion. Le développement parallèle de l’oenotourisme, de l’éducation autour du vin et de la sommellerie, ainsi que la modernisation des circuits de distribution constituent autant de signaux positifs pour le marché du vin en Inde. Les données relatives au premier semestre de 2025 confirment cette dynamique : selon les chiffres des douanes indiennes, les importations de vins ont progressé de 50% en volume (+21% en valeur), une croissance portée par les vins conditionnés, y compris en bag-in-box.
Quid de l’ALE entre l’Union Européenne et l’Inde ?Pour autant, l’accès au marché indien reste limité par des droits de douane élevés, une fiscalité dissuasive dans certains Etats et une préférence marquée des consommateurs en faveur des spiritueux et de la bière. De même, le marché demeure dominé par la production locale, qui détient entre 75% et 80% des volumes commercialisés, limitant mécaniquement la place des vins importés. Malgré ces obstacles, le marché indien reste un marché très convoité, notamment dans un contexte où des marchés auparavant porteurs comme les Etats-Unis ou la Chine connaissent un ralentissement. C’est la raison pour laquelle la conclusion de l’ALE entre l’Union Européenne et l’Inde est attendue avec impatience par les exportateurs européens en général et français en particulier. Alors que l’accord entre Wellington et New Delhi a été négocié en un temps record de neuf mois, celui entre Bruxelles et la capitale indienne traîne depuis 2007, même si les négociations sont désormais entrées dans leur phase finale. Le ministre indien du Commerce, Piyush Goyal, doit se rendre à Bruxelles les 8 et 9 janvier pour rencontrer son homologue européen Maro? ?efčovič, en amont d’un sommet EU-Inde prévu fin janvier. Dans un contexte de concurrence mondiale accrue, l’issue de ces accords déterminera non seulement la capacité des exportateurs à s’implanter durablement sur ce terrain de jeu stratégique à l’international, mais aussi la hiérarchie future des pays exportateurs.




