’est le fardeau des cultures pérennes en général, et de la viticulture en particulier : planter entraîne des conséquences pour les décennies à venir, et les crises d’aujourd’hui sont souvent le reflet des choix des générations précédentes. Et l’ODG des Hautes-Côtes de Beaune et Hautes-Côtes de Nuits, appellations régionales de Bourgogne, semble en avoir une conscience aiguë.
“Aujourd’hui nous sommes à 1 800 ha de vignes plantées, pour un total de 4 600 ha en aire d’appellation. Ce réservoir de terres disponibles attire à l’extérieur, car nous sommes dans un secteur froid, moins sensible aux canicules et au gel, avec des terres disponibles, et surtout abordable par rapport aux villages voisins comme Puligny ou Vosne. Ces dernières années, notre vignoble planté croit d’une quarantaine d’hectares par an”, expose Nicolas Thevenot, président de l’Organisme de Défense et de Gestion (ODG). “Or parmi les secteurs encore disponibles, 85 % sont désormais classés Natura 2000, et n’obtiendront jamais l’autorisation de planter. D’autres sont trop pentus et peu mécanisables, d’autres trop sensibles à la sécheresse… Il fallait clarifier et planifier les choses pour tout le monde : vignerons locaux, investisseurs et administration.”
D’où le projet novateur et lancé cette fin d’année, nommé Horizon Hautes-Côtes. “L’objectif est de créer une cartographie exhaustive de l’aire d’appellation, indiquant pour chaque parcelle l’état des lieux au niveau de la réglementation environnementale, ainsi que le potentiel agronomique dans un contexte de réchauffement climatique”, détaille Boris Champy, membre de l’ODG et responsable du projet. “Une fois réalisée, elle servira d’outil d’aide à la décision aux professionnels désirant développer leur vignoble dans l’appellation. L’idée n’est pas de planter plus ou moins, mais de planter mieux.”
Vers une révision de l’aire d’appellation
Budget : un peu plus de 100 000 €, en grande partie financés par la région et l’interprofession. “Nous nous appuyons sur une commission composée de 12 vignerons de l’ODG et d’une animatrice en interne. Et nous faisons appel à deux prestataires : Adama terroirs viticoles, qui réalisera la carte pédologique, et Vineis Projet qui réalisera l’étude climatique. Quant à la partie réglementaire, nous travaillons de concert avec les animateurs Natura 2000, la Direction Départementale des Territoires (DDT), la Direction régionale de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement (Dreal), l’Institut National de l'Origine et de la Qualité (Inao) et la Société d'aménagement foncier et d'établissement rural (Safer)”, indique Boris Champy.
Avec cette cartographie, l’ODG compte fournir “un paquet tout ficelé à l’INAO, pour travailler à une révision de l’aire d’appellation Hautes-Côtes, avec un nombre important de parcelles amenées à en sortir”. Quand d’autres pourraient y entrer. “Nous allons étudier certaines zones hors appellation afin de jauger l’opportunité de les intégrer. Notamment celles situées au-delà des 450-500m d’altitude, la limite actuelle. Est-ce qu’à cette hauteur il y a un potentiel face au dérèglement climatique? Est-ce qu’au contraire le gel y sera trop menaçant? Nos prestataires vont se pencher sur la question.”
Déjà des effets positifs
En parallèle, le projet doit affiner la politique d’aménagement des parcelles de l’ODG. “La cartographie va aider à dire ce qui peut être défriché ou non. Exemple : dans telle parcelle un sapin devra rester en place car il se situe sur un corridor de biodiversité, alors que dans la parcelle d’à côté, le même sapin pourra être arraché. De manière générale, nous souhaitons éviter de développer 100 % des surfaces plantables : conserver une haie, un morceau de pelouse calcaire, deux ou trois beaux chênes, un meurger etc… C’est le bon sens qui devra primer : évacuer un tas de cailloux, au-delà de la perte pour la biodiversité, cela peut coûter très cher”, résume Boris Champy.
Le projet doit durer deux ans avant restitution. Mais pour Nicolas Thevenot, il commence déjà à porter ses fruits. “Jusqu’ici, le vigneron qui voulait planter avec un avis de l’INAO, une autre de la DDT, etc. Cela devenait compliqué. En mettant tout le monde autour de la table, le dialogue est rétabli et les règles semblent déjà plus claires.”




