assera-t-on de la surproduction de vin à la surcorrection par l’arrachage de vigne ? C’est le paradoxe du moment dans la filière vin ! S’il y a bien un consensus, global à défaut d’unanime, sur la nécessité d’arracher les parcelles viticoles sans rentabilité et de permettre un départ aidé, à défaut de digne vu l’aide évoquée de 4 000 €/ha, à ceux en fin de carrière ou à bout de nerfs face à la crise. Mais on entend monter la crainte qu’en réduisant trop le vignoble, la filière ne retournerait pas à l’équilibre entre l’offre et la demande, mais basculerait dans le déséquilibre. De l’excédentaire au déficitaire ? « Nous ne sommes pas encore dans le manque, c’est certain, mais je ne sais pas si un jour ça ne pourrait pas arriver» note ainsi Damien Gilles pour les Côtes-du-Rhône. Alors que la plantation d’une parcelle viticole se projette sur des décennies, la filière vin pèse et soupèse logiquement des décisions aux conséquences aussi brutales que définitives qu’un arrachage. L’argument qu’il est urgent de ne pas se presser tient pour beaucoup à la crainte que la bascule du trop-plein au trop peu se ferait au profit d’autres vignobles, ces fameux voisins qui regardent arracher pour valoriser leurs propres parcelles… Ce fameux mythe des highlanders : à la fin il n’en restera vin…
Une crainte de faire la sale besogne pour les autres, que l’on entend aussi bien en Occitanie (Languedoc et Sud-Ouest) qu’en Californie, la douceur angevine poussant à n’envisager d’un arrachage y allant mollo mollo… Un rythme allegro ma non troppo difficile à tenir quand les tensions de trésorerie s’emballent et que l’on peut vite arriver à la conclusion de la partition sans tambour ni trompette. Cette crainte d’une surcorrection des volumes produits par rapport aux marchés, on l’entend depuis les premières aides à l’arrachage à Bordeaux : il y a quelques temps déjà, et pour l’instant le renversement espéré n’est pas venu. Car la réduction volumique de l’offre ne permet pas l’adéquation qualitative avec la demande, comme l’explique Jean-Marie Fabre des Vignerons Indépendants. Il ne faut pas confondre baisse quantitative de la production et réponse qualitative à la demande : même avec une pénurie, des vins peuvent ne pas trouver preneur. Ou du moins pas à un niveau valorisé. Patience n'est pas mère de sureté, car à force d'attendre que les autres arrachent, on peut basculer du chien de faïence à la défaillance.
Alors que faire ? Individuellement, les reports de décision d’arrachage ne peuvent plus durer éternellement : ce millésime 2025 a fait mal par son coût de production, ses petits rendements et son désenchantement commercial. De quoi en pousser dans le vignoble à espérer un manque rapide de vins produits pour que les cours du vrac repartent à la hausse et fassent payer au négoce les prix indécents actuels… À croire que la filière n’apprend pas du passé et de ce jeu délétère de yo-yo tarifaire perdant durablement les marchés. Concertation et contractualisation restent des objectifs collectifs constructifs, pouvant s’appuyer sur des outils de prix d’orientation se diffusant et se construisant actuellement afin de réfléchir à la rentabilité de chaque maillon. De quoi en finir avec l’arrachage bête et méchant pour passer à l’arrachage de raison ?



