nsemble réglementaire touffu, le paquet vin débattu ce mercredi 5 novembre en commission de l’Agriculture du Parlement européen (Comagri) comporte de nombreuses avancées espérées et saluées par la filière des vins français, mais il s’en est fallu d’un cheveu pour qu’une mesure horrifiant les vignerons hexagonaux soit adoptée. Trois amendements venus d’Italie demandaient l’évolution des règles de production des vins à Indication Géographique Protégée (IGP), pour que la règle du 85/15 applicable aux raisins soit élargie aux vins. Si la France se l’interdit, la réglementation européenne permet actuellement aux États-membres le souhaitant, comme l’Italie, de réduire jusqu’à 85 % la part de raisins provenant de la zone géographique d’une IGP et de s’approvisionner jusqu’à 15 % en dehors de cette aire, tout en restant dans l’État membre en question.
La proposition italienne d’amendement au paquet vin consistait à remplacer l’actuelle limite à 15 % de « la récolte de raisins ne provenant pas de la zone géographique » par « les vins ne provenant pas de la zone géographique ». Un casus belli pour les Indications Géographiques (IG) à la française. Si la règle actuelle du 85/15 tend à rapprocher les IGP l’autorisant à des produits agroalimentaires plus qu’à des vins, le recours à des raisins impose une vinification dans l’aire IGP et donc un certain lien technique et humain à son territoire. L’élargissement au vin distendrait ce lien déjà réduit pour les défenseurs français des IG. Cette lecture a été partagée par les eurodéputés en Comagri, qui ont rejeté les trois amendements venus d’Italie.
« C’est un énorme soulagement. Ça aurait été la disparition des IGP » réagit Gérard Bancillon, le président de la Fédération des Vins à IGP (Vin IGP), qui comprend le fond de la demande venue du négoce italien (« ils ont des marques établies sur des profils demandés, ils vendent plus qu’ils ne produisent sur certains marchés »), mais la juge trop court-termiste : « une telle extension de l’IGP serait nier le sens des signes de qualité et d’origine. On se priverait de la confiance des consommateurs et on tuerait les producteurs qui ont galéré pendant des années pour mettre en place des IGP pour aller se fournir ailleurs…Ce serait une spoliation ! » Hors de question donc pour Gérard Bancillon d’étendre le dispositif : « quelle serait la légitimité à se réclamer d'une IGP ? Si ces gens étaient honnêtes, ils s’assiéraient sur l'IGP, parce que là, c'est une logique de marque qui tend à la tromperie du consommateur. » Après le vote en Comagri, le viticulteur gardois souligne la mobilisation de toute la filière, au-delà des IGP, pour convaincre les eurodéputés n’ayant pas conscience des tenants et aboutissants d’une telle évolution.
Alarme collective
La Confédération Nationale des producteurs de vins et eaux de vie de vin à Appellations d'Origine Contrôlées (CNAOC) est ainsi montée au créneau face à un premier coup de canif pouvant conduire à d’autres évolutions réduisant à néant les concepts d’IG, d’IGP et même d’AOP. Alors qu’avec les amendements proposés il aurait été « possible d’aller chercher des vins hors de la zone de l’IGP, voire des vins sans IG, qui pourraient ensuite revendiquer le statut d’IGP », Jérôme Bauer, le président de la CNAOC pointe qu’« en adoptant cette nouvelle définition, non seulement cela entraînerait des répercussions majeures sur la typicité et la qualité des vins IGP, mais également sur l’économie de nombreuses régions actuellement productrices de vins IGP au sein de l’Union Européenne ». La mise en concurrence avec d’autres vignobles « accentuerait la pression sur les prix des vins et pénaliserait les productions qui se sont efforcées de développer une viticulture plus durable » alerte le vigneron alsacien, y voyant « une concurrence déloyale entre les opérateurs de vins IGP au regard des règles plus restrictives que leur État membre s’est fixé, et contribuerait à décrédibiliser la notion même d’IGP auprès des consommateurs ».
L’histoire n’est pas finie
Les trois amendements ayant été écartés du paquet vin présenté au Parlement européen, ils ne devraient pas revenir lors des discussions en trilogue, la Commission et le Conseil s’étant a priori montrés peu enclins à se mobiliser sur ce sujet. Dossier classé ? Jusqu’à la prochaine fois : le sujet revenant de manière inlassable, la filière italienne souhaitant cette évolution, l’ayant déjà portée en vain en juin 2023, lors de la la révision du règlement sur les IG. Quand ça ne veut pas...




