'est la fin d'une anomalie. Contrairement à toutes les autres appellations de Gaillac, le primeur était la seule à ne pas intégrer de cépages locaux. Depuis, le 11 septembre, date de publication de la nouvelle version du cahier des charges au journal officiel, l'anomalie a été rectifiée. Le gaillac AOC primeur peut désormais être élaboré avec le duras, un cépage local, en plus du gamay.
En effet, les vignerons du Tarn défendent depuis plusieurs années leurs cépages locaux. La publication du 11 septembre officialise également le changement du cahier des charges de l'AOC Gaillac blanc. Les cépages locaux, loin de l'oeil et mauzac, passent ainsi de 50 à 70 % minimum dans les assemblages, tandis que la muscadelle, cépage originaire de Bordeaux est limité.
« Cette évolution est aussi une réponse au réchauffement climatique », explique Cédric Carcenac, président de La Maison des Vins de Gaillac. « Le gamay est précoce, nous avons de plus en plus de mal à garder un gamay sur le fruit, gouleyant ». Au domaine Rotier (34 ha en bio à Cadalen), le primeur avait ainsi été abandonné il y a 15 ans. « Sur notre terroir de graves, les gamay mûrissaient très vite. Ils montaient en alcool. Cela posait des problèmes techniques », se souvient Alain Rotier qui, depuis, a arraché les parcelles de gamay.
Le Duras est apparu comme une bonne alternative. « Il fait des vins assez légers, avec de la fraîcheur, du fruit. Il se prête bien à la macération carbonique », présente le vigneron du domaine Rotier, qui a produit 5 000 bouteilles cette année. « Il faut toutefois faire attention à la macération avec les rafles une fois que le raisin est dans la cuve. Cela peut donner des arômes végétaux. »
Et Sylvain Raimondi, directeur du laboratoire œnologique départemental du Tarn, d'expliquer : « La technique n'est pas particulièrement compliquée, mais comme pour tous les vins primeurs, la cuvaison doit être courte, dès qu'on a extrait un peu de couleur, on décuve. Il ne faut pas laisser trop longtemps. Le duras est un cépage un peu plus tanique que le gamay. Il faut être précis à la vinification. »
L'intégration du duras dans le primeur peut également s'avérer payant commercialement. « La courbe des ventes du primeur baisse. Cette évolution permet de nous renouveler et de montrer qu'on est capables de répondre à une demande de vins fruités et légers avec des cépages locaux », défend Cédric Carcenac. Ces bouteilles seront principalement vendues fin novembre, au moment des festivités autour du Gaillac primeur et des portes ouvertes du vignoble, du 20 au 23 novembre, qui coïncident avec la sortie de ce vin nouveau du Sud-Ouest. « Cela fait un produit d'appel pour les portes ouvertes », glisse le président de la Maison des Vins de Gaillac. Ce renouvellement peut permettre sinon d'accroître les ventes, de les maintenir. « En moyenne, on écoule un demi-million chaque année », précise Cédric Carcenac. Une cinquantaine d'opérateurs en produisent sur le Gaillacois.
Autre intérêt commercial, sur le temps long cette fois, si des personnes goûtent et apprécient à l'occasion de ces différentes festivités le primeur version duras, ce sont de potentiels clients pour le reste de l'année. « Car une fois passé le 15 février, ce vin devient un Gaillac rouge AOC », glisse Alain Rotier. « On montre ainsi qu'on peut faire ce type de vin toute l'année », conclut Cédric Carcenac.




