uel est votre bilan du conseil spécialisé vin de de FranceAgriMer du mercredi 14 janvier actant les modalités de la campagne d’arrachage 2026 à 130 millions d’euros ?
Patricia Gaborieau : Tout était déjà décidé. Le négoce viticole a fait part de son étonnement et de son agacement de ne pas avoir été concerté lors du week-end [NDLR : après l'annonce ministérielle d'arbitrages accélérés sur l'arrachage] : tous les échanges avaient déjà eu lieu entre le ministère et l’Association Générale de la Production Viticole (AGPV). Dans le dispositif paramétré, l’arrachage total des parcelles de son Casier Viticole Informatisé (CVI) est prioritaire et il n’y a pas de critères liés aux vignes : tous les âges et tous les cépages sont éligibles.… C’est une aide à la cessation d’activité. Sur l’arrachage partiel, les critères d’exclusion sont les vignes âgées de moins de 10 ans et le cépage chardonnay.
Cette ouverture aux vins blancs est présentée comme une possibilité d’intégrer Cognac au dispositif national, faute d’avoir obtenu l’aide spécifique de 40 millions € pour arracher 3 500 ha sur fonds européens.
L’explication qui nous a été donnée à l’ouverture aux cépages blanc à l’exception du chardonnay est de permettre à Cognac d’accéder à cette enveloppe et de prendre en compte des analyses sur des tensions pour le chardonnay. Avec 130 millions € pour une prime à 4 000 €/ha, ça fera un arrachage de 32 500 ha qui fera, au regard des manifestations d’intérêt [NDLR : 34 400 ha dans un récent sondage], fera que l’enveloppe sera consommée très rapidement.
Cela veut clairement dire que la demande formulée par Cognac de bénéficier d’une enveloppe de fonds crise européens, pour compenser le préjudice subi du fait de l’enquête anti-dumping ouverte par les autorités chinoises contre les brandies français avec application de droits provisoires et la fermeture du duty-free en Chine, n’est pas portée par la France auprès de la Commission européenne, qui nous a dit y être ouverte. Pour pouvoir bénéficier d’une compensation sur les fonds de gestion de crise, qui sert à financer les crises conjoncturelles comme c’est notre cas, il faut une demande de la France. Ce n’est pas le cas. Nous avons l’impression d’être laissés pour compte.
On nous répond que les pouvoirs publics nous ont bien aidé en facilitant la pérennisation du Volume Complémentaire Cognac individuel (VCCI), la Procédure Nationale d’Opposition (PNO) étant en cours, mais cette mesure ne coûte rien à la France, sa gestion est réalisée par le Bureau National Interprofessionnel du Cognac (BNIC) et donc financée par les cotisations de la région Cognac. Elle permet aux viticulteurs le souhaitant d’arracher une partie de leurs vignes pour bénéficier d’une majoration de rendement : soit produire autant sur une surface moindre. Ce qui réduit les coûts de production de la viticulture, mais le négoce reste en face toujours soumis à ses contrats.
Si effectivement nous avons pu bénéficier d’écoute et de réactivité de la part des services de l’état pour la pérennisation du dispositif VCCI conçu par l’interprofession pour ses ressortissants, nous ne pouvons admettre que ce support soit présenté comme le solde de tout compte pour le préjudice subi par cognac en raison de conflits géopolitiques qui ne concernent pas la filière. Le représentant du ministère maintient que le commissaire européen [NDLR : Christophe Hansen] a clairement fait valoir que l’enveloppe de gestion de crise ne peut pas être mobilisée pour de l’arrachage définitif et que les propos du courrier reçu de la commission Européenne par l’interprofession ne sont que des éléments de langage, mais sans garantie d’aucune sorte. Encore eut-il fallu que la France pose clairement la question.
L’interprofession charentaise, le BNIC, travaille justement à un outil d’arrachage temporaire qui serait autofinancé.
Le commissaire du gouvernement nous a dit avoir bien en tête ce financement de l’arrachage par l’interprofession et qu’il pourrait y avoir des prêts garantis par l’état. Les travaux sont en cours, mais ne pourront en toute état de cause aboutir qu’en 2027. On nous fait comprendre que c’est à nous de le financer. Il nous faut impérativement trouver des moyens pour permettre à nos partenaires de la viticulture de tenir face à la crise, faute de quoi c’est l’appellation qui risque de disparaître.
Vous êtes donc déçue par la tournure prise par le plan de crise gouvernementale et ses modalités d’aides à l’arrachage…
Côté négoce, on trouve regrettable que l’on finance encore seulement de la destruction. On arrose le sable, sans concertation avec l’aval de la filière. On ne peut pas imaginer un plan de filière sans y associer le négoce. Le rapport des sénateurs sur la crise viticole met en lumière ce déficit concertation : on met des pansements, mais il n’y a pas de traitement de fond. Il faut trouver de nouveaux marchés, innover, dynamiser, reconquérir le cœur des consommateurs.
Représentante du négoce, vous êtes-vous-même vice-présidente de l’Organisme de Défense et de gestion (ODG) de l’AOC Cognac.
Cognac est un cas particulier par rapport aux autres régions viticoles. Partout ailleurs les ODG sont des syndicats viticoles, à Cognac l’ODG est l’association entre la viticulture et le négoce. Ce sont des liens et connexions très forts. Cela fonctionne bien, avec des tensions normales comme tout le monde défend son intérêt, mais le but est de trouver une voie commune.
Un sujet de tension est actuellement le rendement 2026 de l’AOC Cognac.
La viticulture veut de la prévisibilité sur les achats du négoce. Même si la contractualisation est très forte à Cognac, les maisons ont été contraintes de réduire leurs achats. Certaines ont été contraintes de dénoncer des contrats et certaines ont ouvert des plans sociaux. Il y a une inquiétude de la viticulture sur la baisse des achats. Les rendements ont déjà considérablement baissé, il faut trouver une solution pour garantir la viabilité économique des exploitations.



