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Quand les aléas climatiques ravageaient le vignoble au 18ᵉ siècle
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Dans les archives
Quand les aléas climatiques ravageaient le vignoble au 18ᵉ siècle

Les archives du château de Labastidette-Basse, dans le Lot, laissent un témoignage précieux de sa conduite entre 1757 et 1782 et des aléas climatiques qu’il a subis durant ces vingt-cinq années.
Par Florence Bal Le 04 novembre 2022
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Quand les aléas climatiques ravageaient le vignoble au 18ᵉ siècle
Jean Lartigaut, historien et héritier du Château Labastidette, a dénichée dans les archives de cette propriété située à Pontcirq, dans le Lot, 25 cahiers tenus entre 1757 à 1782 par Pierre-Louis de Besombes de Saint-Geniès, le propriétaire de l’époque - crédit photo : Direction de la Culture et du Pa
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’est une pépite que feu Jean Lartigaut, historien et héritier du château Labastidette, a dénichée dans les archives de cette propriété située à Pontcirq, dans le Lot, les 25 cahiers tenus entre 1757 à 1782 par Pierre-Louis de Besombes de Saint-Geniès, le propriétaire de l’époque. Jean Lartigaut en a restitué le sel dans le bulletin de la société des études du Lot en 1968. Sa synthèse vient de reparaître dans l’ouvrage synthétique Vins de Cahors et du Quercy.

« Conseiller à la cour des aides de Montauban, magistrat érudit, très pragmatique, Pierre de Besombes de Saint-Geniès succède à son père vers 1740 à la tête du domaine », nous apprend l’historien. Le château Labastidette-Basse compte alors 140 hectares, dont 35 à 40 ha de vignes réparties en une quarantaine de parcelles. Il « produit trois sortes de vins », décrit Jean Lartigaut. La première qualité, le vin noir issu de l’auxerrois et auquel on demandait « d’être de belle couleur, d’avoir du corps et bonne sève », est destinée à l’exportation, via des négociants de la vallée du Lot et de Bordeaux, et à quelques particuliers. La deuxième qualité, le vin rosé ou clairet, est vendue aux cabaretiers et aubergistes quercinois. La troisième, le blanc, est transformée en eau-de-vie. En plus de cela, le domaine produit une piquette pour les domestiques. Quant au marc, « il nourrissait les pigeons et même la volaille dans les mauvais jours », relève Jean Lartigaut.

Des vinifications très soignées

M. de Besombes apportait un soin particulier aux vinifications. Il triait les grappes touchées par la grêle. Il égrappait puis foulait la vendange afin d’éviter un excès de tanins et d’amertume dans ses vins rouges. Les barriques étaient soufrées, ouillées, soutirées à dates régulières et les vins collés. Lorsque la vendange était insuffisante ou médiocre, « M. de Besombes ne craignait pas de faire des mélanges ou des coupages de sa façon », en ajoutant par exemple « des barriques d’excellents vins vieux » ou de « vin blanc doux ».

Outre ses vins, le vigneron vendait des fagots de sarments au boulanger du village voisin qui s’en servait pour chauffer son four. Avec l’argent récolté, il payait les saisonniers qu’il embauchait pour les travaux d’hiver. Un débouché qui pourrait bien redevenir d’actualité cet hiver !

Trois fois plus de main-d'oeuvre au printemps

« En moyenne, trois domestiques participent aux travaux de la vigne », précise encore l’historien. Ces permanents sont épaulés l’année durant par des journaliers. En hiver, ces derniers fournissent au total de 100 à 120 journées de travail pour la taille, le provignage et le ramassage des sarments en fagots. Au printemps, les vignes étaient ébourgeonnées et épamprées, ce qui supposait une main-d’œuvre trois fois plus importante qu’en hiver. En fin de saison, les vendanges duraient d’une dizaine de jours à 25 jours, comme en 1764, et demandaient 75 à 100 journées de vendangeurs, en plus des domestiques.

"Des torrents de grêle" en mai 1763

Les carnets de M. de Besombes nous rappellent que les aléas climatiques étaient déjà de mise. Gel, grêle, déluges, brouillards persistants amputent fréquemment et fortement les récoltes. En 1761, les vignes subissent la grêle puis le brouillard. « Des torrents de grêle » tombent la nuit du 5 mai 1763. Le 18 avril 1767, « les vignes ont gelé presque en entier ». M. de Besombes ne fait mention d’aucune récolte cette année-là, ni en 1769 d’ailleurs. En 1776, il écrit que « la vigne a entièrement péri » à la suite d'un orage de grêle le 26 juin. Le 10 mai 1779, il note qu’un « déluge » s’abat sur ses terres. À cause de ces aléas, la récolte varie très fortement. Le vigneron la mesure en nombre de corbeilles de douze paniers. Si l’on exclut les deux années apparemment sans récolte, les extrêmes passent de 120 en 1777 à 1 250 en 1764, une année exceptionnelle.

Pierre-Louis de Besombes s’éteint en 1783. Aujourd’hui, le domaine reste la propriété de ses descendants et compte toujours 140 ha, mais plus de vignes.

 

Tags : Cahors Gel Grêle
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