Accueil / Viticulture / 5 conseils des vignerons fraîchement convertis au bio à ceux qui voudraient se lancer
5 conseils des vignerons fraîchement convertis au bio à ceux qui voudraient se lancer
Lire plus tard
Partage tweeter facebook linkedin

Partage d'expériences
5 conseils des vignerons fraîchement convertis au bio à ceux qui voudraient se lancer

Quatre vignerons en cours de conversion détaillent ce qui les a surpris, ce qu’ils ont dû rectifier rapidement et ce qu’ils ne feront plus. Découvrez les cinq conseils tirés de leur expérience.
Par Frédérique Ehrhard Le 28 janvier 2022
article payant Article réservé aux abonnés
Lire plus tard
Partage tweeter facebook linkedin
5 conseils des vignerons fraîchement convertis au bio à ceux qui voudraient se lancer
En 2021, pour sa première année de conversion en bio, Olivier Voisine, vigneron sur 22 ha à Chalonnes-sur-Loire (Maine et Loire) a mesuré toute la difficulté du désherbage mécanique, l'année ayant été particulièrement pluvieuse - crédit photo : DR
1
Préparez-vous à des surprises

Pour sa première année de conversion en bio, Olivier Voisine, vigneron sur 22 ha à Chalonnes-sur-Loire dans le Maine-et-Loire, a été servi ! « En 2021, il a beaucoup plu, et j’ai mesuré la difficulté du désherbage mécanique. J’avais déjà acquis une expérience durant trois ans sur quelques hectares de jeunes vignes. Mais je me suis vite rendu compte que dans les vieilles vignes avec des ceps tordus, c’était bien plus long. » Avant sa conversion, il s’était équipé d’un intercep à lame et d’un cadre avec des disques émotteurs associés à des doigts Kress. Ces deux outils se complètent bien, il a apprécié de les avoir au moment où il a généralisé le travail sur le rang. Pour 2022, il a dû investir malgré tout dans un troisième outil, car il a eu une autre surprise. « Dans les parcelles en devers, je me suis rendu compte que je déplaçais trop de terre avec les interceps. J’ai dû les remettre à niveau avant les vendanges. Cette année, je vais utiliser une tondeuse à fil dans ces vignes. »

À Richerenches, dans le Vaucluse, Christophe Charransol avait déjà une lame bineuse en 2020 lors de sa première année de conversion. Mais il a dû rapidement compléter son équipement de disques crénelés, plus faciles à associer à un broyeur lorsqu’on veut rouler à 5 ou 6 km/h. « À deux, avec mon permanent, nous arrivons ainsi à travailler 40 ha en trois à quatre jours. L’un utilise la lame bineuse et l’autre les disques associés au broyeur », précise-t-il. Pour maîtriser l’herbe, tout n’est pas simple pour autant. « Il m’a fallu trois ans pour arriver à me caler et à passer au bon moment avec le bon outil. »

2 Équipez-vous pour bien traiter toutes vos vignes en 24 h

« Pour s’en sortir en bio avec des produits de contact, il faut être réactif ! Dès la première année, j’ai acheté un deuxième pulvérisateur. Le premier a une cuve de 1 500 l, le second, de 1 000 l. À deux, nous arrivons ainsi à tout traiter en une grosse journée », souligne Christophe Charransol.

Avec les produits autorisés en bio, la qualité de la pulvérisation est encore plus déterminante qu’en conventionnel. « J’avais un pulvérisateur qui convenait sans problème en conventionnel. En 2018, il nous a permis de faire face à la grosse pression de mildiou. Mais en 2020, alors que j’étais en deuxième année de conversion bio, j’ai eu quelques attaques sur grappe. Avec le technicien de la chambre d’agriculture, nous avons installé des papiers hydrosensibles et constaté que ce pulvé ne répartissait pas les produits de façon régulière. J’ai dû le revendre et en acheter un autre, qui répartit mieux la bouillie », raconte Frédéric Chabert, vigneron coopérateur sur 30 ha à Manduel dans le Gard.

La portance du sol est également décisive. « J’ai un rang sur deux enherbé. C’est ce qui m’a sauvé en juin 2021 ! Malgré les 90 mm tombés en dix jours, j’ai réussi à passer dès qu’il y avait une fenêtre et à traiter mes 22 ha contre le mildiou en une grosse journée. Je me suis fait un peu déborder sur feuille, mais j’ai évité les attaques sur grappe », note Olivier Voisine. Après cette épreuve du feu, il se sent plus rassuré sur la protection phytosanitaire.

3 Prévoyez plus d’hydraulique

Avec le désherbage mécanique, le parc d’outils s’agrandit inévitablement. « Attention à ne pas sous-évaluer les besoins en hydraulique. Mon premier tracteur était limité sur ce point. Pour travailler en même temps le rang et l’interrang afin de réduire le nombre de passages, j’ai dû investir dans un deuxième, mieux équipé en hydraulique et plus cher. Il a fallu que j’explique pourquoi à mon banquier », raconte Frédéric Chabert, qui s’est agrandi de 12 à 30 ha en même temps qu’il démarrait sa conversion. Sur deux tracteurs, il peut désormais en laisser un attelé avec le pulvérisateur, et l’autre, équipé des outils de travail du sol. « Je gagne du temps là aussi », apprécie-t-il.

4 Pensez à revoir votre organisation

Le désherbage mécanique prend beaucoup de temps. « En saison, mon permanent et moi sommes plus souvent tous les deux sur le tracteur. De ce fait, il n’y a plus personne pour encadrer les saisonniers. Heureusement, certains reviennent tous les ans et connaissent bien les parcelles. Mais je vais sans doute avoir besoin d’un chef d’équipe », observe Olivier Voisine. Il est parfois nécessaire de fignoler le désherbage à la pioche. « Pour essayer de gagner du temps, j’ai couplé cette tâche avec l’ébourgeonnage. C’était beaucoup trop long, je ne recommencerai pas ! Nous avons pris du retard. Il a fallu courir pour palisser, et repasser une deuxième fois dans l’été pour finir d’ébourgeonner. En 2022, je vais retarder le piochage en fin d’été afin de voir si la sécheresse et les passages mécaniques ne font pas le travail avant », explique-t-il.

5 Partez d’un vignoble en ordre de marche.

« Avant de me lancer, j’ai éliminé le chiendent et le liseron avec des applications localisées de glyphosate. Cela m’a évité de multiplier tout de suite ces vivaces avec le travail du sol », indique Christophe Charransol.

« C’est bien plus rapide de passer les interceps dans des parcelles avec des pieds bien droits. Depuis que j’en ai pris conscience, je soigne le tuteurage de mes nouvelles plantations afin que tout soit bien au carré », relève de son côté Olivier Voisine.

La transition est plus facile à gérer quand on arrive à tenir les rendements. « J’avais commencé à replanter bien avant de me lancer dans la conversion. J’ai ainsi démarré avec de jeunes vignes, sur lesquelles le rendement s’est maintenu quand j’ai commencé le travail du sol. Les volumes ont augmenté au fur et à mesure que celles-ci entraient en production, ce qui m’a aussi aidé à passer le cap », confie Frédéric Chabert, qui va être payé au prix du bio en 2022.

 

Un suivi technique et des échanges, ça rassure !

« Au sein d’un groupe Dephy, j’ai discuté avec des vignerons qui étaient déjà en bio. Cela m’a aidée à décider de me lancer. J’ai compris qu’ils avaient appris de leurs erreurs, et que je connaîtrais peut-être aussi des échecs, sans que cela ne m’empêche de réussir à mon tour », raconte Camille Feuillat, du domaine Feuillat-Juillot, 15 ha à Montagny-lès-Buxy, en Saône-et-Loire. Pour démarrer en 2021, elle s’est appuyée sur les conseils du technicien de sa coopérative d’approvisionnement et de la conseillère de Bio Bourgogne. « Ils sont venus régulièrement voir mes vignes. C’est rassurant ! », renchérit-elle. Christophe Charransol a lui aussi apprécié de ne pas être seul les premières années. « Pour ne pas trop stresser, j’ai opté pour un accompagnement par un conseiller de la chambre d’agriculture. Il vient régulièrement observer mes vignes et me donne des conseils. Je décide ainsi plus sereinement », note le vigneron. Frédéric Chabert, lui, bénéficie du suivi d’un technicien de la chambre d’agriculture financé par sa coopérative. « Nous tournons en groupe dans les vignes des uns et des autres. C’est très formateur. »

Partage Twitter facebook linkedin
Tous les commentaires (0)

Pas encore de commentaire à cet article.
vitijob.com, emploi vigne et vin
Hauts-de-Seine - Alternance/Apprentissage
Rhône / Savoie - Alternance/Apprentissage
Gironde - Contrat d'intérim
© Vitisphere 2022 - Tout droit réservé