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Hélène Michaut
"Si l'on n'anticipe pas une transmission de vignes en Bourgogne, on va dans le mur"

Menant une vente aux enchères des stocks parentaux, la vigneronne du Clos des Poulettes fait le point sur le défi pratique d'une succession familiale dans l'un des vignobles les plus chers de France.
Par Alexandre Abellan Le 06 novembre 2021
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Françoise et Hélène Michaut, représentant la transmission de mère en fille du domaine du Clos de la Poulette. - crédit photo : DR
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 Mes parents me disaient qu’à 70 ans il faut réfléchir à la transmission, à 75 ans il faut avoir formé la relève, à 80 ans la transmission doit être finie. Ils ont 82 ans, mais j’espère qu’à leurs 85 ans nous aurons achevé la transmission ! » témoigne Hélène Michaut, à la tête du domaine du clos des Poulettes, qui exploite 16 hectares de vignes en Nuits-Saint-Georges et Vosnes-Romanée. Soit les parcelles de vignes comptant parmi les plus valorisées de France. Pour réussir cette succession, malgré les embûches financières liées à cette importante charge foncière, la famille Michaut est passée par un Groupement Foncier Agricole (GFA) permettant la mise en fermage de ces terres (parcelles appartenant aux parents, oncles et tantes d’Hélène Michaut).

Face à des investisseurs richissimes et des intermédiaires prêts à tout pour réussir une affaire, « actuellement c’est du délire, on entend qu’une ouvrée de grand cru vaudrait un million d’euros » soupire Hélène Michaut. Pour la vigneronne, « si l’on n’anticipe pas une transmission de vignes en Bourgogne, on va dans le mur. Il faut anticiper et voir loin pour être à la hauteur de la réputation de la Bourgogne. On croit être assis sur un tas d’or, mais les investissements financiers sont lourds dès le départ. It il faut la passion pour tenir travail de la vigne et des vins. Je ne le ferai pour personne d’autre, comme c’est dans le sang et la famille depuis six générations. »

Le vin d’une génération

Pour Hélène Michaut, le problème principal de la transmission est la conjugaison de la valeur des vignes et du prix du stock. « Les deux mis en face, c’est très difficile » pointe-t-elle. Pour valoriser et estimer les stocks, ses parents mettent aux enchères 3 700 magnums de leur carrière (produits entre 1993 et 2017), dans le cadre d’une vente en ligne (s’achevant ce 15 novembre avec Ader entreprises et patrimoine). « C’est une bonne manière pour mes parents de montrer qu’ils passent la main et cela permet de voir la valeur de ces 20 ans de magnums mis de côté. C’est le vin d’une génération » résume Hélène Michaut.

Se projetant déjà sur l’avenir, la vigneronne milite pour une diminution de la pression foncière par la réduction de la fiscalité des transmissions. Un sujet porté par la filière vin dans le prochain projet de loi de finances. « J’ai 49 ans, j’ai encore 20 ans devant moi [pour préparer l’avenir] » conclut celle qui n’a pas dans l’idée de vendre le domaine familial, mais de le transmettre à la prochaine génération.


 

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