LE FIL

Savoie

Ces vignerons étiquettent les taux de sulfite de leurs vins (et pensent afficher leurs doses de cuivre)

Vendredi 03 septembre 2021 par Alexandre Abellan

« Les sulfites sont une béquille » souligne Didier Berthollier (à droite, aux côtés de son frère Denis), qui affirme l’espoir de produire prochainement « des vins sans sulfites à la mise qui tiennent dix ans ». Domaine la Combe des Grand’Vignes
« Les sulfites sont une béquille » souligne Didier Berthollier (à droite, aux côtés de son frère Denis), qui affirme l’espoir de produire prochainement « des vins sans sulfites à la mise qui tiennent dix ans ». Domaine la Combe des Grand’Vignes - crédit photo : Domaine la Combe des Grand’Vignes
Un domaine savoyard indique sur toutes ses contre-étiquettes le dosage de ses sulfites à la mise pour répondre aux attentes de transparence de ses clients. L’indication des quantités de cuivre pulvérisées à l’hectare est en réflexion.

Est-ce une première ? « Moi-même, je n’ai vu personne d’autre le faire » esquisse le vigneron savoyard Didier Berthollier. Depuis deux ans, le domaine la Combe des Grand’Vignes (12 hectares à Chignin, en conversion bio) affiche les concentrations de sulfites mesurées à chaque mise en bouteille sur les contre-étiquettes de sa dizaine de cuvées (avec en comparaison les plafonds réglementaires des vins bio, en biodynamie et de l’Association des Vins Naturels, voir photos ci-dessous).

« Les choses sont tellement peu précises, avec des discours peu clairs sur les vins nature, que l’on décide d’annoncer les choses clairement, avec des références, pour donner les éléments à nos consommateurs » explique Didier Berthollier. Vinifiant sans ajout de sulfite jusqu’à la mise en bouteille*, « nous produisons des vins à des taux de sulfite très bas. Nous n’avons pas forcément envie de revendiquer un label, mais nous avons la volonté de valoriser nos efforts sur les sulfites : pourquoi ne pas dire clairement ce que l’on met ? » ajoute le vigneron.

"Ça donne une réponse à certaines attentes"

Réalisée par un laboratoire avant l’embouteillage (mais sans en reprendre la marge d'erreur), chaque analyse est affichée grâce à l’habitude du domaine la Combe des Grand’Vignes d’avoir une petite étiquette additionnelle sur chaque contre-étiquette, afin de permettre des modifications selon les mises et les millésimes (grâce à une deuxième tête de pose montée sur l’étiqueteuse classique). Didier Berthollier reconnaît que cette recherche de précision et de transparence n’est sans doute pas perçue par la plupart des consommateurs : « mais ça peut les rassurer de voir que l’on a pris la peine de marquer ce que l’on a fait avec des références. Ça donne une réponse à certaines attentes. Les cavistes et sommeliers sont contents d’avoir des éléments précis pour vérifier ce qu’on leur dit. »

« J’espère que ces informations seront généralisées à l’ensemble des vins » confirme le sommelier Fabrizio Bucella (professeur à l'Inter Wine & Dine de Bruxelles), pour qui « il est faux de croire que le consommateur ne serait pas capable d’assimiler l’information. Celle-ci est d’ailleurs connue par le domaine ou le vigneron, pourquoi la garder secrète ? »

Doses de cuivre au vignoble

« A partir du moment où l’on travaille et que l’on fait des efforts, ça paraît normal de communiquer de manière précise » confirme Didier Berthollier, qui ne compte pas en rester là. Si la question de l’affichage des résidus phytos s’est posée par le passé, elle ne se pose plus de manière aussi « prégnante » avec la conversion bio en cours. « Désormais, pourquoi ne pas préciser la dose de cuivre à l’hectare ? » pose Didier Berthollier, qui réfléchit prochainement à l’étiquetage des quantités moyennes de cuivre pulvérisées chaque millésime (avec en parallèle les références AB et Demeter comme repères de comparaison). « On dit utiliser du cuivre, on montrera que les proportions restent faibles » souligne le vigneron, qui a réalisé 11 traitements sur le millésime 2021, pour 2 kg/ha malgré la pression mildiou forte depuis juillet.

 

* : Avec un sulfitage visant 10 mg/l de SO2 libre, grâce à des analyses suivant le taux de combinaison.

 

Aperçu de la contre-étiquette : à droite l'étiquette rajoutée et à gauche le détail des concentrations de SO2 autorisées par trois labels.

 

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VOS RÉACTIONS
Alex Le 04 septembre 2021 à 12:05:01
C'est à se demander sur quelle planète vous vivez. Les vins avec addition de souffre existent depuis très peu d'années sur ses 8000 ans d'existence. Quelques décennies seulement. Et l'affichage du souffre libre et/ou total sur étiquette existe depuis longtemps déjà et est pratiqué par nombre de vignerons/vigneronnes (ceux qui n'en rajoute pas étonnamment). Labet dans le Jura ça vous parle ? C'est un exemple parmis tant d'autres. Il est assez désespérant de voir un grand magazine présenter le sujet comme quelque chose de "nouveau". Je réitère : sur quel planète vivez-vous ?
Didichacha Le 03 septembre 2021 à 19:57:00
Très bonne innovation au niveau des étiquetages. Je pense, contrairement à Samuel, qu’il faut être plus précis dans les mentions. Indiquer sans sulfites ajoutés, ce n’est pas suffisant. Il faut éclairer les consommateurs. Quand vous lirez un taux de 10%, et un autre de 90%, vous pourrez décider lequel boire 😉. Même s’il y a un pourcentage de variation 20% d’écart sur le 10%, cela ne fait que 12%. Par contre, 20% sur le 90 nous amène à 108…
PATRICK BAUDOUIN Le 03 septembre 2021 à 19:54:56
Très bonne initiative. Cela fait 10 ans que je le fais, par le moyen d'un qr code sur ma contre-étiquette, qui permet en le flashant d'accéder directement à la fiche de la cuvée, qui contient beaucoup d'autres informations également. J'ai mis ce système en place car j'étais un peu agacé d'entendre tout et n'importe quoi sur les sulfites, en particulier dans les vins du Domaine. Je l'avais indiqué directement sur ma contre-étiquette, mais après avoir envoyé des vins au Québec, la SAQ m'a facturé l'ouverture de toutes les caisses et le passage d'un coup de marqueur sur cette indication, car ce n'était pas dans leur cahier des charges ! De façon générale, la profession ne pourra pas longtemps se réfugier derrière l'argument "le vin n'est pas un produit alimentaire" pour ne pas donner des informations que les consommateurs demandent légitimement. En fait, si on prend la question positivement, et les moyens techniques corrects permettant de continuer à avoir de belles étiquettes, cela permet au contraire de mieux raconter l'histoire de la cuvée. Patrick Baudouin
Samuel Le 03 septembre 2021 à 13:13:43
Il faut savoir que l'incertitude de mesure du SO2 dans les vins est élevée (il y a de multiples méthodes de dosage), et que les limites de quantification pour le SO2 libre sont généralement aux environ de 10 mg/L. Par ailleurs, ce paramètre étant évolutif dans le temps, indiquer une teneur n'a aucun sens.... La mention obligatoire est d'indiquer "contient des sulfites", s'il n'y en a pas, il suffit d'ôter cette mention.
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