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Millésime 2021

Face au mildiou, "ça craque !" dans les vignes de Champagne

Vendredi 16 juillet 2021 par Aude Lutun

Des dégâts de rot gris et brun sur même grappe.
Des dégâts de rot gris et brun sur même grappe. - crédit photo : Chambre d'Agriculture, Bulletin de Santé du Végétal du 15 juillet.
Du jamais vu ! C’est le commentaire qui synthétise l’état d’esprit du vignoble après les 100 mm de pluie tombés depuis lundi, sur des vignes déjà très impactées par le mildiou.

« La semaine dernière, je disais que cette semaine du 14 juillet, soit elle sauve tout le monde, soit elle nous met la tête dans l’eau, commente Franck Mazy, le dirigeant de Viti-Concept à Epernay. Cela craque ! On a utilisé toutes nos cartouches et il est compliqué de pouvoir rentrer dans les vignes. Avec un tel inoculum, plus besoin de pluie ! Une simple rosée va suffire. » Avec 100 mm de pluie tombés entre le 12 et le 15 juillet, la Champagne est donc sous l’eau. Et le mildiou explose dans une grande partie du vignoble. Les régions du Barséquanais, de la Côte des blancs et du Sézannais, jusqu’alors moins touchées que les autres, commencent à être elles aussi impactées. L’attaque de mildiou est tellement forte dans certaines parcelles que les vignerons ou les négociants n’iront probablement pas les vendanger. « Cela fait 32 ans que j’exerce ce métier et je n’ai jamais vécu une telle situation, poursuit Franck Mazy. C’est pire que 1997 et 2016. En 1997, les pluies ont été plus tardives. Et à cette époque, il n’y avait pas de travail du sol. On pouvait rentrer dans les vignes plus facilement. Les bios, dont beaucoup sont en conversion cette année, sont particulièrement touchés. Certains se posent des questions sur le fait de persévérer… ».

« Nous observons trois phases de contamination, avec les pluies de début juin, puis les orages du 18 au 20 juin et cette période de trois jours de pluie sans discontinuer, témoigne Christophe Didier, conseiller viticole chez Nicolas Feuillatte. Pour ne rien arranger, les températures sont plutôt douces. On verra fin juillet début août l’étendue des dégâts. Ce qui est surprenant, c’est d’avoir déjà un feuillage de fin août ! ». Christophe Didier a constaté des disparités au sein d’un même coteau : « la pulvérisation face par face montre une efficacité supérieure à celle des pendillards ». Lui aussi note un découragement d’une partie des vignerons bio en conversion. « Certains bio en sont déjà à 16 passages avec des résultats décevants. C’est dommage, car la Champagne avait une belle dynamique de conversion ».

"Rogner et effeuiller"

Le Comité Champagne, dans ses avertissements viticoles publiés le 13 juillet, recommande de maintenir des passages resserrés et de réaliser un traitement intermédiaire dans les vignes avec un feuillage très touché. « Il faut rogner et effeuiller dès qu’on le peut, suggère Franck Mazy. Et passer aux produits de contact, en utilisant le cuivre voire le folpel. Et associer si possible des phosphonates ».

Déjà bien impactée par le gel (25 à 30 % de pertes), la récolte 2021 pourrait ne pas être très généreuse.

 

Glissement de terrain à Ecueil

Les pluies diluviennes de ces derniers jours ont entrainé des dégâts, avec des inondations dans les caves et du ruissellement dans les vignes. A Ecueil, dans la Marne, une parcelle de vignes s’est effondrée le mardi 13 juillet dans l’après-midi. « La vigne est dans le trou, c’est une grosse perte témoigne Eric Dravigny, viticulteur sur cette parelle, à nos confrères de l’Union. Le terrain était déjà descendu d’un mètre il y a 8 ou 9 ans ». Cette fois, le dénivelé atteint plusieurs mètres et rend le travail de cette vigne impossible.

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