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Sans marché chinois
Comment les exportateurs australiens comptent-ils rebondir ?

Après les feux de forêt dévastateurs de 2020, les producteurs australiens ont dû faire face à des pluies diluviennes cette année en pleines vendanges. Et beaucoup plus grave encore, à la perte de leur marché le plus lucratif à cause de taxes punitives
Par Sharon Nagel Le 05 avril 2021
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Comment les exportateurs australiens comptent-ils rebondir ?
Selon l’analyste de la Rabobank Stephen Rannekleiv, les exportateurs australiens n’avaient pas d’autre choix que de se focaliser fortement sur la Chine, venue comme une aubaine après plusieurs années difficiles de surproduction - crédit photo : Sharon Nagel
L

e prix des raisins en chute libre cette année

La sécheresse et les incendies de forêt avaient entraîné une perte de quelque 15% de la production en 2020. Cette année, des pluies qualifiées de « phénoménales » auront mis les vignerons australiens de nouveau à rude épreuve. Néanmoins, l’impact en termes de volumes devrait être minime. Selon Tony Battaglene, directeur d’Australian Grape & Wine, la récolte 2021 devrait atteindre 1,85 million de tonnes, soit un volume supérieur à la moyenne décennale (1,75 MT), et surtout à 2020 (1,52 MT). « La région de Riverina sera peut-être touchée, mais ailleurs, la plupart des producteurs semblent avoir rentré les raisins rouges avant la pluie ».

La nouvelle d’une récolte abondante, qui aurait été accueillie avec joie à l’automne dernier, ne réjouira plus guère la filière, depuis que la Chine a appliqué des droits de douane punitifs sur les importations australiennes pour les cinq prochaines années, les mettant quasi totalement à l’arrêt ; elles ont chuté de 29 % en 2020 pour s’établir à 960 000 hl. D’ores et déjà, l’impact sur les prix de la récolte 2021 se fait sentir : l’organisme gouvernemental Abares estime que le prix moyen d’une tonne de raisins passera de 694 AUD (soit 450 euros) en 2019-2020 à 540 (350 €) en 2020-2021. De plus, Abares évoque déjà une réorientation de la production 2021 vers des vins moins chers, une partie de la récolte dédiée à des cuvées plus haut de gamme destinées au marché chinois étant incorporée dans des assemblages positionnés en milieu ou entrée de gamme. Il faut dire que si la Chine représente une perte en volume d’environ 10 % de la production australienne, sa part en valeur grimpe à 30 %. Et pour cause : si la valeur moyenne des exportations australiennes tous pays confondus sauf Chine s’élevait à 2,73 AUD le litre (1,77 €) entre 2014 et 2019, elle passait à 6,24 AUD (4,05 €) pour la Chine.

 

Le marché domestique comme planche de salut ?

Environ 1 000 producteurs australiens exportaient exclusivement leurs vins en Chine. « La situation est très compliquée et la pression va monter surtout l’an prochain », reconnaît Tony Battaglene. La filière et les autorités australiennes sont en train de mettre au point un plan de bataille, avec une réorientation et une meilleure accessibilité des fonds promotionnels destinées à favoriser une présence accrue des vins australiens sur des marchés clés comme les Etats-Unis, le Royaume-Uni, le Canada et la Nouvelle-Zélande, mais aussi des pays peu volumiques mais à forte valeur ajoutée, comme Singapour, la Malaisie et les Emirats Arabes Unis. Le marché domestique est aussi en ligne de mire. « L’Australie importe beaucoup de vins et il n’y a pas de raison que nous ne puissions pas regagner ces parts de marché. L’oenotourisme fera partie de nos priorités également ».

 

Pas d’arrachages en vue pour le moment

Une grande partie des volumes supplémentaires de vins rouges exportés en Chine entre 2014 et 2018 (117 millions de litres) provenaient d’une augmentation de la production. Pour l’heure, l’arrachage des vignes pour réduire la voilure n’est pas évoqué, mais plutôt une restriction des rendements et un frein sur les nouvelles plantations. Mais si la Chine décide de maintenir les droits de douane sur les vins australiens, les prochaines années seront tout de même difficiles à gérer. Même si les stocks sont relativement bas actuellement, suite à trois années de sécheresse et à la forte demande chinoise jusqu’en octobre/novembre derniers, les exportations devraient régresser d’environ 20 % en 2020-2021 par rapport au pic de 2017-2018, selon les prévisions d’Abares. Reste à savoir la rapidité avec laquelle la filière réorientera sa production vers d’autres marchés. Ce ne sera pas la première fois qu’elle devra faire face à des obstacles commerciaux, mais elle n’a peut-être jamais connu un revers aussi spectaculaire et soudain.

 

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